L’AP-HP étudie les manipulations ostéopathiques


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Entendu ce lundi une chronique santé de Danielle Messager, dans le 13-14 de France Inter, qui relatait cette étude. De quoi donner du grain à moudre au grand public… ou pas !

Objectif : comparer l’efficacité d’un traitement ostéopathique manipulatif standard VS un traitement manipulatif placebo pour réduire les limitations d’activités à 3 mois de patients souffrant de lombalgie non spécifique subaiguë ou chronique.

Design : étude prospective, en groupes parallèles, en simple aveugle, dans un seul centre, randomisée et contrôlée contre placebo. Les patients souffraient de lombalgies non-spécifiques, et étaient recrutés parmi le personnel de l’AP-HP.

Interventions : 6 sessions (une toutes les deux semaines) de traitement manipulatif ostéopathique standard ou de traitement manipulatif ostéopathique placebo effectuées par des ostéopathes exclusifs.

Critères de jugement : réduction du score fonctionnel Quebec Back Pain Disability Index (score allant de 0 à 100) à 3 mois. Les critères secondaires étaient la réduction des limitations d’activités, la douleur et la qualité de vie, le nombre et la durée des arrêts maladie, le nombre d’épisodes de lombalgies à 12 mois, la consommation d’antalgiques et d’AINS à 3 et 12 mois. Les événements indésirables étaients recensés à 3, 6 et 12 mois.

Résultats: au total, 200 patients ont été randomisés dans chaque groupe, et 197 analysés dans chaque groupe. L’âge médian était de 49,8 ans (40,7-55,8), 59,6% étaient des femmes, et 91,3% des patients étaient en activité professionnelle. La durée moyenne de l’épisode de lombalgie en cours était de 7,5 mois. Les données de 164 (83,2%) patients du groupe manipulation et de 159 (80,7%) patients du groupe placebo étaient disponibles au bout de 3 mois.

La moyenne des scores Quebec Back Pain Disability Index du groupe manipulation était de 31,5 (SD=14,1) au départ et de 25,3 (SD=15,3) à 3 mois. Dans le groupe placebo, elle était de 27,2 au départ (SD=14,8) et de 26,1 (SD=15,1) à 3 mois. La réduction moyenne de la limitation d’activités liées à la lombalgie à 3 mois était de -4,7 pour le groupe manipulations (IC95% -6,6 à -2,8) et de -1,3 (IC95% -3,3 à 0,6) pour le groupe placebo (différence moyenne de -3,4; IC95% -6,0 à -0,7; p=0,01). A 12 mois, la différence moyenne de la réduction de la limitation fonctionnelle était de -4,3 (IC95% -7,6 à -1,0; p=0.01). A 3 et à 12 mois, la différence moyenne de la réduction de la douleur était de -1,0 (IC95% -5,5 à 3,5; p=0.66) et -2,0 (IC95%, -7,2 à 3,3; p=0.47), respectivement. Aucune autre différence significative n’a été retrouvée. 4 événements indésirables ont été retrouvés dans le groupe manipulation, et 8 dans le groupe placebo, mais aucun n’a été considéré en lien avec le traitement reçu.

Conclusions : dans cet essai, les manipulations ostéopathiques ont montré un petit effet sur la limitation d’activités liées à la lombalgie, en comparaison avec des manipulations placebo, chez des patients souffrant de lombalgies subaiguës ou chroniques. La question de la pertinence clinique de cet effet se pose.

Commentaires :

Dans la mesure où c’est une pratique qui est évaluée, pourquoi n’avoir inclus que des ostéopathes exclusifs ? pour ne pas éclabousser des professionnels de santé si les résultats étaient mitigés ?

Par les temps qui courrent (même si le recrutement a eu lieu en 2018), le fait que les patients soient recrutés au sein du personnel de l’AP-HP n’est-il pas un biais ? Sans mépris aucun, vu les conditions de travail de certain(e)s, on peut imaginer une sur-représentation des facteurs psycho-sociaux dans cet échantillon, non ?

Références bibliographiques

Nguyen C, Boutron I, Zegarra-Parodi R, Baron G, Alami S, Sanchez K, Daste C, Boisson M, Fabre L, Krief P, Krief G, Lefèvre-Colau MM, Rannou F. Effect of Osteopathic Manipulative Treatment vs Sham Treatment on Activity Limitations in Patients With Nonspecific Subacute and Chronic Low Back Pain: A Randomized Clinical Trial. JAMA Intern Med. 2021 Mar 15. doi: 10.1001/jamainternmed.2021.0005.

10 commentaires

  1. On peut aussi se dire que ces patients ont déjà du voir quelques osteos dans leur vie et qu ils ont grillé plus facilement les seances placebo.
    Merci pour l article!

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  2. Je suis ostéo. Et les résultats ne me surprennent guère. Que les manipulations seuls n’ai quasiment pas d’effet sur la douleur chronique n’a rien étonnant. Tu peux balancer autant de messages rassurants que tu veux. Si le capeur est hypersensible, c’est vain. C’est sur lui qu’il faut jouer. S’il y a bien un cas où l’approche bio-psycho-social est indispensable, c’est bien celui-là.

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  3. Pour réagir comme ça on doit se sentir bien fragile. Je comprends pas la méthodologie est plus que correcte, un trés bon follow up, je ne vois pas ou est le probleme du recrutement. Le probleme se situe probablement sur les conclusions franchement pas étonnante de cet article. Est ce qu’il doit y’avoir polémique? votre interpretation me fait rire, c’est de la mauvaise fois, se ne sont peut etre pas les ostéos et les kinés formés en ostéos qui se réclame d’etre « les manipulateurs du rachis » de « remettre en place » les articulations!
    D.Jamet, un ostéo qui fait du biopsychosocial en une séance? On en fait un article? Il n’y a qu’a comparer la densité d’ostéopathe par habitant en france et la comparer aux pays voisins pour comprendre que c’est un probleme franco français et que cette pratique reste marginale dans le reste du monde.

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  4. Bonjour B.math, je n’ai vu nulle part de « polémique », je ne vois pas « d’interprétation » (je me suis contenté de reprendre l’abstract). Je ne suis pas « étonné » par les conclusions de l’article. Je me suis juste posé la question du recrutement, parce que le principe de la lecture « critique » d’article est d’avoir un regard « critique ».

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  5. Bonjour. S’il n’y a pas de polémique pourquoi l’article souléve des commentaires qui se défendent de ses conclusions?
    Etant donné qu’une méthodologie ne sera jamais parfaite, on pourra toujours la critiquer. Mais l’orientation de la critique oriente le fond de la pensée. Il peut être intéréssant de souligner également lorsque la méthodologie est menée, ce qui semble le cas de cette étude, non? Le seul biais de recrutement serait le lieu, mais pourquoi en serait il un? Surtout au vu du nombre de participant(e)s.

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    • – Vu le nombre de patients recrutés, pourquoi ne pas avoir fait un 3° groupe de patients sans aucune prise en charge ? Pour un ostéopathe, le toucher est primordial. Quid de l’absence totale de toucher ?
      – La population dans laquelle les patients ont été recrutés est bien particulière : il s’agit d’agents hospitaliers. La pénibilité de ces métiers se traduit par exemple par des arrêts de travail hors norme. Quid de Monsieur Tout Le Monde ?

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  6. – Quelle est la difference du bureaucrate d’un hopital, de celui de la SNCF, de la gendarmerie, du gouvernement…? Sur un tel échantillon, sur une structure aussi importante, le généraliser n’a pas de sens.

    – Le but de l’etude est de savoir si les manipulations osteopathiques ont un effet specifique dans la lombalgie sub aigue chronique. Quel interet d’avoir un groupe non experimental étant donné qu’il y’a deja un groupe placebo?

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  7. – s’il y a un biais dans le recrutement des patients de l’étude, les patients peuvent être 200, 400, 800, ça ne changera rien au biais, et à la généralisabilité des résultats
    – comparer à un placebo ou comparer à une absence de traitement change fondamentalement les conclusions de l’étude. Un placebo n’est PAS une absence de traitement.

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  8. – Au plus un échantillon est grand au plus il est representatif de la population

    – Le but de l’étude n’est pas de savoir si un traitement placebo a plus d’effet que l’absence de traitement mais bien de savoir si un traitement ostéopathique est plus efficace qu’un traitement placebo, donc groupe non experimental hors sujet.

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    • – A mon avis non. Il est représentatif ou il ne l’est pas. Ce n’est pas la taille qui compte.

      – A mon avis non. Il ne s’agit pas d’une étude comparant un médicament et un médicament factice d’apparence rigoureusement identique.
      La présence physique et le toucher même minimaliste d’un ostéopathe ne peuvent être assimilés à une absence totale de prise en charge physique ou à un traitement factice autre qu’ostéopathique comme des ultra-sons sans intensité (ex : étude de Licciardone)

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