Dans une rachialgie, faut-il brûler le ganglion spinal ?


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Le principe du traitement par radiofréquence

La thérapie par radiofréquence (RF) est l’une des procédures les plus adaptées à la prise en charge des douleurs, en raison de son faible taux de complication (<1%) et de son coût relativement faible par rapport à la chirurgie. 

Il s’agit d’une technique percutanée utilisant des courants pour détruire ou moduler les réponses neurales, visant à perturber la transmission des signaux de douleur vers la moelle épinière et le cerveau. 

Il existe deux types de procédures, la RF conventionnelle (CRF) et la RF pulsée (PRF). La première ont un effet thermique de plus de 70 degrés Celsius, soulagent la douleur en endommageant directement de petites branches des nerfs périphériques ou même centraux. 

La seconde en revanche, utilise une température inférieure à 45 degrés Celsius et offrent un effet comparable de réduction de la douleur. 

Le ciblage par radiofréquence pulsée sur le ganglion de la racine dorsale (DRG-PRF) est une thérapie interventionnelle précise pour soulager les douleurs lombo-sacrées et cervicales radiculaires. 

De plus, la PRF provoque moins de gêne, de névrite ou de lésions nerveuses motrices pendant et après l’intervention que la CRF. 

Vous n’êtes a priori pas près de faire ça demain

Une méthode guidée par fluoroscopie a été utilisée pour chaque traitement. Tous les patients ont été mis en position couchée. Des vues antéro-postérieures, obliques et latérales sont prises sur des patients allongés pour guider les aiguilles avec précision dans les neuroforamens ciblés, et la localisation du ganglion spinal se fait en injectant 0,5~1 ml d’un produit de contraste. La RF pulsée est délivrée (fréquence de 1 Hz, durée d’impulsion de 20 ms, température de 42 degrés Celsius à l’extrémité de l’électrode et durée du traitement pendant 120 s). Un mélange d’un millilitre de triamcinolone et de lidocaïne est injecté dans le ganglion ciblé après chaque traitement. Toutes les complications immédiates liées à la PRF ont été enregistrées. L’échelle d’évaluation numérique (NRS) préopératoire et postopératoire d’une semaine, d’un mois et de trois mois, ainsi que l’utilisation de médicaments analgésiques sont enregistrés. Un traitement réussi est défini comme une baisse de plus de 4 sur l’échelle numérique et une diminution des médicaments analgésiques [Hong 2020]. 

Son efficacité

Objectifs :

Le ciblage par radiofréquence pulsée sur le ganglion de la racine dorsale (DRG-PRF) permet de soulager précisément la douleur sans endommager de façon permanente les tissus nerveux. 

Patients et méthodes : 

Un examen rétrospectif [Hong 2020] des dossiers de 42 patients consécutifs ayant subi une PRF entre 2015 et 2016 a été réalisé. Tous les patients avaient reçu un traitement pharmaceutique ou une physiothérapie avant la PRF. 

Les diagnostics comprenaient des céphalées cervicogènes, des cervicalgies, des rachialgies hautes ou basses, avec ou sans radiculopathie. 

Toutes ont été traitées par DRG-PRF selon les dermatomes segmentaires correspondants. 

Résultats : 

L’âge moyen des patients était de 56,9 ± 14,8 ans (50 % d’hommes). 

76% de rachialgiques, 60% de PRF visant à traiter de nouvelles douleurs chroniques (durée inférieure à 6 mois). 

Les douleurs préopératoires étaient de 7,6 ± 1,1 ; les douleurs post-opératoires d’une semaine, d’un mois et de trois mois étaient respectivement de 2,5 ± 2,1, 3,0 ± 2,4 et 3,2 ± 2,4. 

Le traitement a permis une diminution significative des rachialgies (p < 0,001), de réduire significativement et de désamorcer l’utilisation de médicaments analgésiques à 3 mois postopératoires (p < 0,001). 

Aucune séquelle neurologique permanente n’a été constatée, à l’exception de 2 patients (4,7 %) qui ont eu une paresthésie transitoire avec une légère faiblesse motrice après la PRF qui s’est résolue spontanément en quelques heures.

Conclusion : 

Les DRG-PRF diminuent significativement le NRS et diminuent et désamorcent l’utilisation de médicaments analgésiques dans les 3 mois suivant l’intervention chez les patients rachialgiques. Le DRG-PRF est efficace pour les nouvelles douleurs chroniques et les douleurs chroniques établies, et offre une réduction similaire de la douleur pour les patients souffrant de douleurs radiculaires ou non radiculaires.

Pourquoi le ganglion spinal dans les rachialgies ?

Le ganglion de la racine dorsale (GRD) est montré du doigt par Butler & Moseley dans Explain Pain. Ce qu’ils appellent le «mini-brain» est pour eux l’une des causes des cervicalgies et explique l’attitude en translation antérieure de la tête des patients, destinée à éviter sa compression produite par l’extension vertébrale. 


Oldies but goldies, quelques études passent les années sans que leurs conclusions soient trop remises en cause… Ou pas. Retour vers le (peut être) futur. Note rédigée originellement dans ActuKiné le Lundi 13 Janvier 2014


Jull & Falla décrivent cette attitude comme étant la conséquence d’une faiblesse des fléchisseurs profonds, incapables de tenir leur rôle de remparts convexitaires lors de la fatigue du cou des cervicalgiques, mais comme nous sommes toujours prêts a accepter une nouvelle hypothèse (nous n’en sommes pas à une près…), ça vaut toujours le coup d’aller fureter sur Medline pour chercher «dorsal root ganglion AND cervical pain», parce que la bibliographie des deux compères n’est pas récente, récente, même dans la dernière édition. 

Là, ça se complique. Parce qu’il y a bien des pistes fraîches, parfois en accès libre, mais elles sont biochimiques, neuro-inflammatoires et of course en anglais. 

Une étude en anglais (vu le nom des auteurs, on a échappé au tchèque) [1] a contraint de façon unilatérale le nerf sciatique (just proximal to his trifurcation, c’est où ?) de rats en le réduisant d’un tiers de diamètre par ligature. Comparativement aux rats témoins, il existe une altération biochimique des GRD qui s’étend le long de la moelle épinière jusqu’aux cervicales et de façon controlatérale (ne m’en demandez pas plus). 

Une mise au point par un chiropraticien américain dans une revue de médecine légale [2] passe en revue les causes de cervicalgies attribuée à un fléau cervical, signalant que l’extension brutale voire extension en rotation de tête est susceptible de comprimer ce GRD, selon une modélisation. 

Une autre mise au point (à ne pas rater, bien qu’à déchiffrer) [3] reprend ces notions d’une diffusion des troubles, algies, dermalgies, douleurs référées, puisque même dans un «banal» syndrome du canal carpien, le dessin de la douleur montre des souffrances ne respectant pas uniquement le territoire du médian. Coppieters et ses collègues donne ce GRD comme pouvant être responsable par neuro-inflammation de cette diffusion et recommande une approche plus large des symptômes. 

Une étude animale [4] retrouve cette hyperalgésie mécanique chez des rats auxquels on a imposé un traumatisme par fléau cervical. 

Et pour les traitements ? 

Ca se prépare, avec comme d’habitude des traitements invasifs [5], comme par exemple l’administration d’ondes radar in situ [6], consistant à échauffer le GRD sans le détruire en le calcinant, puisque l’augmentation de température est limitée à 42°C. Ca n’a pas l’air de marcher sur tous, mais quand même… 

Je sens que je vais booster mon Berrardo ; après tout un échauffement modéré avec des ultra-sons passant bien dans le gras contrairement à leurs ondes courtes, ça devrait le faire. Déjà que je trouvais assez fréquemment des douleurs limitée à un étage et à un côté chez les rachialgiques avec le potard à la limite du supportable (bon, c’est vrai, on trouve ce qu’on cherche et le niveau de preuves est nul, mais ça me laisse du temps pour causer avec le patient de sa douleur, et ça, c’est thérapeutique, ils disent les Butler & Moseley). 

M’enfin, pour les ultra-sons sur les cervicales, pas trop loin du cerveau et du bulbe… 


Références bibliographiques : 

[1] Dubový P, Brázda V, Klusáková I, Hradilová-Svíženská I. Bilateral elevation of interleukin-6 protein and mRNA in both lumbar and cervical dorsal root ganglia following unilateral chronic compression injury of the sciatic nerve. J Neuroinflammation. 2013 May 1;10:55. doi: 10.1186/1742-2094-10-55. 

Article disponible en ligne 

[2] Davis CG. Mechanisms of chronic pain from whiplash injury. J Forensic Leg Med. 2013 Feb;20(2):74-85. doi: 10.1016/j.jflm.2012.05.004. Epub 2012 Jul 4. 

Résumé de l’article disponible en ligne 

Li-Wei Hong, Ko-Ting Chen. A real-world evidence of a consecutive treatment of 42 spine-related pain using dorsal root ganglion-pulsed radiofrequency (DRG-PRF). Clin Neurol Neurosurg. 2020 Oct;197:106186. doi: 10.1016/j.clineuro.2020.106186.

[3] Schmid AB, Nee RJ, Coppieters MW. Reappraising entrapment neuropathies–mechanisms, diagnosis and management. Man Ther. 2013 Dec;18(6):449-57. doi: 10.1016/j.math.2013.07.006. Epub 2013 Sep 2. 

Résumé de l’article disponible en ligne 

[4] Dong L, Quindlen JC, Lipschutz DE, Winkelstein BA. Whiplash-like facet joint loading initiates glutamatergic responses in the DRG and spinal cord associated with behavioral hypersensitivity. Brain Res. 2012 Jun 21;1461:51-63. doi: 10.1016/j.brainres.2012.04.026. 

Article disponible en ligne 

[5] Shanthanna H, Chan P, McChesney J, Paul J, Thabane L. Assessing the effectiveness of ‘pulse radiofrequency treatment of dorsal root ganglion’ in patients with chronic lumbar radicular pain: study protocol for a randomized control trial. Trials. 2012 Apr 28;13:52. doi:10.1186/1745-6215-13-52. 

Article disponible en ligne 

[6] Choi GS, Ahn SH, Cho YW, Lee DK. Short-term effects of pulsed radiofrequency on chronic refractory cervical radicular pain. Ann Rehabil Med. 2011 Dec;35(6):826-32. doi: 10.5535/arm.2011.35.6.826. 

Article disponible en ligne

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