
Le terme d’instabilité appliqué à la région lombaire prête à confusion : il désigne à la fois une perturbation du contrôle moteur (instabilité active) et une altération structurelle (instabilité passive). De nombreux tests ont fait l’objet de recherche en fiabilité & validité. Vous en retrouverez la plupart d’entre eux ici.
Problématique des tests évaluant l’instabilité lombaire passive
Hormis celui qui permet de mettre en évidence un spondylolisthésis, ces tests peinent à démontrer leur validité.
La dernière étude en date [Seyedhoseinpoor 2022] les a comparé à une radiographie dynamique en flexion extension, examen de référence, auprès d’un panel de 202 patients lombalgiques chroniques. Plusieurs tests classiques, décrits en infra dont un petit nouveau pour moi, le test H & I. Malheureusement selon l’étude, que ce soit le Prone Instability test comme ce dernier test sont jugés non discriminatifs chez les patients porteurs d’une instabilité lombaire passive…
Observations & signes cliniques d’une instabilité lombaire active
Ce sont des tests diagnostics permettant de mettre en évidence des déficits de stabilisation musculaire, soit une perturbation du contrôle moteur, fréquente chez le lombalgique.
La mise en évidence de ces perturbations conduit le kinésithérapeute à proposer des traitements basés sur l’éducation ou la rééducation du contrôle moteur. Leur efficacité comparativement à un traitement standardisé reste cependant discutée [51].
Les sujets post-lombalgiques asymptomatiques sont peu doués pour les tâches motrices [42].
Test de l’instabilité lombaire en procubitus bout de table (Prone Instability Test)
Objectifs
Il est destiné à vérifier la capacité de stabilisation des muscles lombaires en présence d’une douleur.
Validité
Il ne doit pas permettre de diagnostiquer une instabilité mais peut être l’un des tests utilisés pour prédire s’il peut y avoir une réponse positive du patient à un traitement à base d’exercices [14].
Procédure
Patient en procubitus en bout de table, hanches fléchies à 90°, pointes des pieds au sol, praticien latéral à lui. Ce dernier réalise une pression dorso-ventrale sur chaque épineuse lombaire, à la recherche d’une douleur segmentaire qui est attribuée au glissement antérieur de la vertèbre. En présence d’une douleur, le patient est invité à se tenir à la table et à décoller les membres inférieurs, ce qui sollicite les extenseurs du rachis. Le même test est reproduit à l’endroit douloureux.
Valeurs
En l’absence de douleur lors du 2° test, il est considéré que les extenseurs rachidiens stabilisent le rachis lombal, en empêchant le cisaillement vertébral antérieur, ce qui confirme la présence d’une instabilité vertébrale segmentaire lombaire.
Fiabilité
La fiabilité inter-examinateurs de ce test est mauvaise [47] ou très bonne [22] en fonction des études.
Test d’élévation active des membres inférieurs (Active straight leg raise test)

Objectifs
Il s’agit de vérifier la stabilité du bassin lors d’une élévation active d’un membre inférieur.
Procédure
Le patient est en décubitus, les jambes étendues et les pieds distants de 20 cm. Il est invité à décoller les membres inférieurs jambes tendues, l’un après l’autre, d’à peu près à 20 cm, sans plier les genoux.
Valeurs
Le patient est inviter à coter de 0 à 5 la difficulté de cette tâche (0 difficulté minimale, 5 tâche non réalisable). Tout score au delà de 0 est considéré comme positif.
Fiabilité
La fiabilité semble très bonne en intra-examinateur, lorsque celui-ci est expérimenté.
Validité
Ce sont les abdominaux (transverse) et les muscles du plancher pelvien qui stabilisent le bassin pour lutter contre la force engendrée par l’élévation du membre inférieur [23].
Ce test permet la discrimination clinique entre des patientes souffrant de douleurs lombo-pelviennes après accouchement avec des sujets sains [43].
Test d’abduction active en latéro-cubitus

Objectifs
Ce test est utilisé pour évaluer la capacité d’un patient à maintenir un contrôle postural dans le plan frontal, lorsqu’il est placé dans une position instable (présence ou non de mouvements lombo-pelviens anormaux lors d’une tâche active dynamique précise du membre inférieur). Il est considéré pouvoir mettre en évidence le risque lombalgique dans une population asymptomatique.
Procédure
Le sujet est couché en latérocubitus sur un tapis de sol, les deux membres inférieurs étendus, en rotation neutre de hanche, les chevilles relâchées. Le membre supérieur infralatéral est en élévation maximale, la cage thoracique repose sur le sol. La main du membre supérieur supralatéral repose sur l’abdomen.
Il faut préalablement vérifier qu’épaules, tronc et membres inférieurs soient situés dans un même plan. Le sujet n’est pas autorisé à s’entrainer à faire le geste avant le test ; cependant, le mouvement est démontré passivement sur le sujet par l’examinateur, pour qu’il en prenne connaissance et qu’il ait une idée de l’amplitude nécessaire.
L’ordre donné au sujet est : « Gardez votre genou tendu, élevez votre cuisse en direction du plafond, le mouvement devant rester dans le même plan que le tronc, sans que votre bassin tombe en avant ou en arrière ». Le test est à réaliser bilatéralement.
Valeurs
Elles sont qualitatives ordonnées :
0 : Mouvement réalisé en douceur et facilement ; tous les éléments restent alignés
1 : Légère oscillation au début ou lors du mouvement. Le mouvement est réalisé avec un effort notable ou par à-coups.
2 : Le geste présente au moins deux des points suivants : oscillation notable lors du mouvement, bascule du bassin, du tronc ou des épaules, augmentation de la flexion de hanche et/ou de la rotation, mouvement rapide ou incontrôlé.
3 : Le geste présente plus de trois des caractéristiques énoncées en 2 et / ou est incapable de reprendre le contrôle de mouvement une fois celui-ci perdu, voire risque de perte d’équilibre (le sujet place la main sur la table)
Fiabilité
La fiabilité inter-examinateurs est bonne lorsque des kinésithérapeutes analysent des vidéos de sujets réalisant le test [10].
Validité
Parmi une batterie de tests appliqués à des sujets sains ayant subi une douleur lombaire expérimentale, le test d’abduction active de hanche est le seul test discriminatif [45].
Observation de l’indépendance de rotation des hanches chez le lombalgique

Objectifs
Il s’agit de rechercher une asymétrie dans les rotations de hanche, plus fréquente chez les lombalgiques [13, 3].
Procédure
Le patient est en procubitus, le praticien aux pieds du patient. Faire contacter les faces médiales de cuisse et fléchir un genou à 90°. Laisser retomber latéralement le pied du patient. Procéder comparativement avec le côté opposé.
Valeurs
Le test est positif lorsque l’hémi-bassin controlatéral à la rotation s’élève lors de celle-ci.
Validité
Un défaut de rotation médiale coxo-fémorale chez le lombalgique est avancé par certains auteurs [3], une trop grande rotation médiale étant retrouvée par d’autres [6].
Ces contradictions pourraient s’expliquer selon ce que cherche à objectiver le clinicien : une limitation articulaire passive sur une coxo-fémorale ou une absence de liberté motrice active des hanches vis-à-vis du bassin.
Ce différentiel en rotation apparait discriminant [52, 56, 42] entre lombalgiques et sujets sains, au point d’être utilisé comme règle prédictive pour le traitement du lombalgique [6].
Recherche de perturbations du contrôle moteur lombaire
Procédure
Le kinésithérapeute recherche, chez des patients non informés des mouvements «normaux» des perturbations lors de la flexion ou du retour de flexion, en position debout. Ce sont :
A- l’arc douloureux, présence d’une douleur survenant dans un secteur angulaire limité.
B- la déviation du mouvement dans le plan sagittal strict lors de la flexion ou du retour en flexion
C- le signe de Gower, qui est ici la nécessité de prendre appui sur les cuisses pour se relever d’une position de flexion rachidienne lorsqu’on est debout, de façon à économiser ses spinaux ou éviter la douleur lors de leur contraction.
D- le rythme lombo-pelvien inversé, qui se traduit par un patient debout en flexion qui fléchi ses genoux en se redressant, en translatant son bassin en arrière, pour éviter la contrainte lombaire trop importante en flexion.
Valeurs
Elles sont qualitatives : un des signes est présent ou pas.
Fiabilité
Ces observations cumulées ont montré une fiabilité moyenne à bonne (κ = 0.60), mais très variable (κ = 0-0.69) pour les tests pris individuellement, l’arc douloureux étant l’observation la plus fiable (κ = 0.61-0.69) [17].
Maintien de l’appui unipodal debout
Procédure
Le patient réalise et maintien un appui unipodal. Le test est réalisé en position neutre rachidienne, considérée comme la position de départ. Chaque test est maintenu 20 secondes par pied d’appui. Il n’y a pas de temps de repos. Le patient est debout à un mètre face à un mur matérialisant la verticale, le praticien est 2 mètres en arrière de lui, le regard à la hauteur de la région lombaire. Le membre inférieur oscillant est à 60° de flexion de la hanche. Le patient doit se tenir le plus droit possible les bras le long du corps.
Valeurs
Le test est qualitatif. Il est négatif si le patient garde la position de départ sans mouvements compensatoires du membre oscillant ou des bras (une oscillation est tolérée). Il est positif dans le cas contraire ou si le rachis se dévie de la position de départ, ou si le bassin effectue une rotation. Il n’est pas valide si le patient ne peut le faire à cause de la douleur.
Fiabilité
La fiabilité inter-examinateurs est très bonne [59].
Maintien de l’appui unipodal sur ballon de Klein
Procédure
Le patient est assis sur un ballon de Klein, face à un mur matéralisant une verticale, dos des mains posés sur la face antérieure des cuisses, pieds à 5 cm l’un de l’autre. Les cuisses ne sont pas en contact du ballon. Le praticien en arrière de lui. Il est demandé au patient de décoller un pied du sol pendant 20 secondes. Même procédure avec le pied opposé. Le test est réalisé en position neutre rachidienne, considérée comme la position de départ. Chaque test est maintenu 20 secondes par pied d’appui. Il n’y a pas de temps de repos.
Valeurs
Le test est qualitatif. Il est négatif si le patient garde la position de départ sans mouvements compensatoires du membre oscillant ou des bras (une oscillation est tolérée). Il est positif dans le cas contraire ou si le rachis se dévie de la position de départ, ou si le bassin effectue une rotation. Il n’est pas valide si le patient ne peut le faire à cause de la douleur.
Fiabilité
La fiabilité inter-examinateurs est bonne à très bonne [59].
Pont pelvien unilatéral
Procédure
Le patient est en décubitus, membres supérieurs posés sur la table, en appui sur un pied, le membre inférieur opposé élevé en flexion de genou. Il est invité à maintenir 20 secondes la position en alignement de la cuisse et du tronc. Le test est réalisé en position neutre rachidienne, considérée comme la position de départ. Chaque test est maintenu 20 secondes par pied d’appui. Il n’y a pas de temps de repos.
Valeurs
Le test est qualitatif. Il est négatif si la position est maintenue 20 secondes. Une seule modification de la position est tolérée. Il est positif si l’ensemble du bassin s’abaisse ou si l’EIAS côté oscillant dévie de l’horizontale ou si des mouvements compensateurs sont réalisés à l’aide de l’un des membres. Il est non valide si la douleur empêche la réalisation du test.
Fiabilité
La fiabilité inter-examinateurs est modérée à bonne [59].
Tests d’habilité gestuelle

Luomajoki reprend en partie les évaluations cliniques proposées par Sahrmann.
Procédure
Les patients sont invités à prendre six positions, les ordres n’étant pas directifs. Ils ne connaissent pas à l’avance les mouvements à réaliser.
- Se pencher en avant entre 45 et 70° à l’aide des hanches (Waiter’s bow). Le sujet debout doit pouvoir faire une flexion des hanches sans flexion lombaire. Le test est positif lorsque l’angle de flexion de hanche sans mouvement lombaire est inférieur à 50° ou que le rachis lombaire se place en flexion.
- Remonter le pubis en position debout (Pelvic tilt). Le lombalgique fait un mouvement thoracique et/ou maintien l’extension lombaire, au lieu de faire une rétroversion isolée du bassin
- Se tenir debout en appui unipodal. Il existe un déport de l’ombilic entre un côté et l’autre chez le lombalgique.
- Étendre un genou assis en bord de table en position érigée. Le lombalgique se place en cyphose lombaire, le sujet sain peut faire le mouvement sans diminuer la lordose lombaire.
- En quadrupédie à 90° de flexion de hanche, le sujet sain transfère son bassin vers la caudal et le crânial en gardant la région lombaire en position neutre. Le lombalgique ne peut le faire sans modifier ses courbures lombaires.
- Sujet en procubitus, fléchir un genou. Le lombalgique ne peut le faire sans mouvement de bassin.
Fiabilité
La fiabilité est moyenne avec un Kappa supérieur à 0.6 (concordance entre kinésithérapeutes sur vidéos). 12 kinésithérapeutes examinant 210 sujets, lombalgiques ou non retrouvent deux de ces tests positifs chez les lombalgiques, moins d’un chez les sujets contrôles, avec une différence entre les lombalgiques chroniques et les aigus [37, 38].
Observations & signes cliniques d’une instabilité lombaire passive
Test d’extension lombaire passive (Passive Lumbar Extension Test)
Objectifs
Il s’agit de mettre en évidence une instabilité passive douloureuse de la région lombaire.
Procédure
Découvrez la suite de ce contenu dès aujourd’hui en vous abonnant.
