Les articulations claviculaires 


Généralités 

Contrairement au cheval, l’être humain est un animal doté d’une clavicule, qui permet d’obtenir les mouvements de circumduction haute du complexe de l’épaule [25], en absorbant les torsions. L’articulation acromio-claviculaire est un joint permettant des mouvements entre clavicule et acromion, notamment dans le secteur critique de l’abduction à 90° lors de rotations scapulo-humérales.

Comme pour les articulations fibulaires, deux petites articulations médiale et latérale sont souvent invoquées en thérapie manuelle comme étant responsables de limitations des grosses articulations scapulo-humérale et scapulo-thoracique, sans validations retrouvées dans la littérature.

L’acromio-claviculaire, fréquemment dotée d’un ménisque, surplombe la coiffe et peut l’agresser lorsqu’elle devient volumineuse. Elle peut être traumatisée voire subluxée lors de chutes sur le moignon de l’épaule et doit être examinée dans toute scapulalgie. 

La sterno-costo-claviculaire, seule articulation «réelle» entre tronc et membre supérieur mais paradoxalement très mobile, est davantage le témoignage des tensions excessives des adducteurs de l’épaule et de la scapula que responsable des déficits observés.

Réperages & palpations

Palpation de la clavicule 

Le corps

Le patient est assis en bord de table, le kinésithérapeute en arrière de lui, les mains posées sur les trapèzes. La pulpe des doigts tombe sur le corps claviculaire. La clavicule est un os est superficiel en forme de S, pour s’adapter au relief de la cage thoracique lors de la rétropulsion. Son bord antérieur et sa face supérieure peuvent être palpés du médial au latéral. Les séquelles de  fractures claviculaires donnent fréquemment des cals visibles ou palpables.

L’extrémité médiale

Le patient est assis en bord de table, le kinésithérapeute en arrière de lui, les mains posées sur les trapèzes. La pulpe des doigts longe le bord antérieur de la clavicule en direction du sternum, à la recherche d’une dépression révélant l’interligne sterno-costo-claviculaire.

Il existe fréquemment des impressions de subluxation sterno-costo-claviculaire, une articulation apparaissant comme plus antérieure ou plus supérieure que l’autre. Les tensions des adducteurs de la scapula peuvent être à l’origine d’une antéposition, celles du sterno-cléido-mastoïdien (SCM) et/ou des adducteurs de la scapulo-humérale d’une position relativement plus supérieure. Ces positions sont très labiles et subjectives.

Les creux sus-claviculaires 

Dans la même position, les pulpes des doigts viennent crocheter le bord supérieur des trapèzes supérieurs et plongent dans les creux sus-claviculaires, qui doivent être indolores, de tensions équivalentes. La partie médiale est constituée du plan dur des premières côtes, qui s’élèvent à l’inspiration. Les battements de l’artère sous-clavière, comprimée entre la pression digitale et la première côte, peuvent être ressentis en partie antérieure, à proximité de l’articulation sterno-costo-claviculaire.

L’articulation acromio-claviculaire 

Le patient est assis en bord de table, le kinésithérapeute en arrière de lui, les mains posées sur trapèzes, la pulpe des doigts longe les faces supérieures des clavicules en direction de l’acromion. L’extrémité latérale de la clavicule vient se poser sur l’extrémité médiale de l’acromion. Elle peut être naturellement proéminente ou conséquence d’une subluxation (signe de l’épaulette) provoquée par une chute sur le moignon de l’épaule (ski, rugby, judo). Elle peut se laisser déprimer lors d’une subluxation récente (mobilisation en touche de piano).

Observations & signes cliniques 

Appréciation de la mobilité passive sterno-costo-claviculaire 

1

Sujet assis en bord de table, adossé au kinésithérapeute, debout en arrière de lui. Le kinésithérapeute empaume le moignon de l’épaule sous le deltoïde et l’amène dans les différents plans de l’espace pendant que les doigts de l’autre main jugent du mouvement produit sur l’articulation. L’extrémité médiale de la clavicule s’abaisse à l’élévation du moignon de l’épaule, s’élève dans le cas contraire, mais avance lors d’une rétroposition du moignon de l’épaule.

Appréciation de la mobilité passive acromio-claviculaire 

2

Procédure 

Sujet assis, kinésithérapeute en arrière de lui, le pied posé sur la table. Le bras du patient, en abduction physiologique est soutenu par le genou du kinésithérapeute qui mobilise le membre supérieur en rotation médiale et latérale.

Les doigts de la main crâniale entourent l’extrémité latérale de la clavicule, leurs pulpes sont en contact avec l’acromion.

La clavicule effectue en abduction un mouvement de rotation autour de son axe diaphysaire. Lorsque l’articulation acromio-claviculaire est mobile, il est possible, de sentir celle-ci reculer par rapport à l’acromion lors de la rotation médiale du membre supérieur, avancer par rapport à l’acromion lors de la rotation latérale. Une impression de mouvement claviculaire allant dans le sens de la rotation traduit un manque de mobilité entre acromion et clavicule.

Variante en décubitus 

3

Il est plus confortable d’effectuer une contre-prise claviculaire et une prise sur le moignon de l’épaule pour éviter une prise claviculaire trop agressive empêchant le patient de se relâcher.

Stabiliser largement l’extrémité latérale de la clavicule et mobiliser de l’autre main, en ventro-dorsal, le moignon de l’épaule. Placer l’index en contact avec l’articulation acromio-claviculaire pour juger de son mouvement. Les impressions de mobilité sont fréquemment surprenantes, visibles chez le sujet jeune.

Observation de la mobilité claviculaire en rotation 

Objectif 

Il s’agit de mettre en évidence une limitation ou une douleur en fin de rotation médiale ou latérale  dans un secteur sollicitant fortement les articulations scapulaires.

Procédure 

4

Le sujet est assis. Le kinésithérapeute debout en arrière de lui, le surplombe. Agripper les poignets du sujet, bras horizontaux et lui demander de laisser tomber les coudes. Par leur propre poids, les membres supérieurs se placent en rotation latérale, qui doit être symétrique. Cela correspond à une rotation postérieure de la clavicule autour de son grand axe. L’acromio-claviculaire doit permettre de compléter le mouvement avec un recul relatif de l’acromion par rapport à l’avancée de l’extrémité latérale de la clavicule.

5

 

Demander au patient de garder la position et agripper les coudes. Lui demander de laisser tomber les mains. Les membres supérieurs se placent en rotation médiale, qui doit être symétrique. Cela correspond à une rotation antérieure de la clavicule autour de son grand axe. L’acromio-claviculaire doit permettre de compléter le mouvement avec une avancée relative de l’acromion par rapport au recul de l’extrémité latérale de la clavicule.

Valeurs 

Lors de l’examen, il existe fréquemment une impression de décalage en rotation d’un membre supérieur par rapport à l’autre : l’un effectue plus de rotation médiale, moins de rotation latérale que l’autre. Cette impression, très subjective, peut-être rapportée au défaut de mobilité acromio-claviculaire ? 

Mobilisations passives 

Mobilisation passive claviculaire par la scapula

La position permet, en variant les prises, de mobiliser la scapula selon toutes les directions permises par le plan de la cage thoracique ainsi qu’en sonnette.

6

Procédure 

Le sujet est couché latéralement sur la table, un coussin sous la tête, les membres d’appui repliés pour assurer plus de stabilité. La main caudale saisi l’angle inférieur de la scapula, la main crâniale est en appui sur le moignon de l’épaule. L’articulation acromio-claviculaire suit le mouvement scapulaire et peut être indirectement mobilisée en baillements antérieur et postérieur.

Variante liée à la position du kinésithérapeute 

Se placer en fente avant en arrière du patient est une alternative confortable à la position courbée face au patient.

Variante en baillement antérieur de l’acromio-claviculaire par la scapula

7

Face au patient, le kinésithérapeute plaque la scapula en direction antérieure, repoussant le moignon de l’épaule de son abdomen. La mobilisation passive de la scapula intervient indirectement sur l’acromio-claviculaire : elle induit un baillement antérieur de l’articulation.

Variante en baillement postérieur de l’acromio-claviculaire par la scapula

8

Dans la même position, le kinésithérapeute tracte la scapula en direction postérieure, stabilisant du thorax le moignon de l’épaule. La mobilisation passive de la scapula intervient indirectement sur l’acromio-claviculaire; elle induit un baillement postérieur de l’articulation.

Techniques myotensives

Mobilisation myotensive acromio-claviculaire 

Objectifs 

Il s’agit de placer l’acromio-claviculaire en fin d’amplitude rotatoire et gagner en rotation médiale ou latérale à l’aide d’un contracté-relâché en chaîne parallèle de rotation d’épaule. Ainsi, les adducteurs du bras participent à la rotation latérale, les abducteurs du bras à la rotation médiale.

Procédure pour une mobilisation activo-passive en rotation latérale d’épaule

9

Le patient est assis, le kinésithérapeute en arrière de lui, le pied posé sur la table, offre un appui au coude. Le bras est placé en position d’abduction physiologique.

En présence d’un défaut de rotation latérale d’épaule attribué à l’acromio-claviculaire, le kinésithérapeute réalise un contracté-relâché, par une prise en couple, au niveau de la main et du coude, résistant à l’abaissement de la main et à l’élévation du coude. La palpation par l’autre main de l’articulation permet de ressentir mobilité segmentaire. Des crépitations sont fréquentes.

Procédure pour une mobilisation activo-passive en rotation médiale d’épaule

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Dans le même principe que le traitement précédent, de façon à accroître la rotation médiale d’épaule attribuée à la limitation acromio-claviculaire, il s’agit de réaliser une contraction statique à l’aide de deux points fixes : l’un est distal au niveau de l’avant-bras, l’autre au niveau du tronc. Scapulo-humérale et acromio-claviculaire sont les seules articulations pouvant bouger lors de la manœuvre.

Levée de tension du subclavier 

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Objectifs 

Le subclavier étant un abaisseur de la clavicule, il s’agit d’élever le moignon de l’épaule par une prise axillaire en direction crâniale puis de repousser la première côte en direction caudale et médiane. 

Procédure 

Le patient est en décubitus, le kinésithérapeute à la hauteur de l’épaule à traiter. Il glisse la main caudale dans le creux axillaire, première commissure ouverte, son avant-bras soutenant le membre supérieur du patient. La main crâniale se place sur le thorax, le talon de la main immédiatement en dessous de la clavicule, en appui du pisiforme sur la 1° côte. On demande au sujet de résister à la pression exercée, puis de se relâcher. Une mobilisation passive accentuant les appuis est ensuite réalisée. La difficulté consiste pour le patient à opposer une résistance aux deux mains du kinésithérapeute [14].


Références bibliographiques 

[25] Viel E. Biomécanique de l’épaule et incidences sur la rééducation. Annales de Kinésithérapie 6, 441-454. 1979

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