Les beaux jours arrivent et les épines calcanéennes repoussent


Épines calcanéennes

Elle est un peu ronde, sujette au diabète de type II et dès les premiers rayons de soleil, elle avait remis ses sandalettes de jeune fille. Elle arrive en boitant comme si elle s’était fracturé la cheville, mais le cou de pied n’est pas plus empâté que du côté opposé. Le docteur lui a parlé d’épine dans le pied et si le radiologue a fait une trouvaille comme la photo ci-dessus, on ne va pas avoir tout de suite le cul sorti des ronces pour la convaincre qu’il s’agit d’une vue de profil normale de pieds qui ont déjà quelques années de vie derrière eux.

Les auteurs de cette revue systématique proposent une prise en charge graduée, sans se jeter tout de suite sur les ondes de choc ; Va savoir pourquoi, mais c’est bien leur habitude ça d’être interventionnistes a minima de prime abord : c’est aussi le cas des manipulations vertébrales, qui restent un recours tardif dans les rachialgies, comme s’il s’agissait d’une intervention thérapeutique à fortes conséquences et/ou dangereuse. Vous ne trouvez pas ?

Que faire après que le docteur ait dit à la patiente que des épines lui ont poussées sous le pied ?

Les auteurs se sont proposé de développer un guide de bonnes pratiques pour la prise en charge des personnes souffrant de talalgies plantaires (TP). Il s’agissait d’une revue systématique couplée à des entretiens d’experts et une enquête auprès des patients. Elle s’est faite à partir d’études contrôlées randomisées dont la taille de l’échantillon était supérieure à n=38.

Résultats : 

51 études contrôlées randomisées admissibles ont recruté 4351 participants, dont 9 permettant de déterminer la preuve de l’efficacité de 10 types d’interventions. 

Quarante personnes atteintes de TP ont répondu à l’enquête en ligne et 14 experts ont été interrogés, ce qui a permis de dégager 7 thèmes et 38 sous-thèmes. 

Il y avait une bonne concordance entre les résultats de l’examen systématique et les données des entrevues au sujet du taping (SMD : 0,47, IC 95 % 0,05 à 0,88) et de l’étirement du fascia plantaire (SMD : 1,21, IC 95 % 0,78 à 1,63) pour la douleur du premier pas à court terme. 

Le raisonnement clinique préconise de combiner ces interventions avec l’éducation et les conseils en matière de chaussage comme approche d’autogestion de base. 

Les experts se sont accordés sur les résultats de l’examen systématique recommandant une prise en charge progressive par ondes de choc focalisées pour la douleur du premier pas à court terme (OR : 1,89, IC 95% 1,18 à 3,04), à moyen terme (SMD 1. 31, IC 95% 0,61 à 2,01) et à long terme (SMD 1,67, IC 95% 0,88 à 2,45) et des ondes de choc radiales pour la douleur du premier pas à court terme (OR : 1,66, IC 95% 1,00 à 2,76) et à long terme (OR : 1,78, IC 95% 1,07 à 2,96). 

Il y a une bonne concordance avec le traitement par orthèses plantaires personnalisées pour la douleur générale à court terme (SMD : 0,41, 95% CI 0,07 à 0,74) et à moyen terme (SMD : 0,55, 95% CI 0,09 à 1,02).

Conclusion : 

Les meilleures pratiques issues d’une étude mixte synthétisant une revue systématique, l’avis d’experts et les commentaires des patients suggèrent que le traitement de base des personnes atteintes de TP devrait inclure des contentions souples, des étirements et une éducation individualisée. 

Les patients qui ne s’améliorent pas de manière optimale peuvent se voir proposer une thérapie par ondes de choc, suivie d’orthèses personnalisées.

Schématiquement, en première intention

  • Conseiller des chaussures amortissantes 
  • Fractionner si possible les durées de stations debout
  • S’assurer que le diabète de type II est convenablement pris en charge.
  • Rassurer le patient sur la solidité de son appareil musculo-squelettique et sur l’évolution naturelle spontanément favorable.

Ensuite, et seulement ensuite

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Les ondes de chocs

A utiliser sur les personnes présentant des symptômes persistants non résolus. On peut se poser la question de savoir pourquoi ne pas les employer dès les premières séances : les auteurs indiquent qu’elles sont d’une efficacité moindre que les étirements pour les douleurs aiguës.

Les ODC ont une efficacité positive à court, moyen et long terme. Une onde de choc focalisée est appliquée sur la peau de sorte que l’intensité maximale soit profonde, directement ciblée sur la zone douloureuse

Lorsque les patients ne s’améliorent pas grâce à l’intervention de base ou aux ODC

Les orthèses personnalisées peuvent être envisagées sur la base de preuves positives d’une force modérée et d’une taille de l’effet inférieure aux ODC pour les résultats à court terme. 

Cette progression est extrapolée à partir d’avis d’experts et de résultats d’examens systématiques, plutôt que d’essais comprenant un traitement antérieur échoué d’un type spécifique en tant que critères d’inclusion explicites.

Les orthèses préfabriquées ou personnalisées sont souvent prescrites. Aucune des études contrôlées randomisées incluses dans cette revue systématique n’a utilisé la même orthèse. Tous différaient dans le processus de prescription, la technique, le matériau, …, limitant ainsi la portée des comparaisons. 

En tout cas, les orthèses préfabriquées, telles qu’utilisées dans les essais inclus, se sont révélées inefficaces. Il faut donc soit utiliser des orthèses adaptées, soit accompagner leur prescription d’un suivi et d’information du patient. 

Le dry needling 

Il a un effet positif sur la douleur et la fonction à court terme, faible mais significatif sur la douleur et la fonction. 

Il pourrait être considéré comme une intervention complémentaire à l’approche de base, avec une priorité moindre que les orthèses. 

Il est également associé à des événements indésirables mineurs tels que des douleurs au site de l’aiguille et, dans une moindre mesure, des ecchymoses mineures. 

Les auteurs considèrent que ce n’est pas un traitement de première intention, mais qu’il peut être considéré comme influençant la douleur et la tension musculaire lorsqu’il est combiné à d’autres interventions.

Les injections de plasma riche en plaquettes (?) et de corticostéroïdes 

Ces traitements ont été évalués très soigneusement, mais sans comparaison à un placebo puisqu’il a été jugé que l’insertion d’une aiguille sans injection de médicament pouvait pas être considéré comme du DN 😀

Les exercices

Bien qu’il existe des preuves modérées d’étirement du fascia plantaire, cet examen systématique n’a pas permis d’identifier de preuves en faveur d’approches d’exercice plus complètes. 

En outre, les experts n’ont pas fourni de preuves sur l’efficacité et étaient divisés sur l’utilité ou non de ces exercices de résistance.

Précédemment sur KINotes, sur le sujet


Références bibliographiques 

Dylan Morrissey, Matthew Cotchett, Ahmed Said J’Bari, Trevor Prior, Ian B Griffiths, Michael Skovdal Rathleff, Halime Gulle, Bill Vicenzino, Christian J Barton. Management of plantar heel pain: a best practice guide informed by a systematic review, expert clinical reasoning and patient values. Br J Sports Med. 2021 Mar 30;bjsports-2019-101970. doi: 10.1136/bjsports-2019-101970. 

Article en accès libre en cliquant sur le lien du titre.

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