Thérapie passive de l’épicondylalgie

Traitements activo-passifs

Mobilisation passive lors d’un mouvement actif de serrage contre résistance manuelle

C’est une technique décrite par Mulligan et évaluée par Vicenzino, utilisable dans une épicondylalgie.

Procédure

Le kinésithérapeute identifie en premier le mouvement provoquant la douleur de l’épicondylalgie, le plus souvent lors du serrage du poing. Le patient est ensuite invité à réalier cette tâche motrice douloureuse lors d’une mobilisation passive directe en glissement appliquée répétitivement au coude.

Le patient est en décubitus, avant-bras en pronation. Il serre le poing à l’aide d’un dynamomètre de type Jamar ®, ou à défaut une balle de tennis. Le kinésithérapeute, latéral à lui, empaumant le coude, réalise un glissement de l’extrémité proximale de l’avant-bras vers le latéral, un contre-glissement de l’extrémité distal du bras vers le médial.

Remarque

Il semble que l’orientation du glissement et son intensité soient des points essentiels pour le succès de la technique. Un glissement latéral ou latéro-dorsal est préférable, une force correspondant aux deux-tiers de la force maximale pouvant être appliquée par le kinésithérapeute potentialiseraient les effets.

Posologie

Cette mobilisation lors du mouvement (MWM) est classiquement répétée 6 à 10 fois par séance, au décours de plusieurs séances.

boussoleValidité

Plusieurs études ont montré qu’une seule application de MWM permet une amélioration  immédiate de la force de serrage sans douleur, voire une élévation du seuil de douleur à la pression sur le coude, une amélioration du test neurodynamique du nerf radial [17].

Ainsi, les effets de 8 séances de thérapie manuelle de type MWM ont permis d’améliorer sur le court comme le long-terme un patient pour trois patients pris en charge (NNT de 3) [2].

Mobilisations passives et manipulations du coude douloureux

Manipulation de Mill

Procédure

Le patient est assis, le membre supérieur à traiter en abduction à 90° en rotation médiale, de façon à ce que l’olécrane soit placé au zénith. le poignet du patient est stabilisé en flexion et pronation complète de la main distale du kinésithérapeute, l’autre main étant située sur l’olécrane. En conservant la position du poignet, une manipulation majorant l’extension du coude est appliquée, avec impulsion.

boussoleValidité

Cyriax ne considérait pas favorablement cette technique, et mettait en garde les praticiens contre les risques sur le coude lors de l’extension forcée [8]. Elle n’est pas recommandée depuis [17].

Manipulation ostéopathique de la tête radiale

Procédure

Le patient est assis ou debout, le kinésithérapeute latéral à lui. Il contacte la tête radiale du pouce d’une main, emmène l’avant-bras en pronation et extension de l’autre main. La main proximale soutient le coude et lui imprime un varus.

1

Afin que le mouvement se limite à l’extension sans traumatisme pour le bec olécranien dans la fossette olécranienne humérale, la hanche du kinésithérapeute assure une butée à la main du patient. Les diverses composantes du mouvement sont majorées lors d’une mobilisation passive rapide, la main du patient percutant la hanche du kinésithérapeute.

Mobilisation passive de la tête radiale dans le plan sagittal

Procédure

Le patient est en décubitus, coude en extension et supination reposant sur la table. Le kinésithérapeute, latéral à lui, empaume l’extrémité proximale de l’avant-bras, stabilise de la main médiale l’ulna et mobilise à l’aide d’une prise pouce-index la tête radiale dans le plan sagittal. La pression du pouce est naturellement douloureuse, par compression de la branche sensitive du nerf radial.

Validité

La mobilité attribuée à l’articulation et non à l’écrasement des parties molles environnantes est discutable, puisque l’intégrité du ligament annulaire ne permet pas d’obtenir ce type de mobilité pour des intensités compatibles avec l’examen manuel [9].

Mobilisation passive et/ou manipulation vertébrale cervico-thoracique

Le traitement d’une limitation de mobilité cervicale dans une épicondylalgie latérale est encore proposé [3]. Voir les chapitres consacrés aux traitements passifs rachidiens cervical et thoracique.

Étirements des muscles épicondyliens

Etirement des épicondyliens latéraux

2

Procédure

Le patient est assis, le kinésithérapeute debout latéral à lui. Le coude est amené en extension, l’avant-bras en pronation forcée de façon à enrouler les épicondyliens autour des deux os de l’avant-bras. Le poignet est placé en flexion, les doigts sont laissés libres.  Gagner en amplitude en contracté-relâché.

Étirement des épicondyliens médiaux

3

Procédure

Le patient est assis, le kinésithérapeute debout latéral à lui. Le coude est placé en extension, le poignet en extension. Les doigts sont laissés libres. L’avant-bras est amené en supination maximale. Il est en théorie possible de placer le poignet en inclinaison ulnaire afin d’étirer préférentiellement le FRC, en inclinaison radiale afin d’étirer préférentiellement le fléchisseur ulnaire du carpe (FUC). Gagner en amplitude en contracté-relâché.

Auto-étirements du court extenseur radial du carpe

4

Procédure

Le patient réalise un étirement statique du court extenseur radial du carpe (CERC) suivi d’un renforcement excentrique des extenseurs du poignet contre la résistance de l’autre main. L’étirement du CERC se fait assis, en extension du coude, pronation, flexion du poignet et inclinaison ulnaire.

Il est pratiqué en alternance avec le travail excentrique. Son intensité est fonction de la tolérance du patient.

Auto-étirement des épicondyliens médiaux

5

Procédure

Le patient est debout en bord d’une table, sa main y est posée à plat, en extension et supination, les doigts libres ou débordant de la table. Le coude est amené en extension complète par translation ventrale. Lorsque le patient tourne le buste en direction opposée, la rotation latérale d’épaule induit une supination de l’avant-bras. La tension des épicondyliens médiaux doit être ressentie par le patient.

boussoleValidité

Ces techniques de mise en tension des muscles poly-articulaires peuvent être plus efficaces que les techniques neurodynamiques visant à améliorer les glissements du nerf médian [11].

Orthèses

Orthèse de poignet 

Vous les voyez arriver avec une orthèse de coude et ils ne trouvent pas ça très efficace ? C’est normal, c’est d’une orthèse de poignet dont ils ont besoin…

Population-cible

Patients de la quarantaine, des deux sexes, souffrant d’une épicondylalgie latérale depuis plus de trois mois.

Matériel

Futuro® reversible splint wrist brace.

Posologie

Attelle à porter 6 à 8 heures par jour.

Procédure

L’orthèse limite la flexion complète. Elle maintient le poignet entre 5 à 10° d’extension. Elle n’empêche pas les mouvements du poignet et de la main.

Validité

Comparativement à un traitement de kinésithérapie isolé basé sur l’étirement des extenseurs du poignet, l’application d’ultra-sons et de massage transversal profond sur l’épicondyle, l’ajout du port de cette orthèse de poignet, au bout de 3 semaines de traitement (9 séances réparties sur trois semaines) améliore significativement les douleurs [Kachanathu 2019]


Références bibliographiques

[2] Bisset L, Beller E, Jull G, et al. Mobilisation with movement and exercise, corticosteroid injection, or wait and see for tennis elbow: randomised trial. BMJ. 2006 Nov 4;333(7575):939

[3] Bisset LM, Vicenzino B (2015) Physiotherapy management of lateral epicondylalgia. Journal of Physiotherapy 61: 174–181

[8] Cyriax J. Manuel de Médecine Orthopédique. Collection de rééducation fonctionnelle et de réadaptation. Masson 1988

[9] Dufour M et al. Recherche de mobilités en glissements sagittaux dans l’articulation radio-ulnaire supérieure. Kinésithérapie La Revue. Vol 37. 2005 : 35-40

[11] Horng YS, Hsieh SF, Tu YK et al. The Comparative Effectiveness of Tendon and Nerve Gliding Exercises in Patients with Carpal Tunnel Syndrome: A Randomized Trial. Am J Phys Med Rehabil. 2011 Jun;90(6):435-42

[17] Vicenzino B, Cleland JA, Bisset L. Joint Manipulation in the Management of Lateral Epicondylalgia: A Clinical Commentary. J Man Manip Ther. 2007; 15(1): 50–56.

33Kachanathu SJ, Alenazi AM, Hafez AR, Algarni AD, Alsubiheen AM. Comparison of the effects of short-duration wrist joint splinting combined with physical therapy and physical therapy alone on the management of patients with lateral epicondylitis: a randomized clinical trial. Eur J Phys Rehabil Med. 2019 Mar 21. doi: 10.23736/S1973-9087.19.05280-8. Article en pré-publication

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