L’extension passive du genou est limitée. Traitements articulaires


Mobilisations passives

Le traitement manuel de l’extension du genou

Les patients présentant un déficit d’extension passive doivent bénéficier de thérapie manuelle en plus des exercices. 

BoussoleElle est efficace même sur le long-terme, même en utilisation isolée, pour une dizaine de séances dans l’année [1]. Elle reste préférable à des postures instrumentales chez les sujets grabataires [33].

Elle améliore significativement les capacités fonctionnelles et le périmètre de marche sur le court et le moyen terme des patients gonarthrosiques, allant sur le long terme jusqu’à diminuer le recours à la chirurgie [8]. Les améliorations ressenties par le patient sont notoirement améliorées comparativement au traitement non manuel, et d’un coût comparable à la visco-supplémentation, pour une efficacité supérieure [22].

Principes classiques

Lorsque la technique s’adresse à l’articulation, il s’agit de mobiliser une surface concave (tibia) sur une surface convexe (fémur). 

1

 

Il est communément admis que le glissement soit dans le sens du mouvement, en l’occurrence un glissement postéro-antérieur du tibia sous le fémur (quand la solidité du ligament croisé antérieur le permet). 

Lorsque la technique s’adresse aux éléments postérieurs à l’articulation (coques condyliennes), un porte-à-faux est nécessaire, favorisant la postériorisation du tibia et du fémur quand la solidité de l’articulation le permet. 

De fait…

BoussolePlusieurs études validant une prise en charge manuelle utilisent des mobilisations passives qui ne respectent pas ces principes de glissements [34, 1].

Il est probable que, comme pour d’autres régions (épaule, rachis lombaire, …), le respect scrupuleux de la biomécanique ne soit pas le garant de la réussite du traitement. 

Mobilisation passive globale en décubitus avec respect des glissements 

Elle est plutôt destinée à des mobilisations passives d’entretien pour des patients ne pouvant pas mouvoir activement leurs membres. 

Procédure 

Le patient est en décubitus, le kinésithérapeute latéral à lui soutien la jambe par une prise thoraco-brachiale. Lors de la flexion de la hanche et du genou, la main crâniale vient contacter la tubérosité tibiale antérieure pour induire un glissement ventral et une rotation médiale. 

Lors de l’extension relative de la hanche et complète du genou, la main crâniale se déplace à la face antérieure de l’extrémité inférieure de la cuisse pour induire un glissement dorsal, la main caudale tracte la face postérieure de l’extrémité supérieure du tibia vers le ventral et induit une rotation latérale de jambe.

Manœuvre de pompage du genou 

Procédure 

Patient en décubitus, kinésithérapeute latéral à lui. Réaliser une alternance de dépressions-relâchements allant dans le sens du glissement antérieur du tibia sous le fémur, en accentuant la traction en partie médiale afin de majorer la rotation latérale.

Consacrer la séance à cette manœuvre, qui présente l’avantage de mobiliser le genou dans le sens de son glissement physiologique, de stimuler les noeuds lymphatiques poplités, de réaliser une alternance de compressions-décompressions articulaires,  de mobiliser des franges synoviales.

Variante en traction-décompression. La technique du chien amoureux

5

Patient en décubitus, le kinésithérapeute enfourche le membre inférieur, placé en débord de table. Il tracte le tibia à l’aide de ses cuisses, en encourageant le glissement antérieur du tibia sous le fémur du patient, lors de tractions intermittentes.

Variante 

L’Arthrocame, un appareillage de thérapie hypopressive séquentielle permettait autrefois de réaliser instrumentalement cette technique (de 6 à 10 tractions par minute, pour une durée minimale de 15 à 20 minutes) [35].

Mobilisation passive en glissement postéro-antérieur du tibia sous le fémur en décubitus  

6

Procédure 

Le patient est en décubitus, le kinésithérapeute glisse son genou sous le genou du patient, afin de s’en servir comme d’un « coin » à l’encontre de l’extrémité supérieure du tibia. Il maintient fermement l’extrémité inférieure du fémur et imprime une flexion au genou du patient. Le coin matérialisé par la cuisse du kinésithérapeute réalise un glissement antérieur forcé du tibia.

Mobilisation passive en glissement antéro-postérieur du tibia sous le fémur en décubitus 

7

Procédure 

La mobilisation passive se fait vers l’extension à l’aide d’un appui proximal sur le tibia, exerçant une poussée antéro-postérieure, soit un glissement postérieur du tibia pour gagner en extension. Il est moins traumatisant de glisser un coussin cale dur sous le fémur plutôt que d’induire un porte-à-faux.

Validité 

BoussoleLa technique décrite apparaît paradoxale quant au respect des glissements. Malgré cela, une seule séance de 30 minutes permet une amélioration immédiate de l’extension, mesurée par vidéofluoroscopie, chez les sujets gonarthrosiques. Elle est sans effets sur le sujet sain [34]. 

Remarque 

Elle offre l’avantage de ne pas mettre en tension le LCA.

Variantes 

Des positions accessoires peuvent être utilisées, avec une rotation latérale induite, un varus ou un valgus. 

Posture en extension du genou 

8

Procédure 

Le patient est en décubitus strict, la jambe controlatérale en flexion sur un coussin si la position est trop douloureuse pour la région lombaire. 

Le kinésithérapeute réalise un appui vertical sur la face antérieure de l’extrémité inférieure du fémur. 

L’appui doit être large pour ne pas comprimer douloureusement le quadriceps entre main et fémur. Il est intermittent.

Variante 

9

À défaut d’un appui manuel, une sangle peut être placée au même endroit. 

Un petit coussin cale-dur est placé sous l’extrémité supérieure du tibia, afin d’induire un glissement physiologique antérieur. 

Un coussin cale souple est positionné si nécessaire sous le tendon achilléen afin de soutenir le segment jambier.

Etirement du plan postérieur du genou 

10

Procédure 

Sujet en décubitus, étirer les structures postérieures en amenant le membre inférieur en flexion et rotation latérale, avec un contre-appui du buste sur le genou. 

Le relâchement des fléchisseurs est obtenu en demandant préalablement au sujet une extension isométrique de hanche genou tendu contre résistance manuelle. 

Les coques condyliennes, les fléchisseurs de jambe mais aussi la sensibilité des structures neurales sont susceptibles de limiter le mouvement. 

Ainsi, la tension du nerf tibial dans le creux poplité peut être majorée par la flexion éversion du pied.

Posture des coques condyliennes

11

Procédure 

Sujet en décubitus, le kinésithérapeute glisse son genou sous la cheville du patient et réalise un appui des deux mains de part et d’autre de la patella, en direction verticale.

Mobilisation par prise crurale

12

Procédure 

Le sujet est en décubitus dorsal, la hanche fléchie, le genou dans la position imposée par l’articulation. 

Le thérapeute situé face au patient pose la partie postérieure du tiers supérieur de la jambe de ce dernier sur son épaule, et croise les deux mains sur la face antérieure de l’extrémité distale de la cuisse. 

Il exerce alors sur le fémur une force dirigée vers le dorsal, réalisant ainsi spontanément l’extension du genou et le glissement antérieur du tibia par rapport aux condyles fémoraux. 

Le praticien peut exercer deux forces de sens inverse en élevant simultanément le tibia lors de la mobilisation. Cette technique permet de déployer une force importante et peut de ce fait être dosée avec une grande précision. 

Elle néglige cependant la décompression articulaire et la rotation latérale automatique du tibia.

Auto-posture du genou en extension

13

Procédure 

Le patient, assis pose l’intégralité de son segment jambier sur une table basse, en veillant à ce que l’hallux soit vertical.

Variante pour les coques condyliennes 

14

Le patient assis pose sa cheville sur une table basse, réalisant un porte-à-faux du genou. L’hallux doit être vertical, la tension maximale doit être ressentie au creux poplité.


Références bibliographiques concernant l’abord passif du genou

[1] Abbott JH et al. Manual therapy, exercise therapy, or both, in addition to usual care, for osteoarthritis of the hip or knee: a randomized controlled trial. 1: clinical effectiveness. Osteoarthritis Cartilage. 2013 Apr;21(4):525-34.

[2] Aquino C et al. Stretching versus strength training in lengthened position in subjects with tight hamstring muscles: A randomized controlled trial. Manual Therapy. Feb 2009. Pages 26-31

[3] Bandy D et al. The effect of time and frequency of static stretching on flexibility of the hamstring muscles. Physical Therapy 1997 77: 1090-1096.

[4] Bonci CM. Assessment and evaluation of predisposing factors to anterior cruciate ligament injury. J Athl Train. 1999 Apr;34(2):155-64.

[5] Brent Feland J et al. The Effect of Duration of Stretching of the Hamstring Muscle Group for Increasing Range of Motion in People Aged 65 Years or Older. Physical Therapy 2001 81: 1110-1117.

[6] Bruyneel AV, Bridon F. Inclinométrie du genou : comparaison de la reproductibilité d’un outil mécanique et d’une application sur smartphone. Kinésithérapie La Revue. Vol 15 – N° 158 – février 2015; 74-79

[7] Curtis B et al. (2016) Acute Effects of Neural Mobilization and Static Hamstring Stretching on Multi-joint Flexibility in a Group of Young Adults. J Nov Physiother 6: 283

[8] Deyle et al. Physical therapy treatment effectiveness for osteoarthritis of the knee: a randomized comparison of supervised clinical exercise and manual therapy procedures versus a home exercise program. Physical Therapy 2005 Dec;85(12):1301-1317

[9] Farquhar S et al. Persistence of Altered Movement Patterns During a Sit-to-Stand Task 1 Year Following Unilateral Total Knee Arthroplasty. Phys Ther 2008 88: 567-57.

[10] Fredriksen H et al. Passive knee extension test to measure hamstring muscle tightness. Scand J Med Sci Sports, 7(5):279-82 1997 Oct

[11] Gajdosik R, Lusin G. Hamstring muscle tightness: reliability of an active-knee-extension test. Phys Ther. 1983;63(7):1085–1090

[12] Gajdosik R Rectus femoris muscle tightness: intratester reliability of an active knee flexion test. J Orthop Sports Phys Ther. 1985;5:289–292.

[13] Gajdosik R., Bohannon R. Clinical measurement of range of motion. Physical Therapy vol 67 n°12. 1987

[14] Gose JC. Continuous passive motion in the postoperative treatment of patients with total knee replacement: a retrospective study. Physical Therapy 67 / 1:39-42 ; 1987

[15] Guex K et al. Passive Knee-Extension Test to Measure Hamstring Tightness: Influence of Gravity Correction. Journal of Sport Rehabilitation, 2012, 21, 231-234

[16] Harvey LA et al. Continuous passive motion following total knee arthroplasty in people with arthritis. Cochrane Database Syst Rev. 2010 Mar 17;(3)

[17] Kendall H. Les muscles. Bilan et étude fonctionnelle. Maloine éditions. Paris. 4° édition. 1971.

[18] Law R et al. Stretch Exercises Increase Tolerance to Stretch in Patients With Chronic Musculoskeletal Pain: A Randomized Controlled Trial. Phys Ther. October 2009 89:1016-1026.

[19] Le Sant G et al. Elastography Study of Hamstring Behaviors during Passive Stretching. PLoS One. 2015 Sep 29;10(9)

[20] Lim KI, Nam HC, Jung KS.  Effects on hamstring muscle extensibility, muscle activity, and balance of different stretching techniques. J Phys Ther Sci. 2014 Feb;26(2):209-13

[21] McKeon M et al. Sex differences and representative values for 6 lower extremity alignment measures. J Athl Train. 2009 May-Jun;44(3):249-55

[22] Monticone M et al. Hyaluronic acid intra-articular Injection and exercise therapy: effects on pain and disability in subjects affected by lower limb joints osteoarthritis. The Italian Society of Physical and Rehabilitation Medicine (SIMFER) systematic review. Eur J Phys Rehabil Med. 2016 Jun;52(3):389-99

[23] Morris J. The value of continuous passive motion in rehabilitation following total knee replacement. Physiotherapy, 81(9), 557-562. 1995

[24] Naylor J et al. Validity and reliability of using photography for measuring knee range of motion: a methodological study. BMC Musculoskeletal Disorders 2011, 12:77

[25] Nguyen AD et al. A preliminary multifactorial approach describing the relationships among lower extremity alignment, hip muscle activation, and lower extremity joint excursion. J Athl Train. 2011 May-Jun;46(3):246-56.

[26] Perrin A. Aurel C. Extensibilité des ischio-jambiers : reproductibilité intra et inter-testeur d’un test inspiré de Kendall. Kinésithérapie les Annales. 2003 ;16 :30-7

[27] Pope RO et al. Continuous passive motion after primary total knee arthroplasty. Does it offer any benefits? J Bone Joint Surg Br, 79(6):914-7 1997 Nov

[28] Rannou F et al. Le cartilage : de la mécanobiologie au traitement physique. Annales de Réadaptation et Médecine Physique. 44. 259-67. 2001

[29] Rowe P et al. Knee joint kinematics in gait and other functional activities measured using flexible electrogoniometry: how much knee motion is sufficient for normal daily life? Gait & Posture. Volume 12, Issue 2, pp. 143 – 155, 1 October, 2000

[30] Sharma S et al. Short term effectiveness of neural sliders and neural tensioners as an adjunct to static stretching of hamstrings on knee extension angle in healthy individuals: A randomized controlled trial. Phys Ther Sport. 2016 Jan;17:30-7

[31] Shultz SJ et al.Joint laxity is related to lower extremity energetics during a drop jump landing. Med Sci Sports Exerc. 2010 Apr;42(4):771-80.

[32] Shultz SJ et al. Identifying multiplanar knee laxity profiles and associated physical characteristics. J Athl Train. 2012 Mar-Apr;47(2):159-69.

[33] Steffen T. Low-load prolonged stretch in the treatment of knee flexion contracture in nursing home residents. Physical Therapy vol 75 n°10. 1995

[34] Taylor AL et al. Knee Extension and Stiffness in Osteoarthritic and Normal Knees: A Videofluoroscopic Analysis of the Effect of a Single Session of Manual Therapy. J Orthop Sports Phys Ther, Epub 25 February 2014.

[35] Thumerelle M., Camus JP. : Thérapie hypopressive séquentielle & arthrose. Annales de Kinésithérapie tome 16 n°9. 409-12. 1989.

[36] Trimble M et al. The relationship between clinical measurements of lower extremity posture and tibial translation. Clin Biomech (Bristol, Avon). 2002 May;17(4):286-90.

[37] Umegaki H et al. The effect of hip rotation on shear elastic modulus of the medial and lateral hamstrings during stretching. Man Ther. 2015 Feb;20(1):134-7.

[38] Umegaki H et al. Acute effects of static stretching on the hamstrings using shear elastic modulus determined by ultrasound shear wave elastography: Differences in flexibility between hamstring muscle components. Man Ther. 2015 Aug;20(4):610-3.

[39] Viswanathan P, Kidd M. (2010): Effect of continuous passive motion following total knee arthroplasty on knee range of motion and function: A systematic review. New Zealand Journal of Physiotherapy 38(1) 14-22

[40] Waddell G, Somerville D, Henderson I, Newton M. Objective clinical evaluation of physical impairment in chronic low back pain. Spine. 1992;17:617–628.

[41] Watkins M. Reliability of goniometric measurements and visual estimates of knee ROM obtained in clinical settings. Physical Therapy vol 71 n°2. 90-7. 1991

Baltaci G, Un N, Tunay V, et al Comparison of three different sit and reach tests for measurement of hamstring flexibility in female university students British Journal of Sports Medicine 2003;37:59-61.

Accès à l’article

Hui SS, Yuen PY. Validity of the modified back-saver sit-and-reach test: A comparison with other protocols. Med Sci Sports Exerc 2000;32:1655–1659.

Accès à l’article

Pedro A. López-Miñarro, Pilar Sáinz de Baranda Andújar, Pedro L. RodrÑGuez-GarcÑa. A comparison of the sit-and-reach test and the back-saver sit-and-reach test in university students. J Sports Sci Med. 2009 Mar; 8(1): 116–122.

Accès à l’article

Pooja Sabhachandani, Poonam Rani. Comparison of back saver sit and reach test and modified back saver and reach test as a measurement of hamstring flexibility in female college student. Medicina Sportiva (2011), vol VII, no 4, 1717 – 1723

Accès à l’article

Shamsi M, Mirzaei M, Khabiri SS. Universal goniometer and electro-goniometer intra-examiner reliability in measuring the knee range of motion during active knee extension test in patients with chronic low back pain with short hamstring muscle. BMC Sports Sci Med Rehabil. 2019 Mar 22;11:4. doi: 10.1186/s13102-019-0116-x

(Article en accès libre)

Articles en rapport avec le sujet

Un commentaire

Les commentaires sont fermés.