Sentir les vertèbres bouger : mythe ou réalité ?


Rédigé par le Lundi 4 Juin 2018

 

Une revue systématique

 


L'outil pour quantifier les sensations dans sa version basique

L’outil pour quantifier les sensations dans sa version basique
À l’origine, on pensait que la mobilisation passive postéro-antérieure (PA) vertébrale produisait des mouvements accessoires localisés. Il est clair aujourd’hui que le mouvement spinal produit lors de ces mouvements n’est ni localisé, ni accessoire : le mouvement se produit sur un certain nombre de niveaux intervertébraux.

C’est un mouvement physiologique dans le plan sagittal : un mouvement linéaire de translation d’une vertèbre produit des moments angulaires de rotation entre chaque paire de vertèbres. Il est potentiellement influencé par un certain nombre de facteurs non-articulaires.

Des preuves empiriques existent sur le fait que ces mouvements peuvent se comporter «comme si» une limitation localisée est présente, et que les différences sont suffisamment grandes pour être perceptibles par la palpation manuelle.

Qu’est que la zone neutre d’un segment vertébral ? Quelle intensité pour sortir de cette zone neutre et faire bouger le rachis ?

La taille de la zone neutre où le mouvement est «produit avec une résistance interne minimale» est l’aspect le plus cliniquement pertinent du mouvement articulaire. La force PA nécessaire pour atteindre les limites des zones neutres a été calculée à partir de la longueur des rachis cervicaux et lombaires et des mesures de raideur segmentaire.

Différents auteurs ont trouvé des valeurs en deça de 10N pour le rachis cervical et de 15N pour le rachis lombaire.
Pour placer ces valeurs en perspective, cliquer sur un stylo à bille rétractable nécessite généralement 4N-6N tandis qu’un piston pour désinfectant pour les mains nécessite environ 25N.

Les études

Un modèle informatique a été utilisé pour la région cervicale, un modèle physique a été utilisé pour la région lombaire.

Pour la mobilité segmentaire thoracique celà a été réalisée in vivo, à l’aide d’un capteur de force couplé à un logiciel informatique.

Les mouvements PA y ont été comparés pour deux localisations thoraciques perçues comme ayant différents degrés de mobilité.

Dix sujets féminins saines et asymptomatiques, âgées de 18 à 25 ans ont participé à l’étude.
Chacune a été évaluée par un physiothérapeute expérimenté et deux processus épineux entre T3 et T7 ont été sélectionnés et marqués sur la peau ; l’un était considéré comme «hypomobile» et l’autre avait une mobilité normale.

Les praticiens qui ont appliqué le mouvement PA n’ont pas été informés de la classification des emplacements.

La force maximale était de 40N et un logiciel permettait un suivi automatisé plus facile de la déformation.

Résultat

La raideur croissante du segment «hypomobile» correspondait à une pression manuelle faible, celle du segment normal, à une pression manuelle plus forte. La première était plus linéaire, la seconde de forme plus proche d’une exponentielle (voir le graphe bien parlant dans l’article).

Discussion

D’après la littérature citée dans l’article, ces valeurs sont compatibles avec les seuils sensoriels des doigts (de 0,03 à 0,05 N).
Des personnes formées peuvent effectuer de telles procédures avec une fiabilité élevée et une erreur minimale de forces appliquées aussi faibles que 2-5 N, soit environ la moitié de la force à laquelle les variations maximales de rigidité devrait se produire.

Conclusion

La réponse est donc oui, les estimations manuelles de raideur vertébrales sont possibles.

On sait aussi que c’est d’une fiabilité modérée à bonne.

Cependant, la validité donc l’utilité in fine pose question, au moins en lombaire, comme l’étude de Kulig semblait le formuler : les lombalgiques y présentaient plutôt des instabilités vertébrales segmentaires à l’IRM dynamique soit plus fréquemment des hypermobilités que des hypomobilités :)))

Références bibliographiques

Tuttle N, Hazle C. Spinal PA movements behave ‘as if’ there are limitations of local segmental mobility and are large enough to be perceivable by manual palpation: A synthesis of the literature. Musculoskelet Sci Pract. 2018 Apr 16;36:25-31. doi: 10.1016/j.msksp.2018.04.005. Article en pré-publication.

Résumé disponible en ligne

Articles en rapport avec le sujet

Kulig, K., Landel, R., Powers, C.M., 2004. Assessment of lumbar spine kinematics using  dynamic MRI: a proposed mechanism of sagittal plane motion induced by manual posterior-to-anterior mobilization. J. Orthop. Sports Phys. Ther. 34 (2), 57–64.

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