Prédire la récupération des scapulalgies


Sans titre
Graphique provenant de l’étude indiquant l’évolution de l’EVA en 26 semaines

Ce patient vient vous consulter pour une douleur d’épaule. Sa question est : «j’en ai pour combien de temps ?». Comment lui répondre de façon argumentée ? 

C’est le but que se sont fixés les auteurs de cette étude [1]. Ils ont décrit l’évolution clinique de la pathologie et cherché à identifier les facteurs pronostiques de récupération chez les patients présentant une douleur à l’épaule en les suivant durant 6 mois. 

Conception : 

Cette étude de cohorte prospective a été réalisée aux Pays-Bas et comprenait 389 patients qui ont consulté un physiothérapeute pour un nouvel épisode de douleur à l’épaule. 

Méthode : 

Les participants ont été suivis pendant 26 semaines. Les prédicteurs potentiels de la récupération ont été sélectionnés dans la littérature et, avec l’ajout de 2 nouvelles variables, l’utilisation de l’échographie diagnostique et la relation thérapeutique (working alliance), ont été évaluées dans une analyse de régression multivariée. 

Résultats : 

Le taux de récupération était de 60% pour la population totale et de 65% pour la population active après 26 semaines. 

Sans grosses surprises, la courte durée des plaintes, de faibles déficits, le fait d’avoir un emploi rémunéré, la qualité de la relation thérapeutique, une absence de sentiments d’anxiété ou de dépression sont associés avec la guérison. 

Annoncer d’un ton neutre ces facteurs et montrer la courbe au patient peut être un bon plan thérapeutique pour le faire réagir s’il se laisse glisser vers la chronicité. 

Les résultats de l’étude ne sont pas contradictoires avec les conclusions d’une étude plus ancienne [2] : 

“Dieu a dit : il y aura des hommes riches, il y aura des hommes pauvres, il y aura des hommes actifs, il y aura des hommes au chômage, il y aura des hommes qui voient tout en noir et il y aura des hommes qui voient tout en rose, et tous seront égaux ; mais ça sera pas facile… Et puis il a ajouté : il y en aura même qui seront pauvres, au chômage et qui voient tout en noir et pour eux, ce sera très dur” . 

Et l’échographie alors ? 

La présence d’un diagnostic par échographie  est une variable dichotomique (oui/non) retenue parce qu’elle pourrait conduire à un traitement plus personnalisé. Il n’y avait cependant pas assez de patients dans ce cas pour pouvoir en faire une analyse additionnelle. 

Et la kinésithérapie me direz-vous, ça influence le résultat ? 

Cette étude ne se prononce pas, puisque tous ces patients ont bénéficié de kinésithérapie. Les modalités de traitement étaient disparates et liées à l’hétérogénéité des patients. Le nombre de séances n’étant pas normalisé, les auteurs n’ont pas pu faire cette analyse. Comme JLN m’a glissé dans le creux de l’oreille que « working alliance » concernait la relation thérapeutique et que celle-ci influence le résultat, c’est déjà une réponse… 

Voui, mais il y a autant de scapulalgies que de diagnostics possibles en thérapie manuelle et une capsulite, c’est pas un impingement : 

Sûrement ou peut être, mais là, c’est le tout-venant de patients ≥18 ans, qui n’ont pas d’infection, cancer, ou fracture, qui n’ont pas eu de chirurgie de l’épaule depuis au moins un an. 

Il y a juste deux raisons pour lesquelles ces cas ne sont pas exportables aux patients français : 

1) Le patient devait comprendre et parler le flamand, 

2) Il ne devait pas avoir eu de radiographie, échographie ou IRM de l’épaule depuis 3 mois, ce qui, vu le prix sans cesse croissant des frais d’entretien d’une BMW X6, est encore plus incompatible avec la densité des radiologues français. 


Références bibliographiques : 

[1] Yasmaine H.J.M. Karel Arianne P. Verhagen Marloes Thoomes-de Graaf Edwin Duijn Maaike P.J. van den Borne Annechien Beumer Ramon P.G. Ottenheijm Geert-Jan J. Dinant Bart W. Koes Gwendolijne G.M. Scholten-Peeters. Development of a Prognostic Model for Patients With Shoulder Complaints in Physical Therapist Practice. Physical Therapy. (2016) 97 (1): 72-80. DOI: https://doi.org/10.2522/ptj.20150649 

Accès gratuit à l’article 

[2] Le blouson noir, Coluche, album Coluche : l’intégrale, vol. 2, 1989 chez Carrère.

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