Évaluation de la section des muscles du cou à l’échographie


black and white casual face fashion
Photo de Pixabay sur Pexels.com

Quatre chiropraticiens norvégiens ont effectué une étude de fiabilité inter et intra-évaluateurs de cet examen [1]. Cinquante femmes avec ou sans douleur cervicale, entre 20-70 ans ont été recrutées d’octobre 2014 à avril 2015. 

Les muscles évalués étaient le long du cou (Lcol), le grand droit postérieur de la tête (Rcpm), les extenseurs cervicaux (Dce) et le semi-épineux de la tête (Sscap). 

Chaque examinateur a recueilli l’image échographique du muscle qui lui a été attribué et mesuré l’épaisseur de ce muscle à deux reprises, pour en évaluer la fiabilité intra-évaluateur. 

Une deuxième image du même muscle a été prise sur le même sujet et mesurée par le même examinateur. Les quatre examinateurs ont ensuite mesuré les images de cet examinateur, afin de tester la fiabilité inter-évaluateurs. 

Leurs résultats ont été comparés par paires en utilisant les coefficients de corrélation interclasse (ICC) et le graphique de Bland-Altman. Une analyse de régression linéaire a été effectuée pour évaluer les biais possibles. 

Procédure pour le long du cou : 

Sujet en décubitus, jambes en crochet, la lordose cervicale respectée à l’aide d’un coussin. Le repérage se fait à partir du cartilage cricoïde qui correspond à C6. Le muscle apparaît latéralement au cartilage entre la carotide et le corps vertébral. Sa section est mesurée entre le point médian le plus ventral du corps de C6, défini comme la limite postérieure du muscle et le fascia le séparant de la carotide, limite antérieure. 

Procédure pour les muscles postérieurs : 

En procubitus, la tête placée dans le trou de la têtière, en légère flexion. 

Le grand droit postérieur est situé entre le processus épineux vestigial de C1 et la ligne courbe semi-circulaire inférieure. Il est en profondeur des autres. 

Le processus épineux de C2, identifié à la palpation, sert de repère osseux. La sonde déplacée latéralement permet d’identifier la lame de C2, donc celle de C1 au-dessus. L’épaisseur du muscle semble remarquable. 

Pour le multifide cervical, le semi-épineux du cou et les rotateurs, C7 sert de repère pour identifier les articulaires C5-C6 la sonde étant verticale, puis elle est à nouveau placée horizontalement. L’insertion latérale du multifide sur la facette articulaire et la capsule est identifiée. L’épaisseur est mesurée entre deux lignes échogènes identifiant le fascia postérieur et C5. 

C4 sert de repère ensuite pour localiser le semi-épineux du cou et de la tête. 

Fiabilité  

BoussoleLa fiabilité inter-évaluateurs a été jugée bonne pour les muscles Lcol et Sscap et modérée voire pauvre pour les muscles Rcpm et Dce, plus profonds. 

La fiabilité intra-évaluateur était bonne pour tous les muscles, à l’exception des extenseurs, qui s’est avérée modérée. 

Le test de Bland-Altman a montré une bonne concordance, peu de valeurs aberrantes et aucun biais. Cependant, les coefficients de corrélation intra-classes indiquent une erreur de mesure qui peut ne pas être acceptable pour ces petits muscles si l’objectif clinique est d’évaluer le changement d’épaisseur. 

Les auteurs n’ont pas cherché à évaluer l’hétérogénéité des tissus, l’infiltration graisseuse. 

Que retrouve t’on dans la littérature ? 

Une recherche documentaire de 1996 à décembre 2009 utilisant les bases de données Science Direct et PubMed a été menée [2]. L’échographie était utilisée pour évaluer les muscles spinaux cervicaux à la fois chez des sujets en bonne santé et chez des patients souffrant de douleurs cervicales. 

Parmi les 16 études retenues douze ont évalué les muscles postérieurs, 4 les antérieurs. Trois études ont quantifié la taille des muscles pendant leur contraction; 3 ont évalué la relation entre la section transversale, les dimensions et les variables anthropométriques; une a évalué les différences dans la forme musculaire et la section transversale du multifidus cervical entre les patients souffrant de douleur cervicale chronique et les témoins. Huit études ont examiné la fiabilité de l’utilisation de l’échographie dans les deux populations. Trois ont comparé échographie et IRM. 

La revue conclut qu’il n’y a pas suffisamment d’études pour se prononcer sur cet usage de l’échographie. Plusieurs facteurs sont limitants, comme la normalisation des repères, la connaissance de l’anatomie et la fonction du muscle cible, le repérage précis des limites musculaires. 

Est-ce que la morphologie musculaire varie en fonction de la présence d’une cervicalgie  ? 

La diminution de section musculaire et l’infiltration graisseuse sont souvent avancées comme étant liées aux rachialgies. 

Une revue systématique [3] dont Françis Grondin vous a déjà parlé utilisant les directives PRISMA a sélectionné 14 des 395 articles recensés. La plupart des études étaient d’une qualité méthodologique modérée. Une section plus élevée a été retrouvé dans tous les muscles fléchisseurs chez les patients atteints de cervicalgie attribuée à un fléau cervical comme chez les patients souffrant de douleur cervicale idiopathique chronique, à l’exception des muscles fléchisseurs plus profonds chez les patients souffrant de douleur cervicale chronique idiopathique. 

Le diable étant dans les détails, l’élévation de cette section n’est retrouvée que sur les muscles extenseurs du rachis cervical supérieur chez les patients souffrant de cervicalgie attribuée à un fléau cervical, alors que la plupart des études chez des patients atteints de céphalée chronique d’origine cervicale rapportent une diminution de la section de tous les muscles extenseurs. 

L’infiltration de graisse, qui pourrait être responsable d’une augmentation de la section des extenseurs cervicaux comme des fléchisseurs, semble ne se produire que chez les patients souffrant de cervicalgie attribuée à un fléau cervical. 

Ce que j’en retiens : 

Il va falloir attendre encore la parution de quelques autres études pour se faire une idée précise…d’une peut être fausse bonne idée. Vraisemblablement, l’échographie peut être un bon outil de recherche palpatoire, mais que faire d’une observation apparemment «anormale» ? Variation normale ? Vraie pathologie ? L’une ou l’autre mais de toute manière pas reproductible à coup sûr par un autre praticien ? 

Nous pestons suffisamment sur les médecins bien trop prompts à écrire des pages de compte-rendu n’aboutissant qu’à effrayer le patient pour faire de même. 

D’autant que le radiologue a fini son boulot quand il a identifié une «cause», alors que ce n’est que le début du nôtre… 

Si on me prête gracieusement le joujou, je veux bien le prendre, mais de là à contracter un emprunt… 

Bon, par contre, il m’apparaît impensable qu’un IFMK digne de ce nom ne dispose pas d’un échographe et d’un enseignant formé pour les «TP massage & palpation»…enfin, moi je dis ça, mais déjà qu’on met deux heures à retrouver la boite à inclinomètres pour le TP gonio… 


Références bibliographiques : 

[1] Øverås CK, Myhrvold BL, Røsok G, Magnesen E. Musculoskeletal diagnostic ultrasound imaging for thickness measurement of four principal muscles of the cervical spine -a reliability and agreement study. Chiropr Man Therap. 2017 Jan 4;25:2. doi: 10.1186/s12998-016-0132-9. 

[2] Khodabakhsh Javanshir et al. Ultrasonography of the Cervical Muscles: A Critical Review of the Literature. JMPT. October 2010 Volume 33, Issue 8, Pages 630–637 

Accès gratuit à l’article 

[3] R. De Pauw et al. Does muscle morphology change in chronic neck pain patients? – A systematic review. Manual Therapy. April 2016Volume 22, Pages 42–49 DOI: 

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s