Thérapie manuelle viscérale : peut-on sortir du mystico-gélatineux et des affirmations sans preuves ?


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Photo de Vinícius Vieira Fotografia sur Pexels.com

Vous avez lu Les Mains du Miracle ? Le chapitre du livre de Boris Dolto sur «l’âme du ventre» vous a passionné ? Vous êtes une future cible pour les formations continues en «thérapie manuelle viscérale», qui n’est pas orthopédique dans tous les sens du terme. 


Oldies but goldies, quelques études passent les années sans que leurs conclusions soient trop remises en cause… Ou pas. Retour vers le (peut être) futur. Note rédigée originellement dans ActuKiné le Dimanche 20 Septembre 2015


Il est certain que les connaissances dispensées en IFMK sont pour le moins ténues (tous les diplômés savent de quel côté se situe le foie ?). Mais, à part quelques pratiques concernant le massage du ventre pour lutter contre la constipation, notamment du patient souffrant de troubles neurologiques (88 occurrences sur Medline) et du traitement kinésithérapique des ptôses abdominales, ayant fait l’objet d’un début de validation il y a bien longtemps [1], que peut-on licitement enseigner de plus ? 

Considérer que les techniques viscérales améliorent les lombalgies ? 

«Visceral manipulation» ramène 11 occurrences dans Medline, dont une seule étude contrôlée randomisée.

Cet article s’inspirait du concept développé par Jean-Pierre Barral. Il montrait que cette thérapie n’offrait pas d’avantage thérapeutique sur le court-terme en comparaison d’une prise en charge standardisée, même si sur le long-terme les auteurs décrivaient un avantage (fortuit ?) [2] 

Dans son introduction, étaient citées deux autres études contrôlées randomisées portant sur le traitement manuel du colon descendant et le rein, les deux parues dans le Journal of Bodyworks and Movement Therapies, une revue qui ne semble pas être indexée dans Medline et dont Leon Chaitow est le rédacteur en chef. 

Sensibilité lombaire et colon descendant : 

Celle concernant le colon descendant [3], fait part d’une modification de la sensibilité lombaire à la pression de sujets sains (étudiants en ostéopathie sensés être naïfs du traitement réalisé) après application de techniques sur l’organe. 

Lombalgie et course rénale : 

Celle à propos du rein [4] se base sur des modifications dans la course du rein en inspiration / expiration (pulmonaire…) mesurées à l’échographie, toujours inspirée du même concept, est de meilleure qualité et pose question. 

Réalisée sur des sujets asymptomatiques et des sujets lombalgiques, elle a cherché à déterminer comme hypothèse principale si les patients souffrant de lombalgie non spécifique présentaient une réduction de la mobilité rénale par rapport aux sujets sains comparables et comme hypothèses secondaires si l’application de techniques viscérales dédiées aux reins de sujets lombalgiques amélioraient la mobilité de l’organe et apportaient un amélioration de la douleur sur le court-terme, comparativement à une prise en charge placebo. Ils concluent à un avantage en faveur des techniques, qui modifie la course du rein (étonnant, non ?) comme sur la douleur. 

L’une des techniques est une technique de mobilisation en latérocubitus attribuée à Still, l’autre s’apparente à une technique «d’écoute de la motilité» en position assise. Le traitement contrôle étant une imposition des mains dans le temps imparti par les techniques, délivrée par une personne qui n’avait aucune connaissance de l’anatomie ni aucune expérience en thérapie manuelle *. 

Licciardone et la levée des tensions du psoas : 

Dans cette étude [5] et ses études secondaires [6, 7] sur le même échantillon montrant un effet thérapeutique cliniquement significatif de la prise en charge ostéopathique de la lombalgie chronique, les différents praticiens devaient entre autres signes cliniques reconnus des ostéopathes estimer si le psoas apparaissait comme plus induré d’un côté. 

Comme pour les autres signes cliniques, dans un deuxième temps, il fut recherché si les patients répondant au traitement présentaient les signes cliniques recherchés et traités. Il s’avère que la réussite du traitement était indépendante de la présence ou non des «lésions» retrouvées **. 

Ce qu’en retient Saint-Thomas : 

* Les traitements délivrés par un professionnel de santé semblent plus efficace que ceux délivrés par sa secrétaire. 

** Ca ne sert à rien d’apprendre des évaluations et des tests, il suffit simplement d’avoir envie de masser le ventre des lombalgiques. 

Faire lanterner pour un éclairage sur les vessies ? 

Les ostéopathes font bien ce qu’ils veulent et s’ils estiment que, pour devenir un bon ostéopathe, il faut des semaines d’écoute et de pratiques qui leurs sont propres, libre à eux. Mais pour des kinésithérapeutes sensibilisés à l’evidence-based-practice ? 

A la vue de la quasi-absence de références bibliographiques, devons-nous consacrer deux heures à faire le tour de tout ce que nous savons ou inviter les confrères à passer deux semaines pour écouter tout ce que nous croyons connaître ? 


Références bibliographiques : 

[1] S. Lebré, D. Michon, J.M. Dambrine. Incidence du massage abdominal sur la mobilité lombaire en flexion et le rentré actif de l’abdomen. Annales de Kinésithérapie. Volume 27. 2000 

[2] Panagopoulos J et al. Does the addition of visceral manipulation alter outcomes for patients with low back pain? A randomized placebo controlled trial. Eur J Pain. 2015 Aug;19(7):899-907. 

[3] McSweeney, T.P., Thomson, O.P., Johnston, R. (2012). The immediate effects of sigmoid colon manipulation on pressure pain thresholds in the lumbar spine. J Bodyw Mov Ther 16, 416–423. 

[4] Tozzi, P., Bongiorno, D., Vitturini, C. (2012). Low back pain and kidney mobility: Local osteopathic fascial manipulation decreases pain perception and improves renal mobility. J Bodywork Mov Ther 16, 381–391. 

[5] Licciardone JC, Aryal S, Clinical response and relapse in patients with chronic low back pain following osteopathic manual treatment: Results from the OSTEOPATHIC Trial, Manual Therapy (2014) 

[6] Licciardone, J.C., Minotti, D.E., Gatchel, R.J., Kearns, C.M., and Singh, K.P. Osteopathic manual treatment and ultrasound therapy for chronic low back pain: a randomized controlled trial. Ann Fam Med. 2013; 11: 122–129 

[7] Licciardone JC, Kearns CM, Crow WT. Changes in biomechanical dysfunction and low back pain reduction with osteopathic manual treatment: results from the OSTEOPATHIC Trial. Man Ther. 2014 Aug;19(4):324-30.

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