Ferrari et Massey-Ferguson sont des véhicules à moteur de couleur rouge, mais a priori peu d’agriculteurs utilisent la voiture pour labourer, le tracteur pour se la péter…
Pourquoi, selon les auteurs, avancer ce parallélisme ?
La lombalgie a une prévalence ponctuelle de près de 10% et se classe mondialement au premier rang des maladies quant au nombre d’années vécues avec un handicap.
La maladie de Parkinson (MdP) se classe dans le top 100 des conditions de santé les plus invalidantes pour les années perdues et les années vécues avec un handicap.
Des données récentes suggèrent que les personnes atteintes de lombalgie chronique et récidivante présentent de nombreuses déficiences posturales rappelant un trouble neurologique postural retrouvé dans la maladie de Parkinson.
Les auteurs ont comparé les déficiences posturales associées à la lombalgie et à la maladie de Parkinson afin d’éclairer les stratégies de traitement pour les deux conditions.
La littérature suggère que lombalgie et MdP s’associent à une fonction proprioceptive altérée, à une orientation sensorielle perturbée lors de l’équilibre debout, à des ajustements posturaux anticipés, à une bradykinésie, à des réponses posturales automatiques altérées et à une fonction striato-corticale (quésaco ?).
Bien que les déficiences posturales soient de nature similaire dans les deux pathologies, les déficiences posturales associées à la lombalgie apparaissent plus spécifiques au niveau du tronc.
De même, bien que les deux états de santé s’associent à une fonction striatale-corticale altérée, la nature de la structure ou de la fonction neurale altérée diffère pour la MdP et la lombalgie.
En raison de la forte prévalence de la lombalgie associée à la maladie de Parkinson, le traitement ciblé de la lombalgie chez les personnes atteintes de la maladie de Parkinson peut être bénéfique pour la prise en charge de leurs déficiences posturales et leurs handicaps.
De plus, la lombalgie aurait avantage à être considérée plus qu’une «simple» blessure musculo-squelettique; en tant que telle, les cliniciens devraient envisager d’inclure des approches qui traitent de déficiences du contrôle moteur postural.
Qu’avancent les auteurs à propos de lésions cérébrales de la lombalgie ?
Le dysfonctionnement des circuits impliquant les ganglions de la base représente une physiopathologie caractéristique associée au développement de symptômes moteurs dans la MdP, qui s’associe à la sévérité des symptômes cliniques, y compris l’instabilité posturale et la perturbation de la marche.
La lombalgie s’associe également à la pathologie des ganglions de la base. Le passage à la chronicité y est associé à une diminution de la matière grise striatale à travers plusieurs noyaux ainsi qu’à une connectivité fonctionnelle accrue entre le cortex préfrontal et le noyau accumbens (?); cette connectivité accrue est également corrélée avec l’intensité de la douleur.
Chez les sujets atteints de lombalgie chronique installée, cependant, il y a beaucoup de changements dans les structures neuronales et les fonctions qui ne ressemblent pas nécessairement à celles de la MdP.
Ainsi, la pathologie cortico-striatale peut affecter à la fois la MdP et la lombalgie mais la nature de la pathologie est assez différente.
Au-delà de l’existence d’une pathologie cortico-striatale, des altérations plus spécifiques de la neurophysiologie corticale au cours des tâches posturales sont évidentes dans les deux entités.
Il en est ainsi des ajustements posturaux anticipatifs (APA), perturbés dans la MdP comme dans la lombalgie.
Les personnes atteintes de lombalgie présentent comme ceux souffrant d’une MdP de signes d’une influence accrue du cortex cérébral sur le contrôle postural.
Des altérations lors de stimulation magnétique transcrânienne comme lors d’EEG seraient observées.
Par conséquent, les personnes atteintes de MdP et les personnes atteintes de lombalgie présentent des fonctions corticales altérées significativement corrélées avec leur comportement postural et leurs symptômes cliniques, et cette altération de la fonction corticale suggère une influence accrue du cortex cérébral sur le contrôle postural des deux états de santé.
Compte tenu des systèmes complexes qui contrôlent la posture et la démarche, ces quelques similitudes neuro-pathologiques ne démontrent pas qu’elles sont nécessaires et suffisantes pour produire les comportements moteurs partagés de la lombalgie et de la MdP.
Bien que les caractéristiques isolées de la lombalgie puissent également se rapporter à des caractéristiques isolées d’autres affections neurologiques suggérant d’autres mécanismes d’atteinte neuro-pathologique, les auteurs soutiennent que les similitudes dans la présentation générale de la posture et de la démarche sont plus grandes avec la MdP que celles de la lombalgie qu’avec d’autres pathologies neurologiques ( ex., cérébelleux, vestibulaire, neuropathie périphérique, accident vasculaire cérébral), qui en diffèrent de façon majeure.
Par conséquent, relier le contrôle de la posture et de la démarche de la lombalgie à celui de la MdP semble plus robuste que pour les autres pathologies.
Commentaire ActuKiné
Pas convaincu… mais faites vous votre propre opinion ! il me semblait que les altérations corticales étaient discutées dans la lombalgie ? Plutôt que parler de lombalgie, pourquoi ne pas simplement évoquer la douleur chronique et ses conséquences corticales ?
Référence bibliographique
Jacobs JV, Henry SM, Horak FB. What If Low Back Pain Is the Most Prevalent Parkinsonism in the World? Front Neurol. 2018 May 2;9:313. doi: 10.3389/fneur.2018.00313.

