Penser le mouvement cervical plutôt que le faire ? Les vertus limitées de l’imagerie motrice


Les muscles posturaux sont réputés être sollicités par des contractions a minima. Ainsi, penser le mouvement pourrait suffire à ébaucher leur contraction, préparatrice de l’activité phasique des muscles superficiels.

De là à imaginer que la simple évocation du mouvement ou son observation sur quelqu’un d’autre pourrait améliorer les performances des patients ? C’est ce qu’on cherché à retrouver les auteurs de ces études sur la proprioception et la douleur des cervicalgiques :

Est-ce que l’entraînement à l’observation de l’action et l’imagerie motrice (IM) produit des modifications du sens de la position cervicale à la fin de l’intervention et 10 minutes après l’intervention par rapport à une intervention factice patients souffrant de cervicalgie chronique non spécifique ?

Est-ce qu’il modifie les seuils de douleur à la pression cervicaux ?

Méthodes

30 patients atteints de cervicalgie chronique ont été assignés au hasard au groupe actif, au groupe IM ou au groupe factice. 

Indicateurs 

Dans la première étude, le sens de la position cervicale (expérience de Revel) a été utilisé comme indicateur principal de l’effet sur la proprioception [1].

Dans la deuxième étude, les seuil de douleur à la pression de C2-C3, des trapèzes supérieurs et de l’épicondyle étaient indicateurs principaux de l’effet antalgique [2].

Procédure active

Le premier exercice consistait à maintenir la colonne cervicale dans une position neutre en position assise et à effectuer une contraction musculaire profonde pour délordoser, en double menton. 

Le deuxième exercice impliquait une contraction musculaire profonde en effectuant une translation postérieure de la tête avec la résistance d’une bande élastique.

Imagerie motrice

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Photo de Josh Hild sur Pexels.com

Les patients de ce groupe ont réalisé un protocole avec les mêmes exercices que le groupe précédent. Ils ont été informés des mouvements qu’ils devaient imaginer en leur montrant les deux exercices et les instructions précises pour chaque mouvement. Après cela, ils ont été invités à exécuter mentalement les deux exercices au cours de 2 séries de 1 minute pour chaque exercice, pour une durée totale de 4 minutes.

Groupe factice

Les patients de ce groupe ont regardé pendant le même temps d’intervention que les deux groupes précédents une vidéo documentaire composée de clips de paysages naturels, sans aucune présence humaine ni geste moteur.

Résultats

Les résultats obtenus sont franchement mitigés sur la douleur comme sur la proprioception. Le fait de réaliser une activité motrice est mieux que de ne rien faire, le fait de l’imaginer parfois aussi.

Commentaires 

Cela donne l’impression que les auteurs cherchent à mettre en évidence un impact positif à tout prix, mais il n’apparait pas nul.  On va garder l’idée en attente d’aller plus loin.

Les deux études utilisent les mêmes données, recueillies auprès des mêmes patients, aussi, cela risque de biaiser les résultats, à vouloir «forcer la main» des indicateurs pour mettre en évidence un effet thérapeutique…


Références bibliographiques 

[1] Cuenca-Martínez F, La Touche R, León-Hernández JV, Suso-Martí L. Mental practice in isolation improves cervical joint position sense in patients with chronic neck pain: a randomized single-blind placebo trial. PeerJ. 2019 Sep 12;7:e7681. doi: 10.7717/peerj.7681.

Articles en rapport avec le sujet

[2] Suso-Martí L, León-Hernández JV, La Touche R, Paris-Alemany A, Cuenca-Martínez F. Motor Imagery and Action Observation of Specific Neck Therapeutic Exercises Induced Hypoalgesia in Patients with Chronic Neck Pain: A Randomized Single-Blind Placebo Trial. J Clin Med. 2019 Jul 12;8(7)