Tractions vertébrales lombaires


Une revue systématique avec méta-analyse [Cheng 2019] a inclut 7 études contrôlées randomisées. Elles portaient sur 403 patients lombalgiques présentant une hernie discale objectivée par IRM. Elles comparaient la traction lombaire à un traitement factice ou à une absence de traction. Les auteurs indiquent une amélioration significativement plus importante sur le court-terme en faveur de la traction vertébrale mais ne retrouvent pas d’effet sur le long-terme. Il n’y a pas de preuves suffisantes pour considérer qu’elle puisse réduire les hernies discales.


C’est un traitement général et global encore cité dans les guides cliniques à propos du traitement de certaines sciatiques [36].

Techniques manuelles

Manœuvre de décompression lombo-sacrée en procubitus 

1

Elle fut proposée en son temps par Boris Dolto [9].

Procédure 

Le patient est en procubitus, le praticien place son genou sur la face postérieure du sacrum et réalise une traction caudale par la translation caudale de son genou. Les mains repoussent le thorax en direction crâniale. 

Variante 

2

Il est possible de s’asseoir sur le patient et de réaliser une traction caudale avec les fesses, repoussant le thorax en direction crâniale.

Manœuvre de décompression lombo-sacrée en décubitus 

3

Procédure 

Le patient est en décubitus, le praticien assis à son côté. Le praticien place son avant-bras sur la table, en supination, main ouverte. Le patient, jambes en crochet, laisse glisser la main du praticien sous son sacrum, en soulevant les fesses ; il se repose ensuite sur la main du praticien et allonge ses jambes. Les pulpes des doigts de la main dorsale sont en contact de l’articulation L5-S1.

Alors que dans une technique passive classique, les mouvements sont imposés au patient, dans cette technique dite fonctionnelle, le praticien doit prendre en compte la réponse des tissus et adapter ses manoeuvres à son ressenti palpatoire. L’avant-bras ventral est posé en appui sur les rebords antérieurs des os coxaux ; le praticien peut ainsi réaliser une augmentation ou une diminution de la distance entre les EIAS à l’aide de l’avant-bras et de la main, tandis que la main dorsale tracte le sacrum en direction caudale, réalisant une décompression et une contre-nutation.

Le patient respire normalement lors de la technique, qui dure de l’ordre de 9 à 10 cycles respiratoires.

boussoleValidité 

Cette manœuvre, classiquement enseignée dans les écoles d’ostéopathie, est sans intérêt thérapeutique immédiat sur des patientes lombalgiques chroniques lorsqu’elle est délivrée isolément (une séance de 5 minutes par semaine pendant trois semaines) [5].

Techniques instrumentales

Traction lombaire instrumentale 

4
Triton DTS® Traction System, The Chattanooga Group

Elle est destinée à des patients souffrant de la région lombo-sacrée, pouvant irradier dans la fesse et le membre inférieur. 

Matériel

Elle nécessite un système mécanique motorisé.

Procédure 

Le patient est en décubitus en position de Fowler, avec les hanches et genoux à 90° de flexion. Les jambes du patient sont soutenues par un tabouret de hauteur variable pour les patients supportant la flexion. Pour les patients ne supportant pas cette position, la traction est réalisée en décubitus strict.

Posologie 

La posologie validée est de 3 séances de tractions en moins de 9 jours. La séance dure 15 minutes avec 30 secondes préalables de mise en tension graduelle et 10 secondes finales de relâchement. Elle peut être de durée réduite si le sujet manifeste des douleurs. La force de traction correspond à 30 à 40% du poids du corps.

boussole

Effets physiques 

Sur des radiographies de profil on peut observer un agrandissement de l’espace inter-somatique pouvant atteindre 1.5 mm, un écart des structures postérieures avec des tractions variant entre 25 et 100 kgs, se répartissant de façon variable depuis L2 jusqu’à L5. Il ne semble pas possible d’obtenir d’écart articulaire avec une traction de moins de 30 kgs. Les auto-tractions entraînent une augmentation de la pression intra-discale, les enregistrements électromyographiques pendant et après la traction suggèrent que les effets sur le muscle sont négligeables [31].

Validité thérapeutique

boussoleLeurs effets thérapeutiques ne sont pas établis et de moins en moins recommandés [37] : elles sont considérées comme inefficaces.

Les preuves sont contradictoires quant à leur intérêt thérapeutique dans la lombalgie. Il y a des preuves modérées encourageant les praticiens à ne pas utiliser ces tractions intermittentes ou statiques pour réduire les symptômes dans les lombalgies aiguës, subaiguës sans irradiations ou dans les lombalgies chroniques [36].

Sur 129 patients traités [4], 25 ont eu des réponses positives au traitement par traction. 4 variables ont émergé de l’analyse de leurs caractéristiques comparées : absence de travail manuel, faible score au FABQ (Fear Avoidance Beliefs Questionnaire, questionnaire cherchant à évaluer la kinésiophobie du patient), absence de déficit neurologique, âge supérieur à 30 ans. La présence des 4 critères améliorerait la probabilité de réussite du traitement de 19,4 à 69,2 %.

Une revue systématique avec méta-analyse [Cheng 2019] a inclut 7 études contrôlées randomisées. Elles portaient sur 403 patients lombalgiques présentant une hernie discale objectivée par IRM. Elles comparaient la traction lombaire à un traitement factice ou à une absence de traction. Les auteurs indiquent une amélioration significativement plus importante sur le court-terme en faveur de la traction vertébrale mais ne retrouvent pas d’effet sur le long-terme.

La encore, la position des bornes de l’intervalle de confiance ne permet pas de se prononcer plus en avant, comme le montre cette vue de l’article :

Sans titre

Il n’y a pas de preuves suffisantes pour considérer qu’elle puisse réduire les hernies discales.


Références bibliographiques 

[4] Cai C et al. A clinical prediction rule for classifying patients with low back pain who demonstrate short-term improvement with mechanical lumbar traction. Eur Spine J. 2009;18:554–561

[5] Castro-Sánchez AM et al. Short-term effectiveness of spinal manipulative therapy versus functional technique in patients with chronic non-specific low back pain: a pragmatic randomized controlled trial. Spine J. 2016 Mar;16(3):302-12

Cheng YH, Hsu CY, Lin YN. The effect of mechanical traction on low back pain in patients with herniated intervertebral disks: a systemic review and meta-analysis. Clin Rehabil. 2019 Aug 28:269215519872528. doi: 10.1177/0269215519872528. Article en pré-publication.

Articles en rapport avec le sujet

[9] Dolto B. : Le corps entre les mains. Hermann. 1976

[31] Revel M. Que reste-t-il des tractions en pathologie vertébrale commune ? Revue du rhumatisme tome 67 p 177-81. 2000

[36] George SZ et al. Low Back Pain. J Orthop Sports Phys Ther. 2012;42(4):A1-A57

[37] NICE. Low back pain and Sciatica in Over 16s: assessment and Management. National Institute for Health and Care Excellence: Clinical Guidelines. 2016. London: National Institute for Health and Care Excellence (UK), 2016.

 

2 commentaires

  1. La traction lombaire mécanique n’est plus recommandée dans la lombalgie.

    Je remarque toutefois que la traction lombaire manuelle permet, chez certains patient résistants à tous traitements, d’améliorer instantanément les douleurs (voire les centraliser) et d’améliorer leur amplitude d’extension.

    Certains répondent à la traction manuelle (avec sangle) en décubitus dorsal jambes en crochet. Cela permet de libérer le soulevé de fesse (pendant et après la traction)

    Mais la majorité répond à la traction manuelle par les chevilles en procubitus, avec une extension de hanches autour de 20 degrés. Ils ameliorent l’amplitude et la douleur des fausses pompes (cobra en yoga).

    Aucune étude sur ce type de population et de méthode de traction ?

    Le pourcentage de personnes répondant à ces traction étant faible, je suppose que l’on aurait un « pas de preuve d’efficacité ».

    Pour autant bien utile dans ces cas. Ne répondant pas au soins courants.

    Assez facile à faire réaliser par un proche sur quelques jours pour voir si le bénéfice perdure.

    J'aime

  2. Il me semble que l’on revient des tractions vertébrales « à abandonner » comme à partir de 2000, pour aller vers « dans certaines conditions, sur le court-terme, sur un malentendu, ça peut marcher ».

    Mais remarque que la nouvelle mode consiste à dire « dans un forrest-plot, tant que la dispersion des valeurs croise le 0, on ne peut pas se prononcer sur les bienfaits supposés de la technique ».
    Une façon de mettre la barre plus haut concernant la validation de nos traitements.
    Le petit p tout seul à vécu, les bornes d’intervalle de confiance commencent à être indiquées dans les ECR.

    J'aime

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s