L’abduction passive de hanche est limitée  

Note consacrée aux observations, mesures & traitements manuels utilisés en présence d’une limitation passive de l’abduction coxo-fémorale.

Généralités 

La limitation par les adducteurs des amplitudes passives est fréquente en neurologie infantile ou en rhumatologie (coxarthrose). Ces muscles sont quasiment tous mono-articulaires mais se comportent comme des poly-articulaires et sont donc susceptibles de limiter les amplitudes d’une articulation.

De rares dysplasies peuvent retentir sur l’amplitude d’abduction. Elles sont liées à des cisaillements du noyau épiphysaire de la coxo-fémorale lors de la croissance. Ils peuvent être :

  • Postérieurs, majorés par la station assise. Ils se traduisent par une rétroversion de la tête fémorale, 
  • Inférieurs, majorés par la station debout. Ils se traduisent par une coxa-vara. 

Observations & signes cliniques

Abduction en décubitus

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Laisser pendre les jambes du patient de part et d’autre de la table permet d’évaluer la normalité de l’abduction, soit approximativement les 90° en bilatéral.

Mesures 

Goniométrie de la hanche en abduction

Matériel

Elle se fait à l’aide d’un goniomètre à grandes branches (Rocher). 

Procédure 

Le patient est en décubitus, membre inférieur controlatéral en dehors de table, le kinésithérapeute homolatéral à la hanche à tester. Demander au sujet de tenir l’une des branches du goniomètre sur ses deux EIAS (ligne bi-iliaque). Placer la deuxième branche en direction du tubercule infra-condylaire latéral, terminaison du TFL. Partir d’une position 0° sur le goniomètre. Par une prise en berceau du membre inférieur, le kinésithérapeute amène le membre en abduction en évitant tout mouvement compensatoire de rotation latérale et flexion (patella toujours au zénith). La mesure se fait par lecture directe. 

Noter que cette mesure minore fréquemment l’abduction. Ceci peut être lié aux faits :

  1. Qu’il n’existe pas d’angle droit entre la diaphyse fémorale et la ligne bi-EIAS : l’axe mécanique du membre inférieur, allant de la tête fémorale au milieu de l’articulation de la cheville, est orienté vers le médial.
  2. Que l’axe du goniomètre placé sur l’EIAS homolatérale est une approximation de la projection de l’axe articulaire réel, qui se situe au milieu du pli de l’aine.

La position 0° est donc déjà une position d’abduction.

Boussole.pngFiabilité 

La fiabilité en intra-opérateur est bonne en passif [17] comme en actif [23]. 

Validité 

Cette mesure est bien coréllée à une mesure réalisée simultanément à l’aide d’un capteur électro-magnétique fixé sur le patient, considérée comme une mesure de référence [17]. 

Variante au goniomètre-boussole

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Patient en décubitus. Une boussole de randonnée dotée d’un cadran réglable, un smartphone, placés à la face latérale de cuisse pourraient permettent d’évaluer l’angulation faite par le segment cuisse avec le Nord magnétique en fin d’abduction. 

Le parasitage pouvant résulter de la proximité de masses métalliques (table électrique), la nécessité de calibrer le smartphone, l’impossibilité de partir d’une position de référence, rendent aléatoire cette mesure apparemment facile.

Centimétrie de l’abduction horizontale (Bent knee fall-out test) 

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Nevin F, et al. Adductor squeeze test values and hip joint range of motion in Gaelic football athletes with longstanding groin pain. J Sci Med Sport. 2014 Mar;17(2):155-9

Procédure 

Le sujet est en décubitus, les hanches fléchies à 45°, les genoux fléchis à 90°, les pieds joints. Il doit laisser tomber ses genoux en dehors en gardant les pieds joints. L’examinateur applique une pression verticale douce sur les genoux pour s’assurer de la fin du mouvement. La distance entre la tête de la fibula et la table est mesurée à l’aide d’une règle indéformable graduée en centimètres. 

Boussole.pngValeurs 

Les valeurs sont de l’ordre de 15 ± 4 cm chez le sujet sain, 19 ± 4 cm chez le sujet pubalgique. Elles sont statistiquement différentes [16]. 

Mobilisations passives 

Mobilisation passive en abduction

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Procédure 

Le kinésithérapeute latéral au patient prend en berceau la jambe du patient, l’index crochetant la région sus-patellaire afin de maintenir l’extension du genou. La contre-prise s’exerce sur l’EIAS opposée en direction crâniale. Il est possible de placer le membre inférieur controlatéral en débord de table, le pied sur une chaise. Le kinésithérapeute réalise le mouvement d’abduction en veillant à ce que la patella soit toujours au zénith tout au long du mouvement : une limitation du mouvement d’abduction se compenserait par une rotation latérale et une flexion, comme lors du grand écart.

Variante membre inférieur en débord de table   

5

Le patient est en décubitus, en appui sur les coudes ou sur une têtière relevée si le décubitus strict est trop douloureux pour la région lombaire. Les cuisses sont écartées de part et d’autre de la table. L’abduction est bilatérale. Le kinésithérapeute, les deux mains et les avant-bras appuyés sur la table, réalise une prise à la face médiale de cuisse et une contre-prise à la face latérale, à l’aide de ses bras. Gagner en contracté-relâché.

Remarque importante, si vous vous rappelez vos premiers TP en K1…

Rabattre le drap d’examen sur l’abdomen du patient permet de ne pas limiter artificiellement les amplitudes par la gêne occasionnée par une abduction importante.

Autres variantes

Une contre-prise sus-trochantérienne, le placement du kinésithérapeute dans l’espace inter-crural permettent aussi une abduction en flexion de hanche relative.

Étirements musculaires

Étirement du gracile 

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Procédure 

Le patient est en décubitus, le kinésithérapeute latéral à lui. Ce dernier prend en berceau la jambe du sujet et amène le membre inférieur en abduction et flexion. Le patient doit ressentir une tension à la face médiale de cuisse, pouvant aller jusqu’au genou, témoignage de l’étirement du gracile, muscle parfois visible et palpable.

Étirement des adducteurs en décubitus, jambes en crochet 

Il nécessite une intégrité des deux genoux et n’étire pas le gracile.

9

Procédure 

Patient en décubitus dorsal, jambes en crochet, pieds posés sur la table. Le kinésithérapeute, à genoux dressés, sur la table, fait face au patient. Rabattre le drap d’examen sur l’abdomen du patient pour ne pas limiter artificiellement les amplitudes par la gêne occasionnée par une abduction importante. Exercer un appui sur le condyle médial de chaque genou ; les membres supérieurs sont tendus ou, s’il existe une rétraction trop importante, un avant-bras est placé entre les deux genoux. Gagner en contracté-relâché.

Étirement des adducteurs en latéro-cubitus 

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Procédure 

Patient en latérocubitus, le long du bord de table, tournant le dos au praticien. Praticien en contact avec le patient. Effectuer une prise en berceau du membre inférieur supralatéral. Placer la main en appui sur le grand trochanter, en direction caudale. Amener la cuisse en abduction. Gagner en contracté-relâché. 

Noter que la manœuvre est irréalisable sur des sujets à forte corpulence, sauf à placer le membre inférieur en suspension dans une cage de pouliethérapie.

Auto-traitements

Auto-étirement des adducteurs sujet debout 

«Placez vous debout latéralement à une chaise. Posez le pied sur la chaise, jambe tendue. Réalisez de la main un appui vertical à la racine de la hanche de façon à majorer l’étirement de vos muscles adducteurs. Maintenez la position durant 10 secondes. Vous devez ressentir une tension à l’intérieur de la cuisse pour que l’étirement soit efficace».

«Placez vous debout latéralement à une chaise haute ou une table. Posez le genou sur la chaise ou la table, jambe fléchie. Réalisez de la main un appui vertical à la racine de la hanche de façon à majorer l’étirement de vos muscles adducteurs. Maintenez la position durant 10 secondes. Vous devez ressentir une tension à l’intérieur de la cuisse pour que l’étirement soit efficace».

Auto-étirement des adducteurs en décubitus au mur

«Placez-vous couché sur le dos, fesses en contact avec un mur, membres inférieurs à la verticale. Laissez les tomber de part à d’autre de la verticale. Maintenez la position durant 10 secondes. Vous devez ressentir une tension à l’intérieur des cuisses pour que l’étirement soit efficace».


Références bibliographiques sur l’abord passif de la hanche

[16] Nevin F, et al. Adductor squeeze test values and hip joint range of motion in Gaelic football athletes with longstanding groin pain. J Sci Med Sport. 2014 Mar;17(2):155-9

[17] Nussbaumer S et al. Validity and test-retest reliability of manual goniometers for measuring passive hip range of motion in femoroacetabular impingement patients. BMC Musculoskeletal Disorders 2010, 11:194

[23] Sutlive TG et al. Development of a clinical prediction rule for diagnosing hip osteoarthritis in individuals with unilateral hip pain. J Orthop Sports Phys Ther. 2008 Sep;38(9):542-50

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