Savoir communiquer avec le patient, le traitement ultime de la lombalgie chronique sur le long-terme


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Nous quittons de plus en plus les thérapies sophistiquées, qu’elles soient manuelles ou basées sur l’éducation motrice pour placer en premier les capacités à communiquer avec le patient.

Or, pour vendre de la climatisation aux esquimaux, il y aura toujours de bons et de mauvais vendeurs. Pas sûr que celà s’apprenne en école ou en formation continue 🙂

Cette étude contrôlée randomisée a examiné l’efficacité de la thérapie cognitive fonctionnelle (CFT) par rapport à la thérapie manuelle couplée à l’exercice (MT-EX) qu’il soit classique ou basé sur le contrôle moteur, chez les personnes souffrant de lombalgie chronique non spécifique au bout de 3 ans.

Procédure 

L’intervention comporte trois composantes principales:

A- Donner un sens à la douleur

Cette «composante cognitive» a pour but d’aider le patient à «comprendre» sa douleur sur la base de facteurs multidimensionnels identifiés lors de l’entretien et de l’examen clinique. Les croyances inutiles sont identifiées et des objectifs de changement de comportement sont convenus avec le patient.

B- Exposition contrôlée à la douleur

Cette étape consiste en :

  • Des exercices de mouvement fonctionnels, stratégies pour normaliser les comportements posturaux et de mouvement qu’ils considéraient comme douloureux, que le patient redoute ou évite. Il est progressivement exposé à ces situations.
  • Une intégration fonctionnelle de ces nouveaux comportements posturaux ou dynamiques dans les activités fonctionnelles de provocation de la douleur propres à chaque personne, à ses objectifs, afin de généraliser l’apprentissage et de renforcer l’auto-efficacité.

C- Un changement du mode de vie

Avec, sur trois à cinq semaines, une augmentation progressive de l’activité physique, si elle n’est pas suffisante, en fonction des préférences et de la présentation clinique, ainsi que des conseils sur les habitudes de sommeil et la gestion du stress, le cas échéant.

Posologie

La séance initiale dure une heure et les séances suivantes de 30 à 45 minutes.

Le patient est vu toutes les semaines pendant les 2-3 premières séances, puis à raison d’une séance toutes les 2 à 3 semaines au cours de la période d’intervention de 12 semaines, selon les besoins.

En moyenne, 7.7 ± 2.6 séances ont été réalisées pour le traitement expérimental, 8.0 ± 2.9 pour le groupe contrôle.

Formation des kinésithérapeutes

Les trois physiothérapeutes responsables de la prise en charge expérimentale avaient suivi en moyenne 106 heures de formation en TFC (ateliers, manuel clinique, accompagnement clinique direct lors de l’examen des patients et des traitements).

Les trois physiothérapeutes responsables de la prise en charge du groupe contrôle étaient spécialisés en thérapie manuelle orthopédique.

Le groupe contrôle

Après un entretien approfondi et un examen physique, le traitement consistait en des techniques de mobilisation ou de manipulation lombo-sacrée, la dose et les techniques choisies étant à la discrétion du physiothérapeute.

La plupart des patients (82,5%) ont également bénéficié d’exercices, qui comprenaient des exercices généraux ou de contrôle moteur comme programme à domicile. Les physiothérapeutes de ce groupe passaient généralement une heure avec les patients pour la consultation initiale et 30 minutes pour les suivis.

Résultats

Des réductions significativement plus importantes de l’invalidité ont été observées dans le groupe TFC, les scores ODI à 3 ans étant 6,6 points inférieurs dans le groupe TFC par rapport au groupe TM/EX (IC 95%[-10,1 à -3,1], p <0,001).

Il n’y avait pas de différence significative d’intensité de la douleur entre les groupes à 3 ans (0,6 point IC 95%[-1,4-0,3], p = 0,195).

Des réductions significativement plus importantes ont également été observées pour le groupe TFC dans les scores Hopkins Symptoms Checklist et Fear-Avoidance Belief Questionnaire.

Conclusions

La thérapie fonctionnelle cognitive est plus efficace que la thérapie manuelle et les exercices actifs standards ou basés sur le contrôle moteur pour réduire l’invalidité, la dépression / anxiété et la peur liée à la douleur, mais pas la douleur, au suivi après 3 ans.

Implications pratiques

La thérapie fonctionnelle cognitive (TFC) s’est avérée plus efficace que la thérapie manuelle et l’exercice (TM/EX) dans la réduction de l’invalidité, avec un recul de 3 ans chez les personnes souffrant de lombalgie chronique non spécifique.

La réduction soutenue de l’invalidité sans réduction concomitante de l’intensité de la douleur dans le groupe TFC suggère un découplage de la relation douleur-invalidité.

La TFC a entraîné une réduction durable de l’anxiété et de la dépression, ainsi que la peur d’avoir mal lors d’une activité par rapport à la TM/EX.

Les résultats corroborent les avantages à long terme d’une intervention individualisée axée sur le comportement, qui cible les croyances relatives à la douleur, la restauration fonctionnelle et les facteurs de mode de vie.

Reste le traitement de la douleur, qui ne semble pas être améliorée significativement. Et c’est loin d’être la dernière préoccupation du patient…

 


Références bibliographiques 

ejp.2019.23.issue-5.coverFersum KV, Smith A, Kvåle A, Skouen JS, O’Sullivan P. Cognitive Functional Therapy in patients with Non Specific Chronic Low Back Pain A randomized controlled trial 3-year follow up. Eur J Pain. 2019 Apr 11. doi: 10.1002/ejp.1399. Article sous presse

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