L’hypoalgésie induite par l’exercice : on ne sait pas quelle dose est nécessaire pour traiter la douleur chronique


woman riding bicycle
Photo de Lukasz Dziegel sur Pexels.com

Aujourd’hui, l’activité physique devrait être systématiquement proposée comme traitement de première intention de la douleur chronique. Est-ce qu’il suffit de dire «Bougez-vous !» pour que cela soit efficace ? Quelle posologie devons nous conseiller aux patients ?  

Le but de cette méta-analyse était de se prononcer sur la dose d’exercice nécessaire pour un effet donné, de façon similaire à ce qui peut se pratiquer lors de la délivrance de  traitements pharmacologiques.

Méthodes 

Les auteurs se sont servis des articles recensés par une revue Cochrane [1] sur le sujet et ont analysé à nouveau les 75 études en s’intéressant :

  • Au temps consacré à l’exercice par semaine, 
  • A la fréquence de l’exercice par semaine, 
  • A la durée de l’intervention (en semaines),  
  • A l’intensité estimée de l’exercice

L’American College of Sports Medicine recommande 30 minutes d’exercices d’intensité modérée (ex : marcher à 5 km/h, faire du vélo en dessous de 16 km/h) cinq jours par semaine pour maintenir la bonne santé cardio-vasculaire, musculo-squelettique et neuromotrice d’individus en bonne santé. 

Cette dose risque d’être trop intense pour des sujets douloureux et ayant peur de bouger.

Il est ainsi avancé qu’un exercice d’intensité faible à modérée (50–60% de la fréquence cardiaque maximale) soit suffisant pour améliorer les symptômes douloureux chroniques. 

De fait, 69 des 75 études analysées indiquent un effet positif de l’exercice sur la douleur, mais seules 30 le jugent statistiquement significatif (6 études considèrent que l’exercice induit une plus grande douleur). Des biais sont fréquemment liés à une analyse des données par des examinateurs qui ne sont pas souvent en aveugles des groupes étudiés.

Résultats 

Le tableau récapitulatif ne permet pas de déterminer une dose optimale, une fréquence optimale avec des corrélations bien fortes, sauf pour la cervicalgie et la méthode Pilates.

La modélisation des données prédit que l’augmentation de la fréquence des séances d’entraînement par semaine a très probablement un effet positif sur les patients souffrant de douleur chronique, mais les trois facteurs (temps, durée, fréquence) sont intriqués, ce qui limite les affirmations à l’emporte pièce du style «3 fois par semaine, pendant une demi-heure, avant chaque repas, dans un grand verre d’eau. QSP 6 mois».

Globalement, la preuve des effets de la dose dans de multiples contextes d’exercice suggère que d’autres explications pourraient expliquer le manque d’effets importants dans les analyses. 

Chez l’animal ?

L’évaluation de la littérature sur l’exercice chez l’animal est cruciale, car elle permet une comparaison directe des effets de la dose d’exercice entre des études dans un environnement contrôlé de la même manière.

Plusieurs études chez l’animal ont suggéré des effets métaboliques et cardio-vasculaires liés à la dose de l’exercice :

  • Dans un modèle de douleur neuropathique, la marche forcée sur tapis roulant inverse l’hypersensibilité tactile de manière dépendante de l’intensité. 
  • Il a été constaté que des rats ayant librement accès à des roues pour faire de l’exercice présentaient des seuils de douleur plus élevés, corrélés positivement avec la quantité d’activité de course exécutée. 
  • Dans un modèle de douleur musculaire non inflammatoire, cinq jours d’activité physique sur roue n’ont aucun effet sur la douleur, alors que huit semaines limitent l’hyperalgésie, ce qui indique que l’exercice chronique avait des effets positifs sur la douleur. 

Pourquoi on ne peut pas se prononcer ?

Dans les études répertoriées ici, les fréquences (1 à 7 épisodes par semaine) le temps (45 à 540 minutes par semaine) la durée (4 à 104 semaines d’intervention) étaient très variables. Les pathologies étudiées l’étaient aussi, sans qu’il soit possible de faire des sous-classifications avec des cohortes suffisantes. 

La dernière explication de la raison pour laquelle les auteurs pourraient se prononcer est qu’il est possible que le dosage de l’exercice n’ait pas réellement d’effet dans le contexte de la douleur … 

Bref…

Globalement, ces résultats ne fournissent pas suffisamment de preuves pour conclure à la présence d’un fort effet de dose de l’exercice dans la douleur. Et ça tombe bien pour nous parce qu’à raison d’une séance par semaine, 15 séances au max, …Ca se trouve, un bon discours bien appuyé, chez un patient réceptif…

Références bibliographiques 

[1] Geneen LJ, Moore RA, Clarke C, Martin D, Colvin LA, Smith BH. Physical activity and exercise for chronic pain in adults: an overview of Cochrane Reviews. Cochrane Database Syst Rev. 2017;4:CD011279. 

Sans titre[2] Polaski AM, Phelps AL, Kostek MC, Szucs KA, Kolber BJ. Exercise-induced hypoalgesia: A meta-analysis of exercise dosing for the treatment of chronic pain. PLoS One. 2019 Jan 9;14(1):e0210418. doi: 10.1371/journal.pone.0210418.

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