Il y a des liens entre l’atrophie du multifide lombaire et la présence d’une hernie discale au même niveau


Rédigé par le Lundi 15 Octobre 2018

 

Une explication quant aux études aux résultats contradictoires : la biopsie est précise / l’imagerie ne l’est pas.

 


Il y a des liens entre l'atrophie du multifide lombaire et la présence d’une hernie discale au même niveau
Il s’est écoulé quelque temps depuis que Paul Hodges [1] blessait artificiellement des disques et facettes de porcs pour observer une dégénérescence du multifide homolatéral et sous-jacent à la lésion…

Les résultats de diverses études ont démontré des liaisons peu claires entre les troubles neuro-compressifs et la morphologie des spinaux. Cette revue systématique [2] visait à synthétiser les preuves actuelles sur le sujet.

Méthodes

Les recherches ont été menées dans sept bases de données, jusqu’en octobre 2017.

Des études observationnelles avec groupes témoins ou comparant hernies, dégénérescence des facettes et/ou sténose canalaire à des modifications de la morphologie des spinaux lombaires identifiée par biopsie ou imagerie ont été incluses.
Les différences morphologiques entre individus avec et sans troubles neurocompressifs ont été comparées qualitativement et, si possible, des différences moyennes standardisées ont été obtenues.

Résultats

Vingt-huit études ont été incluses. La section des fibres des multifides lombaires, de type I comme de type II,  était plus petite du côté et en dessous de la hernie avec une différence moyenne standardisée de l’ordre de -0,40, avec une dispersion des valeurs importante (entre -0,7 et -0,09), par rapport au côté non affecté.

La distribution des fibres de type I était plus importante du côté de la hernie.

Pour les méta-analyses d’imagerie diagnostique, il n’y avait pas de différence constante entre les divers types d’évaluation pour les groupes de muscles paraspinaux lorsque les patients atteints de hernie servaient de contrôle.

Cependant, la synthèse qualitative des comparaisons entre les groupes a révélé une plus grande atrophie des muscles multifides et spinaux superficiels ou une infiltration adipeuse chez les patients atteints de hernie discale et de radiculopathie dans quatre études sur six, et une infiltration graisseuse accrue dans les muscles paraspinaux avec des degrés plus élevés de dégénérescence des facettes dans quatre des cinq études.

Des résultats contradictoires et des variations dans la méthodologie de l’étude ont empêché une conclusion claire pour la sténose canalaire.

Discussion

Cette revue systématique avance que la HD est associée à des changements morphologiques musculaires pour la taille, le type et la distribution des fibres. Plus précisément, lorsque les patients servaient de contrôle, la HD était associée à une diminution de la taille des fibres de type I et II et à une proportion accrue de fibres de type I dans le multifide sur le segment inférieur à la hernie; cela pourrait être lié à des lésions compressives des racines nerveuses conduisant à une dénervation des fibres musculaires.

Les résultats suggèrent que la compression persistante des racines nerveuses pourrait contribuer à l’atrophie des fibres musculaires fournies par ce nerf. On ne sait pas si ces changements sont permanents ou réversibles.

Par contre, les données provenant d’études utilisant l’imagerie pour mesurer la section transversale des muscles paraspinaux n’a pas permis d’identifier d’association avec une pathologie rachidienne.

Plusieurs études individuelles font état de telles associations en particulier concernant la HD avec radiculopathie chronique et l’arthrose facettaire, une infiltration graisseuse accrue avec des degrés plus élevés de dégénérescence des facettes, en particulier à L4 / 5 (où l’arthrose des facettes est le plus souvent retrouvée).

Pour le canal lombaire étroit, le nombre limité d’études, les résultats contradictoires et les principales variations de la méthodologie d’étude ont empêché toute conclusion définitive.

L’absence de constatation d’une réduction constante de la section musculaire en présence de ces conditions pathologiques spécifiques peut indiquer l’absence de relation significative; Toutefois, il est également possible que la variabilité des plans d’étude masque partiellement l’impact des modifications.

Par exemple, mélanger les mesures entre les niveaux de la colonne vertébrale plutôt que de mesurer spécifiquement «le niveau» et «au-dessous» de la hernie, mesurer au-dessus du niveau de la pathologie, regrouper tous les niveaux de la colonne vertébrale au lieu d’une analyse individuelle ou mélanger des patients souffrant de lombalgie aiguës et chroniques dans la même analyse.
Inversement, un certain nombre de variations dans la conception de l’étude ou les mesures pourraient également avoir entraîné une disparité apparente entre les résultats de la biopsie et de l’imagerie.

Cependant, les raisons morphologiques réelles de cette différence peuvent être liées à une distribution anatomique moins apparente du type de fibre et donc n’apparaissant qu’à la biopsie, ou à la complexité interne de l’anatomie générale du multifide masquant les modifications microscopiques de la taille de la fibre lors de l’imagerie.

De plus, les modalités d’imagerie ne peuvent pas fournir le même niveau de précision que les études histologiques.
Dans plusieurs études, des différences de mesures se retrouvent pour le calcul de la section. Une réduction globale de la taille peut ne pas prendre en compte la possibilité que les fascicules musculaires individuels s’atrophient et soient remplacés par une infiltration graisseuse sans réduire la croix totale du muscle.

Ce changement peut se manifester le plus clairement dans les fascicules les plus profonds du muscle multifide (visualisés sur les coupes transversales axiales de L4-S1), qui sont directement innervés par une racine nerveuse affectée L4 ou L5.

La question de l’utilisation des patients comme témoins de contrôle, par opposition à des contrôles sains (avec études d’imagerie) ou cadavériques (pour les études de biopsie) a été examinée. Les avantages d’utiliser les patients comme propres contrôles incluent la cohérence des paramètres de l’image, la qualité, la sélection du niveau de la colonne vertébrale et les paramètres du patient (par exemple, la taille correspondante, les variables âge et sexe), ainsi qu’une commodité accrue du fait du nombre réduit de participants.

Les inconvénients incluent la possibilité de facteurs de confusion inhérents, tels que l’asymétrie normale, tout effet de la variable pathologique sur le côté controlatéral ou le potentiel d’altérations neurologiques controlatérales au côté de la pathologie. Cependant, la revue n’a pas montré de résultats très variables entre les études basées sur le type de groupe témoin, sauf avec des biopsies utilisant des sujets contrôles cadavériques.

Conclusions

Chez les patients atteints de radiculopathie chronique, une hernie discale et une dégénérescence sévère des facettes sont associées à une altération de la morphologie des spinaux au niveau de la pathologie et/ou au segment sous-jacent.
Étant donné la variabilité de la qualité des études et les approches hétérogènes utilisées pour évaluer la morphologie musculaire, les auteurs se prononcent en faveur de techniques de mesure uniformes dans les études futures.

Références bibliographiques

[1] Hodges, P., Holm, A. K., Hansson, T., & Holm, S. (2006). Rapid Atrophy of the Lumbar Multifidus Follows Experimental Disc or Nerve Root Injury. Spine, 31(25), 2926–2933.

[2] Cooley JR, Walker BF, M Ardakani E, Kjaer P, Jensen TS, Hebert JJ. Relationships between paraspinal muscle morphology and neurocompressive conditions of the lumbar spine: a systematic review with meta-analysis. BMC Musculoskelet Disord. 2018 Sep 27;19(1):351. doi: 10.1186/s12891-018-2266-5

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