Les tractions de hanche

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La traction de hanche est un premier abord d’une coxo-fémorale présentant des limitations articulaires, chez un patient sans contre-indications médicales et kinésithérapiques reconnues (ex : PTH), ou après consolidation d’une hanche traumatisée.

Elle est déclinée en traction selon l’axe de la diaphyse ou selon l’axe du col.

Contrairement a ce qui est classiquement admis, ces tractions ont un effet mécanique et thérapeutique.

BoussoleValidité

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Hignet R. : La décoaptation de la coxo-fémorale. Annales de Kinésithérapie tome 20. 77-80. 1993

Une expérimentation sur un sujet laxe (traction en flexion de hanche à 45° sur un sujet en procubitus, le kinésithérapeute réalisant l’appui sur l’extrémité supérieure du tibia) a permis de mettre en évidence à la radiographie un liseré articulaire noir témoignant d’une décompression [10]. Cette observation est confirmée dans une autre étude [4], toujours sur une flexion de hanche à 45° mais en décubitus (traction par l’extrémité supérieure du tibia).

Une étude radiologique [9] a observé des variations de 1 à 7 mm de l’interligne, pour des tractions à l’aide du Hare Traction Splint ®, soit une moyenne de 2,5 ± 1 mm, pour des tractions variant entre 5 à 15 kg en fonction des hanches saines ou non. Des valeurs similaires sont retrouvées [14] immédiatement après traction manuelle de hanche, chez des sujets jeunes et sains, de sexe masculin.

Les traitements par décompression articulaire coxo-fémorale sont bénéfiques au moins sur le court terme pour les patients porteurs de douleurs chroniques de hanche, d’autant plus qu’ils sont administrés manuellement avec intensité (entre 400 et 600 N, soit l’intensité nécessaire pour obtenir une séparation articulaire de l’ordre du centimètre) [18].

La traction de hanche est l’un des traitements de thérapie manuelle les plus productifs au membre inférieur. D’autres types de prises en charge manuelles ne faisant pas appel à la traction n’ont pas les mêmes effets positifs [8].

Tractions coxo-fémorales selon l’axe de la diaphyse 

Traction à la sangle dans l’axe de la diaphyse 

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Procédure 

Le patient est en décubitus, le kinésithérapeute en bout de table. Une sangle est accrochée à une chevillère. Celle-ci est doublée à la face dorsale du pied d’une serviette pour éviter les douleurs à cet endroit lors de la traction. La sangle ceinture le kinésithérapeute qui réalise une mise en tension dans l’axe de la diaphyse, avec, durant 20 minutes, une alternance de tractions-décompressions et relâchement à approximativement 20 kilos de traction (limite de glissement du patient sur la table). 

Il s’agit d’une mobilisation passive lente et maintenue et non d’une manipulation, qui est sans effet dans une coxarthrose débutante [3].

La table doit être placée en position basse pour ne pas créer d’inconfort lombaire au patient. La traction se fait en flexion et légère adduction, avec si possible fixation du membre inférieur controlatéral.

Traction en position de moindre contrainte articulaire

Procédure 

La traction est réalisée avec le patient en décubitus, la hanche en position de moindre contrainte (30 ° de flexion, 30 ° d’abduction et une légère rotation latérale). Cette position est maintenue par un coussin.

Trois intensités de traction sont proposées :

  1. Dans le groupe de mobilisation à faible intensité, le praticien ne doit pas ressentir une résistance marquée. Il s’agissait de pompages doux de l’articulation, appliqués durant 10 minutes.
  2. L’appréciation d’une résistance marquée (sensation de premier arrêt) correspond aux forces appliquées pour une intensité moyenne. Il s’agit de tractions de 45 secondes avec 15 secondes de repos, durant 10 minutes au total. 
  3. Une force qui dépasse ce premier arrêt, étirant les tissus mous entourant l’articulation, est appliquée dans le groupe de mobilisation à intensité élevée. Il s’agit de tractions de 30 secondes avec 15 secondes de repos, durant 10 minutes au total.

Un brassard de distraction articulaire et une ceinture de mobilisation sont utilisés, ce qui permet d’interposer un dynamomètre pour quantifier les tensions.

Intensité  Force moyenne ± écart-type
Faible  26,4 ± 6,8 N
Moyenne 50,7 ± 7,8 N
Élevée  68,6 ± 2,9 N

BoussoleValidité 

Les trois groupes de traitement ont montré une amélioration significative de la douleur et de la fonction physique (p <0,05). Le groupe à faible intensité présentait les effets les plus importants en termes de douleur (d = 2,0) et d’augmentation moyenne en pourcentage des seuils de douleur à la pression (hanche = 30,3%, genou = 34,6%, talon = 25,6%). Le groupe à forte intensité présentait les effets les plus importants pour l’amélioration de la fonction physique (d = 0,5-0,7) [Estébanez-de-Miguel 2019]

Traction dans l’axe fémoral en flexion de hanche  

 

Procédure 

Le kinésithérapeute est homolatéral à la hanche à traiter, assis sur le rebord de la table et sur l’avant-pied du patient. Le patient est en décubitus, jambe en crochet. Le praticien contacte à deux mains la face antérieure de l’extrémité inférieure du fémur. 

Il réalise une alternance de tractions en direction caudale et de retour en position neutre. La contre-prise est assurée par le poids du corps.

Traction coxo-fémorale instrumentale continue 

Le Hare Traction Splint ® est un arceau destiné originellement à mettre sous traction un fémur fracturé avant prise en charge chirurgicale. Il pourrait être utilisé pour des tractions coxo-fémorales. Le membre est tracté entre un appui ischiatique et une prise sus-malléolaire.

BoussoleValidité 

Voir en tête de chapitre.

Traction continue à la sangle en décubitus

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Hoeksma HL et al. Comparison of manual therapy and exercise therapy in osteoarthritis of the hip: a randomized clinical trial. Arthritis Care and Research 2004;51(5)

Procédure 

Le patient est en décubitus, le bassin sanglé, table en position basse. Le kinésithérapeute est assis à ses pieds, enserrant de ses mains la cheville du patient. Une sangle est passée entre la région lombaire du kinésithérapeute et ses mains, pour assurer une traction confortable continue. Le genou est en légère flexion à l’aide d’un coussin semi-circulaire. 

Posologie 

La technique est réalisée 2 fois par semaine, pendant 9 semaines, à raison de 25 minutes de traitement. Des étirements (psoas, droit fémoral, TFL, adducteurs, sartorius, gracile) sont réalisés en complément. 

BoussoleValidité 

Le bénéfice thérapeutique apparait conséquent [11, 7]. 

Variante en pouliethérapie

6

La traction est assurée par le patient qui règle son intensité en descendant la table électrique.

Variante classiquement montrée

7

Dans une angulation qui ne correspond pas au secteur en souffrance (face antérieure de la tête fémorale).

Traction caudale hanche tendue

9

Procédure 

Le sujet est en décubitus. Le kinésithérapeute, placé latéralement, est au contact du membre inférieur du sujet. De sa main distale, le praticien « cravate » en berceau le segment jambier ; sa main proximale rejoint la première main au niveau de la face médiale du genou ; son avant-bras est plaqué sur la cuisse. La traction longitudinale est la conséquence de l’inclinaison distale du thérapeute qui reste solidaire de la cuisse du sujet. 

Tractions coxo-fémorales dans l’axe du col

Traction dans l’axe du col fémoral en décubitus 

Elle est inspirée des techniques Mobilisation with Movement (MwM) proposées par Mulligan.

Procédure 

Le kinésithérapeute est latéral au patient en décubitus, lui faisant face et soutenant son membre inférieur. Le genou est en flexion, entouré en brassée par le membre supérieur caudal du kinésithérapeute. Une sangle entoure le kinésithérapeute et la racine de la cuisse du patient. Une serviette protège la cuisse d’un contact trop agressif de la sangle. Le recul du bassin du kinésithérapeute entraîne une décompression dans l’axe du col. La traction est réalisée perpendiculairement à l’axe du fémur.

Lors de la traction, deux secteurs sont successivements travaillés, en mobilisation passive :

  1. La flexion, au maximum de l’amplitude non douloureuse.
  2. La rotation médiale, la hanche étant placée à 90°

Posologie 

Elle comprend trois séries de 10 manoeuvres réalisées dans le secteur angulaire de flexion puis dans celui de rotation médiale, avec une minute de repos entre chaque série.

BoussoleValidité 

Une seule séance peut être suffisante pour avoir un résultat thérapeutique objectivable. 

Son emploi sur des patients coxarthrosiques permet des améliorations cliniquement significatives (diminution de 2 points sur l’EVA, amélioration de l’ordre d’une dizaine de degrés de flexion de hanche, de l’ordre de 5° de rotation médiale), comparativement à une technique MwM simulée. Les résultats sur le long terme ne sont pas connus [2].

Variante 

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Elle est classiquement montrée sans le travail actif du patient.

Traction dans l’axe du col fémoral en latéro-cubitus 

11

Procédure 

Le patient est en latérocubitus, tournant le dos au praticien, hanche à traiter supra-latérale. Il est installé en chien de fusil. La contre-prise est assurée par le poids du patient. Le praticien prend la cuisse du patient en brassée, avec un contact de son thorax. En fente latérale, il réalise une traction dans l’axe du col fémoral en variant ses appuis d’un pied sur l’autre. Elle nécessite une table à hauteur variable, n’est pas réalisable chez tous les patients. Il faut bien penser à placer la hanche dans une relative position de flexion, afin de détendre les ligaments. 

Variante

Dans cette position, une sangle verticale accroché à une cage de pouliethérapie, soutenant la racine de la cuisse protégée par un drap, permet au praticien de s’affranchir du poids du membre inférieur et de réaliser une traction dans l’axe du col par le levier d’un appui vertical sur le condyle latéral du genou.


Références bibliographiques

[2] Beselga C, et al., Immediate effects of hip mobilization with movement in patients with hip osteoarthritis: A randomised controlled trial. Man Ther. 2016 Apr;22:80-5

[3] Brantingham JW et al. Full kinetic chain manual and manipulative therapy plus exercise compared with targeted manual and manipulative therapy plus exercise for symptomatic osteoarthritis of the hip: a randomized controlled trial. Archives of Physical Medicine and Rehabilitation. Volume 93, Issue 2, February 2012, Pages 259–267

[4] Bucciali N et al. Vérification d’une technique de décoaptation de hanche. Annales de Kinésithérapie tome 27. 28-34. 2000

[7] French HP et al. Manual therapy for osteoarthritis of the hip or knee – A systematic review. Manual Therapy Volume 16, Issue 2, Pages 109-117 (April 2011) 

[8] French HP et al. Exercise and Manual therapy Arthritis Research Trial (EMPART) for osteoarthritis of the hip: A Multicentre Randomised Controlled trial. Arch Phys Med Rehabil. 2012 Oct 16.

[9] Henak C et al. Computed tomography arthrography with traction in the human hip for three-dimensional reconstruction of cartilage and the acetabular labrum. Clin Radiol. 2014 Oct;69(10):e381-91

[10] Hignet R. : La décoaptation de la coxo-fémorale. Annales de Kinésithérapie tome 20. 77-80. 1993

[11] Hoeksma HL et al. Comparison of manual therapy and exercise therapy in osteoarthritis of the hip: a randomized clinical trial. Arthritis Care and Research 2004;51(5) 

[14] Sato T et al. Immediate Effects of Manual Traction on Radiographically Determined Joint Space Width in the Hip Joint. J Manipulative Physiol Ther. 2014 Sep 4.

[18] Vaarbakken K et al. Superior effect of forceful compared with standard traction mobilizations in hip disability ? Advances in Physiotherapy, Volume 9, Issue 3 2007, pages 117 – 128

S24687812Estébanez-de-Miguel E, Jimenez-Del-Barrio S, Fortún-Agud M, Bueno-Gracia E, Caudevilla-Polo S, Malo-Urriés M, Ceballos-Laita L. Comparison of high, medium and low mobilization forces for reducing pain and improving physical function in patients with hip osteoarthritis: Secondary analysis of a randomized controlled trial.Musculoskelet Sci Pract. 2019 Mar 21;41:43-48. doi: 10.1016/j.msksp.2019.03.007. Article sous presse

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