L’anatomie controversée du multifide lombaire


Sans titre
Superbe dissection provenant de Willard FH et al. The thoracolumbar fascia: anatomy, function and clinical considerations. Journal of Anatomy. Volume 221, Issue 6, pages 507–536, December 2012

Imagine t’on travailler un genou sans connaître l’anatomie du quadriceps ? Heureusement qu’on n’a pas souvent de lombalgiques en kiné parce que pour l’anatomie du multifide… 🙂

Certains le considèrent comme le principal muscle stabilisateur du rachis lombaire. Les effets de la kinésithérapie active sur les lombalgies sont attribués à ce muscle.

Pourquoi tant de méconnaissance ? Peut être parce que les anatomistes peinent à le décrire. C’est ce que semble dire cette revue systématique. Le muscle est complexe, ce qui explique des incohérences dans les descriptions anatomiques. Et pis aussi, bosser l’anat en fin de K1 alors qu’on a déjà des points en plus pour l’anat des membres sup et inf…c’est un peu couillon, non ?

Les méthodes : 

Toutes les études pertinentes ont été recherchées dans PubMed (Medline) et EMBASE jusqu’en juin 2019. Les auteurs ont aussi compulsé les principaux atlas d’anatomie. Toutes les études et atlas ont été passés au crible concernant les paramètres suivants :

  • Situation, 
  • Type d’imagerie, 
  • Niveaux rachidiens concernés, 
  • Trajectoire, épaisseur, section transversale et diamètre des muscles, 

La qualité des études et des atlas a également été évaluée à l’aide d’un système d’évaluation en cinq points.

Résultats : 

Au total, 303 études et 19 atlas d’anatomie ont été inclus dans cette revue. 

Dans la plupart des études, la morphologie des multifides a été déterminée par IRM, échographie ou dessins – en particulier pour les niveaux L4-S1. 

Dans 153 études, il est décrit comme un muscle superficiel uniquement, dans 72 études comme un muscle profond uniquement, et dans 35 études comme étant à la fois superficiel et profond… 

La qualité des figures dans les atlas d’anatomie a été jugée élevée dans un atlas [Giles 1997], moyenne dans 15 atlas et faible dans 3 atlas.

Les atlas d’anatomie le décrivent majoritairement comme un muscle profond recouvert de l’erector spinae et du fascia thoraco-lombaire. 

Il ne semble pas y avoir de consensus concernant la trajectoire et la description des fibres du muscle. 

Des divergences ont également été identifiées en ce qui concerne la section du muscle, en particulier la distance entre l’apophyse épineuse et le bord latéral du muscle aux niveaux L4-S1 ainsi que son emplacement par rapport aux spinaux superficiels. 

Pourquoi tant de divergences ?

Chaque méthode utilisée dans la littérature pour mesurer les caractéristiques des multifides a ses propres forces et limites. 

L’un des inconvénients des études sur les cadavres est que ces études n’identifient pas clairement le type et la quantité de structures (peau, graisse, aponévrose et muscle) qui ont été «épluchées» du cadavre.

Dans ces études, il peut être difficile de décrire l’emplacement exact du muscle par rapport aux autres muscles et structures lombaires. L’ IRM et l’échographie offrent l’avantage de pouvoir présenter une anatomie non perturbée et la dernière est un moyen abordable en clinique.

Dans les atlas d’anatomie, le multifide est principalement représenté comme un muscle profond relativement petit, contrairement à certaines études de recherche qui font référence à sa grande taille et à la présence de glissements superficiels aux niveaux L4-S2. 

Des différences dans les images ont été identifiées même dans les atlas d’anatomie. Dans l’atlas d’anatomie humaine de Wolf-Heidegger, l’insertion du muscle est représentée sur la face ventrale du sacrum (!), contrairement au Gray, où elle est représentée à la face dorsale. Dans certains atlas, la section et l’emplacement du muscle sont indifférentiés des autres muscles du bas du dos. 

Dans l’ensemble, les atlas d’anatomie ne reflètent aucun consensus sur la trajectoire des fibres, ce qui ne facilite pas la tâche des thérapeutes, cliniciens et étudiants.

Certaines variations sont liées à la méthodologie, aux niveaux de la colonne vertébrale et/ou au type de population. 

Une conclusion constante des atlas d’anatomie est qu’ils décrivent tous le multifide comme un muscle lombaire profond, alors que la plupart des études le présentent comme un muscle lombaire superficiel aux niveaux de L4-S1. 

Conclusion 

Les atlas d’anatomie devraient être mis à jour…et les étudiants avoir un peu plus de respect pour ces muscles dont ils apprécient tant le travail lordosant 🙂


Références bibliographiques 

hollandeallemagneAnke Hofste, Remko Soer, Hermie J Hermens, Heiko Wagner, Frits G J Oosterveld, André P Wolff, Gerbrand J Groen. Inconsistent Descriptions of Lumbar Multifidus Morphology: A Scoping Review. BMC Musculoskelet Disord. 2020 May 19;21(1):312. doi: 10.1186/s12891-020-03257-7.

Giles LGF, Singer KP. Clinical anatomy and management of low back pain. Oxford: Butterworth Heinemann; 1997.

 

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