La Section orthopédique de l’American Physical Therapy Association s’efforce constamment de créer des guides cliniques fondés sur des données probantes pour la prise en charge en kinésithérapie des troubles musculo-squelettiques décrits dans la Classification Internationale du Fonctionnement de l’OMS. Le but de ce guide clinique, mise à jour de celui de 2008, est de passer en revue la littérature récemment évaluée par les pairs et de formuler des recommandations relatives à la cervicalgie.
Il est en accès libre. En infra, les points qui me paraissent différents ou renforcés par rapport à la version de 2008.
Référence bibliographique :
Blanpied PR, Gross AR, Elliott JM, Devaney LL, Clewley D, Walton DM, Sparks C, Robertson EK. Neck Pain: Revision 2017. J Orthop Sports Phys Ther. 2017 Jul;47(7):A1-A83. doi: 10.2519/jospt.2017.0302.
L’évaluation :
Le profil :
Une femme de la cinquantaine ayant déjà eu des cervicalgies, susceptible de recommencer.
Si elle fait du vélo, c’est pire.
Il y a même un auteur qui a trouvé que les non-Hispanic whites females étaient plus à risque que les autres. Un effet protecteur du chili con carne sûrement ?
L’imagerie :
Il faut arrêter de s’agacer sur la perte de lordose cervicale, la forme de celle-ci notamment dans la cervicalgie attribuée à un fléau cervical mais aussi en chronique. Pas de rapport. De même l’observation d’une collision imminente dans une même cervicalgie n’induit pas plus de déboires que le traumatisme par surprise (vous vous êtes sûrement crispée quand vous avez vu la voiture dans le rétro : oublie ce discours camarade).
Seuls les tissus savent :
Ben non mon con. La recherche agressive d’une causalité est contre-productive.
Les outils :
La manœuvre de Valsalva est à utiliser pour mettre en évidence de sérieuses pathologies intra-crâniennes quand elle est positive.
Le Canadian Spine Rule garde la cote. NDI et PSFS also.
Ils parlent d’un «Spinal Function Sort tool shows promise in predicting return to work in people with chronic low back pain» dans Neck Pain. Connaît pas mais why not ?
Les tests ligamentaires cervicaux dont nous avons fait notre miel il y a quelques temps seront bientôt passés à la trappe. Les altérations du ligament alaire ou transverse à l’IRM sont surtout des variantes de la normale…on se calme.
L’infarcissement de graisse du multifide lui par contre tient mieux la route que la diminution de section de ce muscle dans la cervicalgie chronique. Faut dire que juger des variations de millimètres carrés de section, c’est pas facile (et qu’il serait possible que la section après dégénérescence graisseuse serait plus importante ?
Les signes de Modic, altération de la moelle osseuse vertébrale et dernière invention médicale, ne sont pas plus présents dans une cervicalgie attribuée à un fléau cervical que chez un sujet normal.
Sinon avec les doigts uniquement, ou presque :
- L’emploi des seuils de douleurs à la pression sur le trapèze.
- Le flexion rotation test
- Encore les mobilisations passives postéro-antérieure à visée diagnostic pour trouver le lieu de la douleur
- Spurling test et Valsalva en cas de doute sur l’atteinte neurale
Sur la classification :
Le JOSPT reste sur la définition de 4 types de cervicalgies :
1-Cervicalgie avec défaut de mobilité
2- Cervicalgie avec déficit du contrôle moteur (la cervicalgie attribuée à un fléau cervical rentre dans ce cadre)
3- Cervicalgie avec maux de tête
4- Cervicalgie avec irradiations neurales.
J’aime bien quand c’est simple.
Ils n’encouragent pas l’utilisation du MDT : «any benefit from the MDT approach over other therapeutic approaches or a “wait and see” approach may not be clinically relevant for pain, and was not clinically relevant for function». On va encore nous dire que les examinateurs ne sont pas assez formés (ce qui est relevé dans le texte).
Les traitements
Cervicalgie avec réduction de mobilité :
Malgré des rappels toujours d’actualité concernant la dangerosité de la manipulation vertébrale cervicale, le JOSPT convient d’utiliser cette technique, en cervical, voire cervical supérieur. La manipulation vertébrale thoracique reste toujours un passage obligé en thérapie manuelle cervicale.
Le dry needling, comme le laser, voire les tractions mécaniques intermittentes ou manuelles sont proposés.
Cervicalgie avec déficit du contrôle moteur :
Utiliser le moins possible le collier cervical
Insister sur le temps de récupération habituel (2 à 3 mois)
Cervicalgie avec maux de tête :
Les SNAG ou auto-SNAG en C1-C2 restent d’actualité.
Cervicalgie avec irradiations neurales :
Assez bizarrement, en phase aiguë, ils n’insistent pas sur la neurodynamique et recommandent le laser et l’emploi du collier cervical…!
En chronique, pas plus de ND…mais des tractions et de la manipulation vertébrale cervicale et thoracique… Les américains font des pieds de nez aux australiens ?

