9- Prendre en charge une céphalée d’origine cervicale

La plainte est souvent contemporaine de la cervicalgie commune, mais lorsque le tableau de céphalées, vertiges, «migraines», domine les souffrances cervicales, le patient est fréquemment adressé à plusieurs spécialistes (ORL, neurologue) avant d’aboutir chez le kinésithérapeute. 

Ce dernier est alors assuré d’être en présence d’une cervicalgie non-spécifique, mais le patient en a souffert depuis plusieurs semaines ou mois.

1

L’évaluation ne diffère pas fondamentalement de celle d’une cervicalgie commune, mais se focalise sur la mobilité en rotation du rachis cervical supérieur, souvent limitée en unilatéral dans les céphalées cervicogènes [Hall 2010]. 

Tous les traitements proposés pour une cervicalgie commune peuvent être entrepris, mais ils doivent être complétés par des traitements et auto-traitements du rachis cervical supérieur destinés à accroître la symétrie dans leurs rotations, puisque quelques preuves sont en faveur de ces approches.

Profil du patient

Il souffre d’épisodes vertigineux attribuées à la région cervicale. 

Critères d’inclusion 

Le patient doit décrire des sensations de perte d’équilibre associées à une raideur et/ou douleur cervicale ainsi que des épisodes de mouvement(s) ou position(s) du cou ayant provoqué ces troubles.

Critères d’exclusion 

Les patients migraineux ou souffrant de vertiges d’autres étiologies, les patients souffrant d’instabilité posturale d’origine neurologique sont susceptibles de ne pas répondre au traitement. Ce dernier pourrait être contre-indiqué pour eux, comme il l’est pour les contre-indications habituelles de la thérapie manuelle (ostéoporose avancée, arthrite, médullopathies, pathologies malignes de la région cervicale).

Critères cliniques complémentaires 

La présence d’un défaut de mobilité cervical doit pouvoir se retrouver à la palpation et analyse de la mobilité passive de la région cervicale supérieure, lors de la mesure des mouvements actifs globaux de la région cervicale. Divers tests d’équilibres peuvent aussi être positifs. La manoeuvre de Dix-Hallpike, le test de poursuite oculaire lente, le réflexe vestibulo-oculaire doivent être négatifs. La tension artérielle doit être normale.

Indicateurs de suivi de traitement 

La mesure de la fréquence et de l’intensité des crises, l’effet global perçu par le patient (Global Rating of Change – GRoC) et le test de rotation cervicale supérieure en flexion permettent le suivi plus aisément que des scores (Dizziness Handicap Inventory)  ou que l’EVA qui ne concerne que la douleur cervicale.

Mobilisation passive et auto-passive, en rotation 

Plusieurs méthodes recommandent des pratiques similaires, à savoir le contracté-relâché en rotation cervicale supérieure, ou la mobilisation active dynamique des rotateurs agonistes à la rotation cervicale limitée, la mobilisation en SNAG (Sustained Natural Apophyseal Glide) cervicale supérieure, la mobilisation passive postéro-antérieure de type Maitland et encouragent l’auto-mobilisation passive. 

3

Le raisonnement mécaniste passé considérait que l’atlas pouvait être subluxé sur l’axis et limiter unilatéralement la rotation (en présence d’un processus transverse de l’atlas «postérieur» à gauche, la rotation droite est réputée limitée). Les nouvelles méthodes n’attribuent pas ces déficits à une cause anatomique précise, mais les pratiques sont similaires, une fois abandonnée la dangereuse manipulation vertébrale cervicale supérieure.

Posologie 

De 2 à 6 séances selon le jugement du kinésithérapeute, délivrées sur 6 semaines.

Résultats envisageables

Immédiatement après traitement et à 12 semaines, les patients ayant bénéficié de thérapie manuelle voient l’intensité, la fréquence et le nombre de leurs crises vertigineuses significativement réduites. 

Des preuves de faible qualité sont en faveur des exercices de type SNAG [Gross 2015b], mais il n’est pas possible de mettre en évidence une supériorité franche d’un traitement manuel par rapport à l’autre. L’effet globalement perçu par le patient est en faveur des traitements par thérapie manuelle [Chan 2007, Reid 2014].

Manipulation vertébrale cervicale

Les praticiens américains recommandent encore à ce jour la manipulation vertébrale cervicale (toggle recoil cervical supérieur et autres techniques chiropractiques cervicales inférieures) [Childs JOSPT 2008]. Il est avancé que plusieurs séances de manipulation vertébrale cervicale pourraient, dans la céphalée cervicogène, être plus efficaces que le massage à court et moyen terme [Gross 2015b, Espi-Lopez 2016]. 

Son application sur le rachis cervical supérieur de cous souvent souples et féminins nous semble risquée dans l’absolu. 

Abord actif

Selon Jull, solliciter en décubitus les fléchisseurs profonds comme le long de la tête et le long du cou pour qu’ils diminuent la lordose cervicale, faire un travail isométrique contre faible résistance manuelle en rotation pour obtenir une co-contraction des fléchisseurs et extenseurs, permet aussi de réduire la fréquence et l’intensité des céphalées [Childs JOSPT 2008].

Des preuves de qualité modérée encouragent leur emploi, qui peuvent après traitement et probablement à long-terme améliorer la douleur, la fonction et la perception globale qu’a le patient de son état de santé [Gross 2015b]


Références bibliographiques 

[Chan 2007] Chan HT et al. Efficacy of a C1-C2 Self-sustained Natural Apophyseal Glide (SNAG) in the Management of Cervicogenic Headache. J Orthop Sports Phys Ther. 2007;37(3):100-107 

[Childs JOSPT 2008] Childs JD et al. Neck Pain: Clinical Practice Guidelines Linked to the International Classification of Functioning, Disability, and Health From the Orthopaedic Section of the American Physical Therapy Association. J Orthop Sports Phys Ther 2008;38(9):A1-A34

[Espi-Lopez 2016] Espi-Lopez GV et al. The effect of manipulation plus massage therapy versus massage therapy alone in people with tension-type headache. a randomized controlled clinical trial. Eur J Phys Rehabil Med. 2016 Mar 18. Article sous presse

[Gross 2015b] Gross A et al. Manipulation and mobilisation for neck pain contrasted against an inactive control or another active treatment. Cochrane Database Syst Rev.2015 Sep 23;9:CD004249. 

[Hall 2010] Hall T et al. The influence of lower cervical joint pain on range of motion and interpretation of the flexion-rotation test. Journal of Manual & Manipulative Therapy. Volume 18, N°3, 2010 , pp. 126-131(6) 

[Reid 2014] Reid SA et al. Comparison of Mulligan Sustained Natural Apophyseal Glides and Maitland Mobilizations for Treatment of Cervicogenic Dizziness: A Randomized Controlled Trial. Phys Ther. 2014 Apr;94(4):466-76 

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s