La kinésithérapie aux urgences est associée à une réduction de l’imagerie, de l’administration d’opioïdes et de la durée du séjour


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Photo de Anna Shvets sur Pexels.com

La présence d’un physiothérapeute en services d’urgence (ED-PT) est une pratique courante dans le monde entier sous diverses formes depuis plus de 20 ans et constitue une ressource émergente aux États-Unis. 

Alors qu’il existe de plus en plus de preuves suggérant que l’ED-PT a un effet positif sur un certain nombre de résultats cliniques et opérationnels chez les patients présentant des douleurs musculo-squelettiques, il existe peu de quantification de cette pratique aux États-Unis. 

Bien qu’il existe des articles internationaux qui offrent des données sur la réduction de la douleur, du recours à l’imagerie, du temps de traitement et de la capacité des kinésithérapeutes à gérer de manière appropriée les affections musculo-squelettiques dans ce cadre de soin, la plupart des articles publiés à ce jour ont été de nature descriptive. 

L’objectif de cette étude est d’évaluer l’impact de l’ED-PT sur les taux de recours à l’imagerie, les taux d’opioïdes prescrits et la durée du séjour en service d’urgence.

Méthodes : 

Les auteurs ont identifié de manière prospective les patients présentant des douleurs musculo-squelettiques en services d’urgence à Salt Lake City entre janvier 2017 et juin 2018. 

Pendant l’étude, un kinésithérapeute était présent aux urgences trois jours (24 heures) par semaine et était disponible pour évaluer et traiter les patients après consultation du prestataire des urgences. 

Les auteurs ont collecté les données concernant la démographie des patients, l’imagerie réalisée aux urgences, les médicaments administrés et prescrits, la durée du séjour aux urgences. 

Les patients ont été classé en deux catégories, ceux qui ont bénéficié d’une prise en charge en urgence en kinésithérapie et ceux qui n’en ont pas bénéficié, et comparé les résultats cliniques entre les groupes. 

Une analyse de sous-groupe des patients présentant des lombalgies a été réalisée et les patients ont été apparié par âge et par sexe.

Résultats : 

Sur les 18 mois qu’à duré l’étude, 524 patients se présentant aux urgences avec des douleurs musculo-squelettiques ont été identifiés. 

381 d’entre eux (72,7 %) ont pu consulter un physiothérapeute. Les groupes PT et non PT étaient similaires en termes d’âge moyen (42,8 ans contre 45,1 ans, p = 0,155), de sexe (% de femmes : 53% contre 46,9%, p-0,209), et de principale plainte présentée (douleur cervicale, thoracique ou lombaire : 57,7% contre 53,1%, p = 0,345). 

Les patients qui ont vu le physiothérapeute ont eu des taux plus faibles d’imagerie (38,3 % contre 51 %, p = 0,009), d’administration d’opioïdes aux urgences (17,5 % contre 32,9 %, p<0,001), et ont eu une durée moyenne de séjour aux urgences plus courte (4 heures contre 6,2 heures, p<0,001). 

Les taux de prescription ambulatoire d’opioïdes étaient similaires entre les groupes (16 % contre 21,7 %, p = 0,129). 

Dans une analyse du sous-groupe de patients présentant des lombalgies, les patients PT avaient moins eu recours à l’imagerie (PT 25% contre non PT 57%, p = 0,029) mais sont restés aussi longtemps aux urgences (PT 3. 7 heures vs. non-PT 4,6 heures, p = 0,21), n’ont pas eu moins d’opioïdes délivrés sur place (PT 36% vs. non-PT 43%, P = 0,792), comme en ambulatoire (PT 17,9%. vs. non-PT 17,9%, p = 1,0).

Conclusion : 

Selon les auteurs, le fait d’être vu par un kinésithérapeute pour des troubles musculo-squelettiques aux urgences est associé à une utilisation réduite de l’imagerie et à une réduction du temps passé aux urgences. Ils sont également moins susceptibles de recevoir une prescription d’opioïdes, une constatation potentiellement significative étant donné la nécessité de stratégies de réduction des opioïdes.


Références bibliographiques 

usaAndrew Pugh , Keith Roper, Jake Magel, Julie Fritz, Nazaret Colon, Sadie Robinson, Caitlynn Cooper, John Peterson, Asal Kareem, Troy Madsen. Dedicated Emergency Department Physical Therapy Is Associated With Reduced Imaging, Opioid Administration, and Length of Stay: A Prospective Observational Study. PLoS One. 2020 Apr 23;15(4):e0231476. doi: 10.1371/journal.pone.0231476.

(Article en accès libre) 



Précédemment, sur KINotes

Le kiné libéral est demandé aux urgences

 

Publié le Vendredi 25 Mai 2018
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Thomas Mesnier. Photo Wikipedia

Thomas Mesnier, médecin et député LRM, vient de remettre son rapport sur la gestion des urgences à Agnès Buzyn.

Il propose notamment que les pharmaciens, kinés, infirmières puissent gérer certaines demandes de soins non programmés, avec un compte rendu systématique au médecin traitant. « Une certaine partie des soins non programmés ne nécessite pas 10 ans de médecine, les autres professionnels demandent à prendre leur part, il faut ouvrir le partage de compétences« , souligne le député.

Pour les kinés, il suffit simplement que la prise en charge sécu soit assurée, puisque la loi Touraine a déjà prévu cet exercice particulier.

Or, à l’heure actuelle, la Sécu qui rembourse des millions de séances à des MK conventionnés refuse de prendre en charge une malheureuse séance de MK en urgence, comme le prévoit la loi Touraine depuis janvier 2016, au motif qu’il n’y a pas de prescripteur identifié…quand il n’y a pas de prescripteur…

Commentaires de l’auteur de la note

Les syndicats et l’Ordre, qui s’étaient bien battus pour que soit inscrite dans la loi cette possibilité de prise en charge MK sans prescription sont restés au milieu du gué quant à sa concrétisation pratique : la rémunération conventionnelle du praticien.

Certes, il y a un prix à vouloir prendre sa part dans les difficultés de la société à gérer les urgences : actuellement, il est fixé à 17,42 €. Il pourrait passer à 23 € en juillet.

Au seul motif que ces rémunérations apparaissent trop modestes à certains kinés gourmands, allons nous laisser nos consoeurs infirmières se débrouiller seules avec les troubles musculo-squelettiques arrivant en première intention à leur cabinet ?

Le summum du non-sens serait un accord de la CNAM avec les chiros ou les ostéos ! C’est vrai qu’ils ont déjà la première intention…

J’arrête, parce que ça risque de donner des idées pragmatiques aux conseillers de Me Buzyn  🙂

Sur Egora

Sur La Croix

France 3

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