Tests de l’artère vertébrale


Oui, nous devrions les abandonner

Bien qu’il ne semble pas y avoir de lien de causalité entre la manipulation vertébrale cervicale et les événements indésirables majeurs, il reste important que les thérapeutes manuels puissent tenter de prévenir tout EIM potentiel. 

Bien que la validité des tests de position pour l’insuffisance vertébro-basilaire ait été mise en doute, l’utilisation de ces tests a été encore recommandée récemment.

Cependant :

  • Leur faible sensibilité peut conduire à un trop grand nombre de faux négatifs. 
  • Le test de l’artère vertébrale est incapable de produire de façon constante une diminution du flux sanguin dans l’artère vertébrale controlatérale chez les personnes en bonne santé
  • Il existe de nombreux cas de déclaration d’événements indésirables majeurs après un test négatif, ce qui indique que les tests n’ont pas de rôle dans l’évaluation du risque de pathologie neurovasculaire grave, comme la dissection de l’artère cervicale, événement indésirable majeur le plus fréquemment décrit après une manipulation vertébrale cervicale. 
  • Les tests ne sont pas prédictifs et ne semblent pas apporter de valeur ajoutée à l’entretien avec le patient en ce qui concerne la détection des troubles vertébro-basilaires ou d’une autre pathologie vasculaire. 
  • En outre, un test négatif peut être interprété à tort comme permettant «à coup sûr de manipuler sans risque». Par conséquent, l’utilisation des tests ne peut être recommandée et doit être abandonnée.

Ces données sont développées dans l’article [Hutting 2020], en accès libre.


Test de l’artère vertébrale

Ce test ancien se proposait de vérifier la permeabilité de l’artère vertébrale, avant de manipuler ou mobiliser passivement le cou. 

Principe 

Il semble que chez les adultes en bonne santé le système vasculaire cérébral puisse compenser une diminution du flux dans une ou plusieurs artères en augmentant le flux dans d’autres artères, pour maintenir la perfusion cérébrale [Thomas 2015], mais est-ce transposable au sujet âgé et/ou pathologique ? Les rapports entre l’artère vertébrale et les corps vertébraux restent très étroits : par leur battement et leur proximité, les artères tortueuses laissent leur empreinte sur C1 (sillon de l’artère vertébrale) voire sur C2 [Peng 2009]. 

Une étude cadavérique mentionne que les mouvements de rotation controlatérale et/ou d’inclinaison homolatérale cervicale supérieure entraînent un fort déplacement de l’artère vertébrale [Le Roux 1994], or la combinaison de ces deux mouvements est de règle lors de la manipulation vertébrale. Il a été évoqué des positions d’hyper-extension maintenues pouvant être responsables de clampage d’une ou des artères vertébrales, pour laquelle le traitement manuel manipulatif serait potentiellement dangereux. 

Cette revue systématique [Kranenburg 2019] porte sur 31 études qui comprenaient des données sur 2254 sujets et résume les faits :

  • Une diminution significative de l’hémo-dynamique de l’artère vertébrale notamment en rotation maximale isolée ou couplée à l’extension maximale est fréquemment retrouvée.
  • Une diminution similaire de l’hémo-dynamique a été retrouvée sur les artères carotides internes et intra-crâniennes.
  • Trois études portant sur les modifications hémodynamiques lors des manipulations vertébrales, ne signalent aucune altération.
  • Globalement, dans la majorité des cas, la plupart des positions et des mouvements de la région cranio-cervicale n’ont pas d’effet notable sur le flux sanguin, ce qui peut se comprendre : perdre connaissance lorsque le regard se tourne brusquement vers le lion qui nous poursuit n’aurait pas été judicieux pour la survie de l’espèce.
  • Pas de clampage, donc.

Procédure

7

Le patient est en décubitus, le kinésithérapeute amène passivement la tête en extension et inflexion latérale. Le cou est tourné du même côté et maintenu dans cette position une trentaine de secondes. Le test est réputé positif lorsqu’il déclenche des symptômes, liés à une atteinte homolatérale, à type d’étourdissement, de nystagmus, nausées, vertiges, malaise, scotomes, qui peuvent être attribués à une réduction du débit artériel vertébral. 

Fiabilité inter-examinateurs

BoussoleIl existe une absence de valeur des différents tests de posture pré-manipulatifs dans la prévention des accidents. Ce test peu fiable voire dangereux, non prédictif, est à abandonner [Vautravers 2000]. 

Validité

Un ralentissement très important du flux artériel dans l’artère vertébrale controlatérale à la rotation peut être retrouvé [Viel 1984], l’extension seule ne semblant pas produire d’occlusion. Il existe de fréquentes variations des processus transverses de C1 comme du passage de l’artère vertébrale, entre les sujets mais aussi entre la gauche et la droite d’un même sujet, ce qui peut expliquer la labilité du test [Van Roy 1997]. Le test lui-même n’est pas sans danger, le maintien prolongé de la tête en position pouvant être responsable du trouble [Di Fabio 1999]. 

Dopplerographie vertébrale ambulatoire

Le patient est assis, le praticien, debout en arrière de lui, juge de la perméabilité de l’artère vertébrale à l’aide d’un doppler. 

Fiabilité 

BoussoleLa fiabilité de cet examen est faible (κ entre 0.15 à 0.26) et vraisemblablement peu valide : l’examen réalisé sur des sujets sains en position neutre et en fin de rotation controlatérale montre de l’ordre de 30% de sujets présentant des perturbations du flux artériel [Thomas 2009]. 

Validité

Selon le résumé de cette étude [Leenaerts 2020], la dopplérographie de l’artère vertébrale, modifiée par la mise en rotation controlatérale maximale en C1-C2, n’est pas sensible au fait que les sujets présentent ou non une limitation du rachis cervicale supérieur (je suppose à l’aide du test de flexion rotation cervicale supérieure ?). 

La prise pré-manipulatrice et la rotation maximale ont diminué de manière significative tous les paramètres, principalement dans l’artère vertébrale gauche (pourquoi juste à gauche ?), mais aucune différence significative n’a été constatée entre les participants présentant ou pas une limitation en C1-C2.

Validité 

Références bibliographiques Comparé à Se Sp RV+ RV-
Thomas 2009 (valeurs minimales) Échographie 0,25 0,78 1,14 0,96
Thomas 2009 (valeurs maximales) Échographie 0,38 0,88 3,17 0,70

Échographie de l’artère vertébrale


Références bibliographiques 

Di Fabio RP. Manipulation of the cervical spine: risks and benefits. Phys Ther. 1999;79:50-65

grandebretagnehollandeNathan Hutting, Hendrikus Antonius Rik Kranenburg, Roger Kerry. Yes, we should abandon pre-treatment positional testing of the cervical spine. Musculoskelet Sci Pract. 2020 Oct;49:102181. doi: 10.1016/j.msksp.2020.102181.

Kranenburg R, Tyer R, Schmitt M, Luijckx GJ, van der Schans C, Hutting N, Kerry R. Effects of Head and Neck Positions on Blood Flow in the Vertebral, Internal Carotid, and Intracranial Arteries: A Systematic Review. J Orthop Sports Phys Ther. 2019 Jul 5:1-59. doi: 10.2519/jospt.2019.8578. Article en pré-publication.

Tom Leenaerts, Wouter Molenaar, Erik Cattrysse. Changes in Vertebral Arterial Blood Flow During Premanipulative Tests in Participants With Upper Cervical Spine Motion Restriction. J Manipulative Physiol Ther. 2020 Apr 17;S0161-4754(20)30001-4. doi: 10.1016/j.jmpt.2019.10.002.

Le Roux P. Le Nechet A. Etude dynamique de l’artère vertébrale lors de la mobilisation du rachis cervical. Annales de Kinésithérapie tome 21 n°7, p 359-364. 1994

Peng C et al. Vertebral artery injury in cervical spine surgery: anatomical considerations, management, and preventive measures. The Spine Journal Volume 9, Issue 1, January 2009, Pages 70-76

Thomas LC et al. Validity of the Doppler velocimeter in examination of vertebral artery blood flow and its use in pre-manipulative screening of the neck. Manual Therapy, Volume 14, Issue 5, October 2009, Pages 544-549

Thomas LC et al. The effect of end-range cervical rotation on vertebral and internal carotid arterial blood flow and cerebral inflow: A sub analysis of an MRI study. Man Ther. 2015 Jun;20(3):475-80

Van Roy P et al. Left-right asymmetries and other common anatomical variants of the first cervical vertebra. Manual Therapy. p 24-36, Volume 2, Number 1, 1997

Vautravers P. Maigne J-Y. Manipulations cervicales et principe de précaution. Revue du rhumatisme p 349-54. 67. 2000

Viel E. Clarijs J. Biomécanique du rachis cervical et implications en rééducation. Annales de Kinésithérapie tome 11 n°3 p 57-67. 1984

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