Dry needling de l’oblique inférieur de la tête


corrida-ales-2013-021
corrida-ales-2013-021 Photo de Jean-Marc Montegnies / Animaux en Péril

Au XXème siècle, pour une céphalée on manipulait l’atlas en rotation. Puisque C1 n’avançait pas à droite, sur un patient en décubitus tête en flexion, un bon gros thrust en rotation gauche dans le plan des yeux en espérant que l’atlas tourne plus vite que l’axis, et roulez jeunesse. Si ça craquait, c’est que c’était remis.

Vous trouvez ça dangereux ? Anté-diluvien ? Vous êtes résolument moderne et vous faites du dry needling ? 

Au XXIème siècle, au lieu de tester l’avancée du processus transverse, vous faites le test de flexion rotation cervicale supérieure. C’est grosso modo le même. Et au lieu de thruster vous piquez dans le muscle rotateur profond douloureux qui unit le processus épineux de C2 au processus transverse de C1. Si ça tourne mieux après, c’est que c’est mieux qu’avant.

Population-cible

Sujets jeunes et sains.

Procédure 

Le praticien utilise des aiguilles stériles en acier inoxydable, à guidage cylindrique en plastique, de 40 mm de long et de 0,32 mm de diamètre. La technique est réalisée près lavage des mains, utilisation de gants d’examen stériles sans latex et nettoyage de la peau avec un tampon d’alcool. 

Comme le muscle n’est pas palpable, le kinésithérapeute se sert des repères osseux à sa disposition : l’oblique inferieur s’insère sur la surface latérale du processus épineux de C2 et se termine sur la face inférieure du processus transverse de C1. 

Le sujet est en procubitus, tête en position anatomique. L’aiguille est insérée à mi-distance des deux repères osseux, en directions médiale, ventrale et très légèrement caudale, selon un angle de 45° par rapport aux deux processus. Un contact dur indique la butée de l’aiguille sur la lame de C2. 

Il ne faut pas utiliser une direction trop crâniale histoire de ne pas passer entre C1 et C0, mais c’est rare, et surtout ne pas pousser non plus trop en dedans histoire de ne pas percer le nerf d’Arnold. 

IMG_0073
L. Testut. Traité d’anatomie. Tome 3. 1900

D’un autre côté, dans ce dernier cas, il faut positiver : vous pourrez alors être très affirmatif sur le diagnostic de névralgie d’Arnold.

Praticien 

Physiothérapeute ayant plus de 15 ans d’expérience en dry needling.

Validité 

BoussoleCette étude  madrilène comparant cette procédure à la même procédure réalisée sur cadavre frais ou à l’aide d’un échographe «supports the assertion that needling insertion of the obliquus capitis inferior muscle can be properly conducted by an experienced clinician».

Mais :

«we do not know the reliability of this needling approach or potential risks associated with unexperienced clinicians». 

Commentaires

Sherrington, né au XIXème siècle proposait que la contraction d’un muscle s’accompagne de l’inhibition de son antagoniste. Ses conclusions ne semblent pas être remises en cause au XXIème siècle. En d’autres termes, le travail contre-résistance de l’oblique inférieur gauche inhibe la contraction de l’oblique inférieur droit. Il n’est pas nécessaire de mettre des gants stériles mais vous pouvez utiliser, avec modération, une préparation préalable à base d’alcool par voie orale pour vous donner du courage, comme pour la recette de la dinde au whisky.

De toute manière, apparemment, sur ces céphalées d’origine cervicale, ce ne sont pas les techniques qui manquent… Vous pouvez faire du Mulligan, faire faire du Mulligan, faire une mobilisation passive postéro-antérieure, …. (sur le sujet, lire ou relire ça) et en plus, vous ne risquez pas d’embrocher Arnold, lors de vos quinze premières années d’apprentissage de dry needling. Enfin, moi, je dis ça, …


Références bibliographiques 

X24687812Fernández-de-Las-Peñas C, Mesa-Jiménez JA, Lopez-Davis A, Koppenhaver SL, Arias-Buría JL. Cadaveric and ultrasonographic validation of needling placement in the obliquus capitis inferior muscle. Musculoskelet Sci Pract. 2019 Oct 25:102075. doi: 10.1016/j.msksp.2019.102075. Article sous presse

Articles en rapport avec le sujet 

2 commentaires

  1. Bonjour.
    Même si vous n êtes pas très dry needling (au vu des différents posts dessus), c’est 1 technique comme 1 autre (avec plus de risques certes).
    Mais si on est pas sur ou à l aise de piquer 1 muscle, on ne le fait pas.
    Et en plus du dry needling, rien n empêche de faire du mulligan, des P/A ou toute autre chose (éducation à la douleur, qsm par exemple)
    Cela sera sûrement plus efficace de varier.

    De manière générale, quand je pique un patient, je le fais le plus souvent en aigu pour diminuer la douleur, raideur etc (le de sensibiliser quoi), mais je fais rarement plus de 2 séances de dry. Après ou en même temps, j enchaîne avec des mobilisations ou exercices.

    Et pour conclure c’est 1 technique comme 1 autre. Si mulligan ne marche pas ou les P/À, on peut faire du dry ou inversement. Car il n y a pas de technique magique.

    JJe pense que le dry réalisé sur les patients indiqués est intéressant mais c’est dur que si on fait que ça sur 3 4 séances, a 6 mois ou 1 an après (comme souvent testé dans les études) ça n aura pas changé grand chose.

    J'aime

  2. Bien d’accord avec vous, une technique comme une autre mais avec plus de risques. Pour quelle raison prendre ces risques si on a le choix d’autres techniques à l’efficacité similaire ? En l’occurrence ici, comment imaginer prendre le risque de percer le nerf d’Arnold en sachant que ce risque ne peut pas être évité, même avec des mains expertes ?
    De mémoire, dans une étude précédente, sur 16 patients traités, 2 ont eu des complications et un n’est pas revenu. Ce n’est pas anecdotique, c’est fréquent. Rappelez vous la fracture de côte de la bronchiolite. Il a suffit d’un cas décrit dans Prescrire monté en épingle pour que les prescriptions diminuent franchement. Les recommandations HAS ont porté l’estocade et dès cet hiver, il n’y aura plus de bronchiolites dans les cabinets. Le jour ou un confrère percera un péricarde ou une plèvre (ce qui a déjà été décrit), le coup de bâton tombera.
    Non pas parce que nous sommes les seuls à faire des bêtises (nous avons tous en traitement des conséquences d’erreurs médicales), mais parce que nous sommes de petits mecs sans poids face au pouvoir médical et pharmaceutique et que les spécialistes (pédiatres comme rhumatos) voient d’un mauvais oeil la place de plus en plus importante que nous prenons dans le système de soin français. Et là, on va tous manger. Les partisans du DN comme les autres.
    La prochaine note est sur le laser. Je me demande si cet outil ne pourrait pas suppléer le DN. C’est un confort et une protection de ne pas franchir la barrière cutanée.
    Bien confraternellement

    J'aime

Les commentaires sont fermés.