La main molle du suicidaire


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Plusieurs études convergentes sur le même sujet, parfois avec la même base de données mais aussi sur des populations différentes. La dernière en date s’intéresse à la fin de vie provoquée. Les notes précédentes, que vous pourrez trouver en infra respectent la chronologie, puisqu’elles traitent de la main molle du dépressif puis de la main molle du senior obèse.

J’avais pensé la garder pour le premier Avril 2020, mais la Toussaint 2019 approche, sans compter que :

  • Vous allez peut être pouvoir sauver des vies avant cette date, puisque les auteurs concluent dans le résumé que ça se trouve, en renforçant la force de préhension, les patients vont moins se suicider (ce qui me semble particulièrement couillon comme idée).
  • Vous allez pouvoir bénéficier d’un nouveau sujet affriolant lors du repas de famille en testant grand’père ou ce pauvre vieux oncle tout tristounet. Vous allez même pouvoir estimer la date probable de votre future mort à l’aide d’un tableur Excel et d’un Jamar.

Ne me remerciez pas, c’est cadeau.

Cette étude [1] a étudié le lien entre la force de serrage et les idées suicidaires dans un échantillon représentatif de la population adulte américaine à l’aide des données de l’enquête nationale sur la santé et la nutrition (NHANES).

Population et méthodes

Les données de deux enquêtes NHANES (2011-2014) ont été agrégées. La force de la poignée en kilogramme (kg) a été définie comme la valeur maximale obtenue à la main dominante. 

Les tendances suicidaires ont été évaluées à l’aide d’une question : « Au cours des 2 dernières semaines, combien de fois avez-vous été gêné par le problème suivant: Vous pensez qu’il vaudrait mieux mourir ou vous faire mal d’une manière ou d’une autre? » et classée par non (pas du tout) et oui (plusieurs jours / plus de la moitié des jours / presque tous les jours). 

Des régressions logistiques spécifiques au sexe ont été réalisées pour analyser les associations entre la force de serrage et les pensées suicidaires.

Résultats 

Les données concernant 8903 adultes (âge moyen: 47,4 ± 0,4 ans) ont été analysées. Chaque augmentation de 5 kg de la force de la poignée était associée à une probabilité réduite de 16% d’avoir des pensées suicidaires (0,84, IC à 95%: 0,74 à 0,95) chez l’ensemble des hommes. 

Ces associations étaient plus fortes chez les hommes âgés de 20 à 39 ans (0,83, IC à 95%: 0,70 à 0,98) et de 40 à 64 ans (0,73, IC à 95%: 0,63 à 0,85). 

En revanche, aucune association n’a été observée chez les femmes de tous les groupes d’âge.

Conclusions 

Les hommes de moins de 65 ans ayant une faible force de préhension sont beaucoup plus susceptibles d’avoir des idées suicidaires. Il y a en plus une relation dose-réponse. 

Commentaire 

Note établie à partir du seul résumé.

C’est en tout cas pas la première fois que l’indicateur «force de serrage» a été avancé comme prédictif. Ainsi, une étude [2] proposait sans rire de prédire la date de la mort à l’aide d’une équation polynomiale basée sur le grip-strength. Un tableur Excel permet de vous entrainer avec vos propres données (l‘un des auteurs s’appelle Angst, c’est peut être pour ça que ça fait peur) 🙂


Références bibliographiques 

[1] Cao C, Liu Q, Yang L, Zheng X, Lan P, Koyanagi A, Vancampfort D, Soysal P, Veronese N, Stubbs B, Firth J, Smith L. Handgrip strength is associated with suicidal thoughts in men: Cross-sectional analyses from NHANES. Scand J Med Sci Sports. 2019 Sep 23. doi: 10.1111/sms.13559. Article en pré-publication.

Articles en rapport avec le sujet

[2] Felix Angst, Susann Drerup, Stephan Werle, Daniel B Herren, Beat R Simmen, and Jörg Goldhahn. Prediction of grip and key pinch strength in 978 healthy subjects. BMC Musculoskelet Disord. 2010; 11 


La main molle des dépressifs

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Note publiée originellement le 26/3/2019

Ca fait partie des constatations qu’on se fait tous les jours en serrant la main des patients**  : certains ont la poignée de main vigoureuse, d’autres…

La force de serrage est un marqueur simple et peu coûteux du risque de santé et de mortalité. 

Cette étude a étudié les associations entre force de serrage et dépression dans les pays à ressources modérées à faibles, chez des adultes d’âge moyen et des personnes âgées vivant en insitutions. 

Méthodes 

Les données transversales sur les personnes âgées de 50 ans et plus tirées de l’étude de l’Organisation Mondiale de la Santé sur le vieillissement et la santé des adultes dans le monde ont été analysées. 

La dépression était basée sur le Composite International Diagnostic Interview (?)

Une force de serrage faible a été définie comme inférieure à 30 kg pour les hommes et à 20 kg pour les femmes en utilisant la valeur moyenne de deux mesures de la main dominante. Une analyse de régression logistique multivariable a été réalisée.

Résultats 

L’échantillon comprenait 34 129 personnes (62,4 ± 16,0 ans; 52,1% de femmes). La prévalence de la faiblesse de serrage et de la dépression étaient de 47,4% et 6,2%, respectivement. 

La prévalence de la dépression était plus élevée chez les personnes dont la force de serrage était faible que chez celles qui n’en souffraient pas (8,8% contre 3,8%; p <0,001). 

Dans tous les pays, après ajustement pour tenir compte des facteurs de confusion potentiels, une faible force de serrage était associée à une probabilité de dépression multipliée par 1,45 (IC 95% = 1,12-1,88) fois, bien que des différences aient été observées entre les pays.

Discussion 

Une force plus faible des poignées est associée à une probabilité plus élevée de dépression dans les ces pays. Les recherches futures devraient chercher à établir la valeur prédictive de cette mesure peu coûteuse pour une utilisation clinique. De plus, les études interventionnelles devraient examiner si la force musculaire peut être la cible d’interventions d’entraînement contre résistance pour traiter les symptômes dépressifs dans les milieux à faibles ressources.

Commentaire 

Note établie à partir du seul résumé. Si vous avez accès au texte intégral, merci de me faire part de toute inexactitude ou renseignement complémentaire. 

Je trouve étonnant la dernière phrase du résumé : si les dépressifs sont mous de la poignée de main, on devrait faire des études pour savoir si la rééducation du serrage de main améliore la dépression ????

Note technique sur le sujet 

Mesures de la force de préhension et de la pince pouce-index


Références bibliographiques 

X01650327Ashdown-Franks G, Stubbs B, Koyanagi A, Schuch F, Firth J, Veronese N, Vancampfort D. Handgrip strength and depression among 34,129 adults aged 50 years and older in six low- and middle-income countries. J Affect Disord. 2019 Jan 15;243:448-454. doi: 10.1016/j.jad.2018.09.036.

Articles en rapport avec le sujet

** enfin pour les kinésithérapeutes qui ne travaillent pas en Belgique, où la poignée de main n’est pas trop habituelle 🙂


Symptômes dépressifs, surpoids et force de serrage des vieux américains

 

Symptômes dépressifs, surpoids et force de serrage des vieux américains
Cette étude a étudié la relation entre fonction physique, symptômes dépressifs et poids chez les adultes américains âgés.

 

Méthodes

Les données transversales ont été analysées à partir de l’Enquête nationale sur la santé et la nutrition de 2011 à 2012 et de 2013 à 2014.

La fonction physique a été évaluée à l’aide d’un dynamomètre de type Jamar.

Les symptômes dépressifs ont été évalués à l’aide du Questionnaire sur la santé des patients autodéclaré-9.

Le poids a été évalué en utilisant l’indice de masse corporelle (IMC) et les participants ont été classés en poids normal (<25kg / m2), en surpoids (25 à <30kg / m2) et obèses (≥30.0kg / m2).

Les associations entre les symptômes dépressifs et la force de préhension de la main ont été estimées par régressions linéaires multiples selon le sexe et par régression linéaire multivariée stratifiée pour l’IMC.


Oldies but goldies, quelques études passent les années sans que leurs conclusions soient trop remises en cause… Ou pas. Retour vers le (peut être) futur avec cette note rédigée originellement dans ActuKiné le Dimanche 29 Juillet 2018


Résultats

Au total, 2 812 adultes (54% femmes, âge moyen de 69,2 ans, IMC moyen de 29,2 kg / m2) ont été inclus.
Les femmes présentant des symptômes dépressifs modérés à sévères avaient une force de préhension de la main inférieure de 1,60 kg (IC de 95%: 0,91 à 2,30) par rapport aux femmes présentant des symptômes dépressifs minimes ou inexistants.

Aucune association de ce type n’a été observée chez les hommes.

Parmi les personnes obèses, les hommes et les femmes présentant des symptômes dépressifs modérés à sévères avaient une plus faible force de la poignée (-3,72 kg IC à 95%[-7,00 à -0,43] et -1,83 kg IC à 95%[-2,87 à -0,78] respectivement).

Conclusion

Chez les adultes américains plus âgés, les femmes et les personnes obèses et déprimées sont les plus à risque au déclin de la fonction physique.

Commentaire 

Note établie à partir du seul résumé. Si vous avez accès au texte intégral, merci de me faire part de toute inexactitude ou renseignement complémentaire.


Références bibliographiques

Smith L, White S, Stubbs B, Hu L, Veronese N, Vancampfort D, Hamer M, Gardner B, Yang L. Depressive symptoms, handgrip strength, and weight status in US older adults. J Affect Disord. 2018 Jun 5;238:305-310. doi: 10.1016/j.jad.2018.06.016. Article sous presse

Résumé disponible en ligne

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