Ne pas infiltrer les épicondylalgies : les médecins font de la résistance


 

 

Les injections de corticostéroïdes sont une modalité de traitement fréquemment utilisée pour l’épicondylalgie malgré un nombre croissant d’études suggérant leur manque d’efficacité. 

L’objectif de cette étude était d’examiner l’utilisation annuelle des IC pour le traitement de l’épicondylalgie, ainsi que celle d’autres traitements non chirurgicaux et chirurgicaux, afin de comprendre en quoi les publications récentes ont affecté la pratique des médecins dans le traitement de cette affection.

Méthodes : 

Les patients atteints d’épicondylalgie latérale entre 2010 et 2017 ont été identifiés dans une base de données d’assurance nationale et regroupés par modalités de traitement : infiltrations de cortisone, kinésithérapie, traitements par orthèse, chirurgie. 

Les données épidémiologiques et démographiques ont été rapportées à l’aide de statistiques descriptives. Le nombre de patients recevant chaque traitement et le nombre d’infiltrations  par patient ont été quantifiés pour chaque année, et les tendances annuelles ont été analysées à l’aide d’une analyse multivariée.

Résultats : 

Parmi les 80 169 patients admissibles, 16 476 ont reçu des injections de corticostéroïdes, 12 180 ont reçu un traitement de kinésithérapie, 1 874 ont reçu un traitement d’attelle et 2 650 ont subi une intervention chirurgicale, les patients recevant plusieurs modalités étant membres de chaque groupe respectif. 

Il y a une diminution significative de la proportion de patients épicondylalgiques infiltrés à la cortisone, de 23,3 % en 2010 à 18,8 % en 2017 (R2 = 0,956, P < 0,001). MAIS le nombre d’injections par patient a augmenté pendant cette période, passant de 1,33 à 1,83 (R2 = 0,843, P = 0,001). Aucun changement notable n’a été constaté dans les tendances d’utilisation des autres modalités.

Discussion 

Il est possible que cette tendance reflète la quantité croissante d’études indiquant le manque d’efficacité de cette modalité de traitement pour les cas à long terme : des constatations d’incidences accrues de récurrence des symptômes et d’exacerbation de la douleur après injections de corticostéroïdes ont été rapportées pour le coude depuis 30 ans. 

Il en est ainsi dans d’autres régions, d’autres recherches ayant montré que les injections de cortisone ont des effets néfastes similaires sur les tendinopathies de la coiffe des rotateurs, du tendon d’Achille, du tendon rotulien.

Ca ne suffit pas pour modifier la pratique des médecins dans le traitement du tennis elbow. Il y a encore entre 17% à 40% des patients infiltrés pour tennis elbow en 2016.

Ca doit dépendre des spécialités, parce que, par exemple chez les chirurgiens plasticiens et orthopédistes, le choix d’infiltrer pour le tennis elbow est passé de 550 pour 1 000 traitements en 2009 à 663 pour 1 000 traitements en 2015, tandis que l’utilisation de la physiothérapie a diminué de 406 pour 1 000 traitements à 300 pour 1 000 traitements au cours de la même période.

Il y a une population de médecins qui pourraient être réticents à changer leur pratique malgré les preuves croissantes contre l’utilisation des injections de corticostéroïdes, voire qui augmenteraient le nombre d’infiltrations par patient. 

De nombreux exemples de l’adoption lente de nouvelles preuves jonchent le paysage médical avec de nombreux changements qui prennent parfois des années, par exemple, la diminution rapportée des taux d’arthroscopie du genou pour les patients souffrant d’arthrose après une publication non équivoque.

Un autre aspect déroutant de cette attitude est la préférence des patients, car ceux qui ont reçu des injections par le passé peuvent demander à leur médecin de répéter les injections, souhaitant une  » solution rapide  » à leur douleur au coude, qu’elle soit réaliste ou factice.

Pas gagné donc…

En France ? Faudrait d’abord que de telles données descriptives soient réalisées par la CNAM 😀


Références bibliographiques 

John Q Sun, Quinn A Stillson, Jason A Strelzow, Lewis L Shi. Trends in Corticosteroid Injections for Treatment of Lateral Epicondylitis: An Analysis of 80,169 Patients. J Am Acad Orthop Surg Glob Res Rev. 2021 Sep 10,5(9):e21.00186. doi: 10.5435/JAAOSGlobal-D-21-00186.

Article en accès libre en cliquant sur le lien du titre 

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