La prévalence de la gonarthrose a doublé depuis les années 50. Moins d’activité physique, plus d’arthrose ?


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L’arthrose du genou est très répandue aujourd’hui en raison de l’augmentation récente de l’espérance de vie et de l’indice de masse corporelle (IMC), mais cette hypothèse n’a pas été testée à l’aide de données historiques ou évolutives à long terme.

Les auteurs ont analysé les tendances à long terme de la prévalence de l’arthrose du genou aux États-Unis à l’aide de squelettes dérivés de cadavres de personnes âgées de plus de 50 ans dont l’IMC au décès a été documenté et qui ont vécu pendant l’ère industrielle précoce (de 1800 jusqu’au début des années 1900, soit 1 581 sujets) et l’ère post-industrielle moderne (de la fin des années 1900 au début des années 2000, soit 819 sujets).

L’arthrose du genou chez les individus estimés de plus de 50 ans a été également évaluée sur les squelettes de chasseurs-cueilleurs préhistoriques et les premiers agriculteurs (6000- 300 B.P, soit 176 sujets)*

L’arthrose a été diagnostiquée en fonction de la présence ou non d’érosion au niveau des contacts osseux.

Résultats :

Dans l’ensemble, la prévalence de l’arthrose du genou s’est révélée être de 16% chez l’échantillon post-industriel, mais seulement de 6% dans l’échantillon industriel et de 8% dans l’échantillon préhistorique.

Après avoir contrôlé l’âge, l’IMC et d’autres variables, la prévalence de l’arthrose du genou était 2,1 IC95%[1,5-3,1] fois plus élevée dans l’échantillon post-industriel que dans l’échantillon industriel précoce.

Les résultats indiquent que l’augmentation de la longévité et de l’IMC sont insuffisantes pour expliquer à elles seules le doublement approximatif de la prévalence de l’arthrose du genou qui s’est produite aux États-Unis depuis le milieu du 20ème siècle.

Sa prévention nécessitera la recherche sur d’autres facteurs de risque indépendants supplémentaires qui sont apparus ou se sont amplifiés à l’ère post-industrielle.

Discussion :

Les études rétrospectives ne peuvent pas tester directement la causalité, mais l’augmentation spectaculaire de la prévalence de l’arthrose du genou au cours des derniers temps soulève la question de savoir quels sont ces facteurs de risque supplémentaires.

À côté de la piste génétique, non retenue, les auteurs considèrent que les changements environnementaux récents ont joué un rôle principal ; celà sous-entend que l’arthrose du genou puisse être un phénomène plus évitable que l’on suppose actuellement.
Presque toutes les formes sont associées à des dommages induits par des contraintes articulaires, soit parce que les charges sont anormalement élevées, soit parce que les tissus sont structurellement faibles.

Les traumatismes ont probablement toujours joué un rôle, comme le suggère la présence de gonarthrose unilatérale du genou depuis des temps préhistoriques, et, alors que la surcharge articulaire couplée à un IMC élevé n’est apparue que récemment, les résultats indiquent que la majorité des atteintes ne seraient pas causés par l’IMC élevé en tant que tel.

Une autre possibilité est l’inactivité physique, qui prend un caractère épidémique à l’ère post-industrielle.

Les personnes plus inactives chargent moins leurs articulations et développent un cartilage plus mince avec un faible taux de protéoglycanes ainsi que des muscles plus faibles responsables de la protection des articulations en les stabilisant et en limitant les forces de réaction articulaires.

L’inflammation chronique à faible teneur, qui est exacerbée par l’inactivité physique, les régimes modernes riches en glucides hautement raffinés et l’adiposité excessive, peuvent encore amplifier et accélérer les dommages induits par le chargement des tissus articulaires et peuvent également directement affecter la pathogenèse arthrosique.

Limitations :

Cette étude a d’importantes limitations qui doivent être prises en considération.

Tout d’abord, les échantillons analysés, bien qu’importants, sont liés à la disponibilité de collections squelettiques bien organisées aux États-Unis, et il est plausible que ces collections présentent des niveaux d’arthrose du genou qui diffèrent de la prévalence réelle de la population américaine.

Deuxièmement, l’IMC enregistré au décès est susceptible de sous-estimer l’IMC moyen à vie, en particulier pour les personnes dont la cause de décès était associée à un amaigrissement.
Une telle erreur est susceptible d’avoir été systématique plutôt que spécifique à une période de temps particulière.

Troisièmement, bien qu’il soit raisonnable de déduire que les individus post-industriels étudiés ici étaient, en moyenne, moins actifs physiquement et consommaient des régimes plus pro-inflammatoires que ceux des périodes antérieures, les données directes sur ces facteurs et d’autres facteurs de risque potentiels ne sont pas disponibles pour les personnes étudiées.

Quatrièmement, bien que le statut socio-économique ne soit pas documenté pour les individus dans cette étude, le groupe industriel précoce a probablement inclus plus d’individus à faible revenus que le groupe post-industriel.

Cinquièmement, l’IMC était inconnu pour les individus préhistoriques, et bien que le sexe soit déterminé de façon fiable, les estimations d’âge supérieures à 50 ans sont imprécises.

Ainsi, les échantillons préhistoriques ne pouvaient pas être inclus dans les modèles de régression qui utilisaient l’âge et l’IMC comme variables prédictives, et bien que l’âge médian de la mort adulte dans les chasseurs-cueilleurs vivants soit de 68 à 78 ans, les auteurs ne peuvent pas rejeter l’hypothèse selon laquelle les niveaux d’arthrose  du genou soient plus faibles parmi les individus préhistoriques que chez les individus post-industriels, en partie parce que les individus préhistoriques étaient, en moyenne, plus jeunes ou avaient des IMC inférieurs.

Conclusion :

La conclusion la plus importante de cette étude est que l’augmentation récente des niveaux d’arthrose du genou ne peut pas être simplement considérée comme une conséquence inévitable des personnes qui vivent plus longtemps, mais plutôt résultent de facteurs de risque modifiables, y compris un IMC élevé, devenu plus courant depuis le milieu du 20ème siècle, mais sans s’y limiter.

D’un point de vue évolutif, la gonarthrose est plus répandue ou sévère parce que nos corps sont inadéquatement ou imparfaitement adaptés aux environnements modernes.
D’autres maladies telles que l’hypertension, l’athérosclérose et le diabète de type 2 sont également devenues épidémiques au cours des dernières décennies, sont fortement associées à la gonarthrose, ce qui suggère des causes et des risques communs.

Référence bibliographique :

Ian J. Wallace, Steven Worthington, David T. Felson et al. Knee osteoarthritis has doubled in prevalence since the mid-20th century. PNAS. July 12, 2017

Accès à l’article

*B.P. pour before present, soit de 300 à 6000 ans avant le 1° janvier 1950

 

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