Qu’est devenu ce toucher magique ?


Rédigé par le Samedi 2 Juin 2018

 

Opinion non référencée sur des opinions référencées d’experts de la thérapie manuelle

 


Paul Mintken et Joshua Cleland cosignent un éditorial dans le JMMT. Ce n’est pas le premier de la sorte, gageons que ce ne sera pas le dernier.

Le titre de ma note est la traduction approximative de « Manual therapists – Have you lost that loving feeling?! ». Il y a peut être un autre sens.
Leur papier est truffé de références biblios dont vous ne manquerez pas de vous servir.
Une fois n’est pas coutume, mes commentaires sont dans le texte.

Globalement, leur édito

En substance, ils reprennent le discours sur l’inanité de la thérapie manuelle comme thérapie isolée, attribuant ses effets positifs perçus par le praticien comme par le patient au fait que le premier était souvent très satisfait de lui même et que le second ne cherchait qu’à faire plaisir au premier.

La preuve en est pour eux la très faible taille de son effet thérapeutique, ses vertus uniquement sur le court-terme, et (encore pour eux) l’impossibilité de quantifier ses effets sur les tissus biologiques.

En schématisant, ils avancent que son bénéfice thérapeutique vient du «tout se passe comme si» imaginé par le patient comme le praticien, lorsque ceux-ci adhèrent au paradigme de la «vertèbre déplacée».

Une fois supprimée l’alchimie complexe de la relation entre un patient et un praticien, considérée comme un biais, la thérapie manuelle a une efficacité discutable…mais reste une option !

Commentaires ActuKiné

Toujours un peu chiffonné par ces éditoriaux destinés à faire réagir le lecteur (et qui y réussissent !)

Personnellement, j’avais au début de ma «carrière» plutôt l’impression que quelques patients étaient miraculeusement « guéris » alors que beaucoup d’autres absolument pas, pour le même traitement, réalisé avec la même intention & attention thérapeutiques, à l’époque très ostéopathiques.
A la fin de mon parcours professionnel, j’avoue que je me fous un peu du résultat, plutôt content pour les patients qui se disent améliorés, désolé pour ceux qui ne le sont pas : je ne pense pas pouvoir maîtriser toutes les variables.

La thérapie manuelle inepte ?

Je comprend bien que l’explication anatomique ne tient pas la route, mais s’il n’y avait que les kinés ! imaginons un instant ce que cela va représenter pour les chirurgiens, rhumatologues, généralistes, radiologues, de faire de l’anatomie table rase !

S’appuyer simplement sur des mécanismes biomécaniques serait le meilleur moyen de courir à l’échec ?

Assurément, mais quel confort pour des esprits simples ! Et puis n’est-ce pas la solution la plus élégante et la plus économique pour prendre en charge des problématiques parfois irrésolvables par la complexité du tableau, volonté inavouée du patient pour que rien ne change, …?

En tout cas, si le praticien jette la blouse ou s’il n’a jamais compris depuis ses études pourquoi il lui fallait tripoter de parfaits inconnus, aucun problème pour laisser de la place aux adeptes de la thérapie manuelle, qui seront bientôt trop nombreux pour avoir tous une accréditation par les mutuelles.

Une relation thérapeutique complexe

Bien d’accord avec eux sur la complexité de la relation entre patient et praticien. C’est donc, d’un strict point de vue comptable, une flopée de séances inutiles pour justifier la séance utile qui, ce jour là, avec ce patient là, entre deux portes, parce qu’on lui a dit ça, ou fait çà (la thérapie manuelle c’est aussi de la conversation non verbale…), des années après, s’en rappelle comme d’un évènement remarquable.

La nécessité de se documenter

Bien d’accord avec eux aussi sur la nécessité de se former pour ne pas attendre 17 ans pour intégrer les nouvelles pratiques (et ne pas oublier de s’abonner à ActuKiné, le seul média professionnel qui ne vend pas de formation continue…voire vous décourage d’en faire…)

Comme thérapie rachidienne isolée, quoi de mieux ?

Pour l’efficacité discutable de la thérapie manuelle, on va moduler : quid du paracetamol, des AINS, de la chirurgie, …? Parce que quand même souvent, la thérapie manuelle n’est pas ridicule !

Je trouve ainsi toujours étonnant ce comportement qui consiste à avancer : puisque ça ne « marche » pas sur le long-terme, pourquoi  le faire ? Faut-il retirer le titre de docteur en médecine aux toubibs qui ne sont pas capables de guérir leurs patients définitivement de la grippe ?

Venez en France !

Les auteurs sont des américains. Ils évoquent le complexe médico-industriel comme responsable du 5° risque vital soit la douleur chronique et les conséquences d’un monde libéral non encadré transformant leurs citoyens en junkies…
Je ne sais s’ils votent pour les démocrates ou pour les républicains, mais les USA ne sont pas le entire wild world. Ils peuvent demander l’asile politique à Macron pour pouvoir enfin voter Mélenchon aux prochaines élections, si le modèle américain pose tant de problèmes.

Parlons d’argent, un peu…

Selon eux : «la stratégie de traitement optimale pour chaque patient nécessite une connaissance à jour de la preuve, combinée à une forte alliance centrée sur le patient avec les personnes que nous avons la chance de prendre en charge».

Oui, oui. À 50 ou 100 $ la prise en charge ? Mais pour 16,13 €, la Sécu en a pour son argent. Et moi, les « vraies » séances, où je m’efforce de convaincre le patient que 14 fois de la viande par semaine c’est trop, que canapé/football / bière comme seul sport est insuffisant, que si, c’est bien dans son cerveau que naissent les douleurs, que, …, que, … ça m’épuise. Donc, basta cosi.

Trop facile !

Je n’ai pas besoin de ces formateurs qui se poussent du col avec une sublime prestation thérapeutique filmée ou démontrée en stage sur un patient devant un auditoire conquis d’avance.
J’ai besoin de confrères capables de m’expliquer comment ils font pour répéter les mêmes séances admirables 20 fois par jour, 5 jours par semaine, 10 mois par an…

Références bibliographiques

Mintken PE, Rodeghero J, Cleland JA.Manual therapists – Have you lost that loving feeling?! J Man Manip Ther. 2018 May;26(2):53-54. doi: 10.1080/10669817.2018.1447185

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