De la graisse dans le multifide lombaire : une histoire naturelle ?


SPELKENS Rudy Multifide gras

Est-ce que les caractéristiques démographiques, la présence de lombalgie et l’invalidité influencent la présence d’infiltrations graisseuses (IG) dans le multifide lombaire ? Cette étude vient contredire nos connaissances antérieures.

Méthodes 

Cette étude transversale a eu recours à une IRM lombaire axiale pondérée en T1 chez 107 adultes de la Chine du Sud (54 femmes et 53 hommes). Le multifide lombaire a été «découpé» en tranches par niveau lombaire. Le pourcentage de graisse a été mis en perspective avec les données démographiques, la présence de lombalgie et l’incapacité (Oswestry Disability Index).

Résultats 

  • L’infiltration graisseuse est plus élevée chez les femmes. Elle est plus importante à droite.
  • Elle augmente au niveau caudal et de médial à latéral chez les hommes (p <0,05). 
  • Elle augmente linéairement avec l’âge chez les deux sexes (p <0,01) et est nettement plus élevée en L4 & L5 qu’en L1, L2 & L3 pour les sujets âgés de 40 à 65 ans. 

Points-clés 

  • Ce serait la première étude à quantifier la géographie de l’IG dans le muscle multifide lombaire dans le plan transverse, à partir d’une IRM.
  • Elle est principalement notée en région lombaire inférieure, sa distribution spatiale dépendant du niveau lombaire plutôt que de la distribution médio-latérale dans le plan frontal.
  • Bien qu’elle augmente avec l’âge, des accumulations différentielles de la graisse ont été notés en fonction du sexe, de l’indice de masse corporelle (IMC), de la lombalgie et des profils d’invalidité entre hommes et femmes.
  • L’étude contredit les modèles antérieurs qui établissent un lien formel entre douleur, invalidité et dégénérescence graisseuse des muscles paravertébraux.

Ce qu’évoquent les auteurs 

Il s’agit d’une population asiatique qui peut avoir des caractéristiques différentes des «caucasiens» ou «hispaniques». 

L’étude confirme des proportions plus élevées d’IG chez les femmes et avec l’âge, et une susceptibilité particulière aux niveaux lombaires les plus bas chez les deux sexes. 

Cette proportion croissante d’IG de médial à latéral se retrouve particulièrement dans la colonne lombaire supérieure et chez les hommes.

La douleur autodéclarée n’avait qu’une association limitée avec la teneur en graisse paravertébrale lombaire et sa géographie, et l’incapacité des lombalgiques n’était pas liée à l’IG. 

Il existe des divergences quant aux muscles spinaux étant les plus touchés. Les superficiels sont retrouvés dans certaines études, les multifides pour d’autres.

Il est plausible que les graisses s’accumulent sélectivement à la suite de variables non examinées dans l’étude, y compris des influences génétiques comme la courbure de la colonne vertébrale et les variations anatomiques. 

L’étude a également retrouvé une propension à plus d’IG dans les muscles paravertébraux lombaires du côté droit comparativement à ceux de gauche, mais cela peut être dû à un artéfact positionnel. 

Elle montre des relations différentielles entre IG et IMC.

Les femmes ne présentaient aucune association entre IMC et IG à quelque niveau lombaire que ce soit, les hommes présentaient une relation inverse avec moins d’IG chez les participants ayant un IMC élevé.

Cette dernière observation est peut-être paradoxale mais peut indiquer que les sujets mâles emmagasinent leur graisse ailleurs que dans les muscles paravertébraux lombaires. Ceci est plausible étant donné que la composition des tissus corporels diffère considérablement d’un sexe à l’autre, le tissu adipeux sous-cutané total et abdominal étant plus élevé chez les femmes et le tissu adipeux viscéral supérieur chez les hommes. 

Contradiction 

Les constatations de l’étude semblent incompatibles avec une IG expliquée par la douleur lombaire, mais les auteurs hésitent à nier définitivement toute association de ce type : le recueil de la douleur repose sur le souvenir autodéclaré de la douleur, ce qui est sujet aux biais et peut ne pas représenter efficacement une situation complexe et variable. 

Cependant, ils ne retrouvent aucun lien entre IG et invalidité.


Références bibliographiques 

LargeRollover.00007632-201906150-00000.CVCrawford RJ, Volken T, Mhuiris ÁN, Bow CC, Elliott JM, Hoggarth MA, Samartzis D. Geography of Lumbar Paravertebral Muscle Fatty Infiltration: The Influence of Demographics, Low Back Pain, and Disability. Spine (Phila Pa 1976). 2019 Apr 2. doi: 10.1097/BRS.0000000000003060. Article sous presse

(Article en accès libre) 

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