Pied bot : quelle méthode ?


Touthânkhamon et son pied bot

Généralités

Le pied bot idiopathique est une malformation de naissance courante qui se produit dans un cas sur 1 000 naissances.

Dans 80 % des cas, l’étiologie est inconnue et on parle de pied bot idiopathique, dont près de 25 % ont des antécédents familiaux [1-5].

Les méthodes conservatrices les plus connues sont la méthode Ponseti (MP) et la méthode de physiothérapie fonctionnelle (FPM), également appelée méthode française (comprenant la méthode Robert Debré et la méthode Saint Vincent de Paul).

La MP comprend la mobilisation, les plâtres en série, la ténotomie du tendon d’Achille et l’attelle d’abduction du pied. Plusieurs études ont rapporté que la MP permettait d’obtenir la correction initiale en un temps plus court (3 à 13 moulages), et que 79% à 96% des cas sont soumis à une ténotomie.

La FPM est aussi efficace que la PM, et les différences entre elles n’atteignent pas la signification statistique [6,7-9]

Cette étude cherche à comparer l’efficacité dans le traitement conservateur du pied bot (méthode Robert Debré (RD) versus méthode Saint Vincent de Paul (SVP)).

Ces méthodes utilisent des mobilisations du pied, des bandages, des attelles et des exercices adaptés au développement moteur de l’enfant visant à obtenir un pied plantigrade et fonctionnel. Le traitement est prolongé après la phase de correction (environ 3 mois) jusqu’à ce que l’enfant atteigne une marche indépendante.

Le postulat de base était que la méthode Saint Vincent était la meilleure et avait de meilleurs résultats et des taux de recours à la chirurgie réduit.

Méthodes 

Etude rétrospective de 71 pieds bots idiopathiques de 46 enfants nés entre février 2004 et janvier 2012,

Evalués par l’échelle de Dimeglio-Bensahel

dimiglio

Source Tripathy et al

34 pieds ont été traités avec la méthode Robert Debré (avant 2009) et 37 pieds avec la méthode Saint Vincent de Paul (à partir de 2009).

Les enfants avaient de 1 à 45 jours au début du traitement.

Pour obtenir un pied plantigrade, le résultat (à minimum à 2 ans) pour le patient a été défini comme suit

  • Très bon, lorsqu’il est obtenu uniquement par la physiothérapie
  •  Bon, complété par une ténotomie percutanée des cordes au talon
  • Moyen, complété par une libération limitée
  • Mauvais, complété par une libération complète.

Protocole

L’adhésion des parents au traitement est une condition préalable à la réussite du traitement.

Les parents reçoivent des instructions sur l’utilisation de l’attelle et sur l’importance de respecter rigoureusement le protocole.

(1) Stade de réduction des déformations : les 3 premiers mois, avec une physiothérapie quotidienne 30 minutes par pied

(2) Stade de maintien : à partir du 4ème mois jusqu’à la mise debout, avec une physiothérapie deux ou trois fois par semaine. Les parents ont été formés par le physiothérapeute pour effectuer quotidiennement des étirements, des bandages, des attelles et des exercices ; ils ont effectué ces tâches lors de certaines séances afin de vérifier l’entraînement

(3) Stade de la station debout et de la marche : mobilisations passives, avec physiothérapie active une ou deux fois par semaine, adaptées au développement moteur de l’enfant. Dans les cas où nous avons observé une légère adduction de l’avant-pied lorsque l’enfant marchait, un bandage souple a été appliqué à utiliser avec la chaussure afin d’améliorer le soutien et de réaligner le pied avec la jambe.

pied bot manipulation
pied bot debout

La kinésithérapie était arrêtée lorsque l’enfant marchait correctement.

Ensuite, un contrôle chaque mois, puis éventuellement tous les 3 à 6 mois, et tout au long de la croissance pour détecter toute déficience fonctionnelle. En cas de détérioration, l’enfant était à nouveau orienté vers la kinésithérapie.

Les attelles devrait être gardées jusqu’à 4-5 ans, en fonction de la gravité et de l’évolution.

Résultats 

Des comparaisons entre les traitements ont été effectuées avec les tests χ2 pour les variables nominales et le test U pour les variables numériques. Le test OR a été utilisé pour déterminer le taux de rechute des approches.

Le taux de réussite était de 25 % (bons et très bons résultats) avec la méthode RD ; une différence cliniquement pertinente d’au moins 40 % de succès en plus avec la méthode SVP, il faudrait un échantillon de 31 pieds dans chaque groupe de traitement pour atteindre une puissance d’étude de 90 % dans les tests d’hypothèses bilatéraux avec un niveau de signification statistique avec un p ≤ 0,05.

L’échantillon final était de 67 pieds bots idiopathiques pour 43 enfants (3 enfants retirés du fait d’un manque de données)

La libération complète n’était pas nécessaire dans tous les cas :

– une libération postérieure limitée a été effectuée dans 23 cas (74%) avec la méthode RD et 9 (25%) avec la méthode SVP (P < 0,001).

– une ténotomie percutanée des cordes au talon a été réalisée dans 2 pieds traités par la méthode RD (7 %) et 6 pieds (17 %) traités par la méthode SVP (P < 0,001).

Six pieds dans le groupe RD (19 %) et vingt et un pieds (58 %) dans le groupe SVP n’ont pas nécessité d’intervention chirurgicale (P < 0,001).

Conclusion 

Cette étude montre une supériorité de la méthode Saint Vincent de Paul par rapport à la méthode Robert Debré.

Les auteurs concluent sur l’importance de l’adhésion des parents et la formation des kinésithérapeutes à la méthode.

Il faut garder à l’idée que cette étude est rétrospective et qu’elle est donc susceptible d’introduire des biais.

Références bibliographiques

García-González NC, Hodgson-Ravina J, Aguirre-Jaime A. Functional physiotherapy method results for the treatment of idiopathic clubfoot. World J Orthop. 2019 Jun 18;10(6):235-246. doi: 10.5312/wjo.v10.i6.235. PMID: 31259147; PMCID: PMC6591699.

1. Wang H, Barisic I, Loane M, Addor MC, Bailey LM, Gatt M, Klungsoyr K, Mokoroa O, Nelen V, Neville AJ, O’Mahony M, Pierini A, Rissmann A, Verellen-Dumoulin C, de Walle HEK, Wiesel A, Wisniewska K, de Jong-van den Berg LTW, Dolk H, Khoshnood B, Garne E. Congenital clubfoot in Europe: A population-based study. Am J Med Genet A. 2019;179:595–601. 

2. Siapkara A, Duncan R. Congenital talipes equinovarus: a review of current management. J Bone Joint Surg Br. 2007;89:995–1000. 

3. Gurnett CA, Boehm S, Connolly A, Reimschisel T, Dobbs MB. Impact of congenital talipes equinovarus etiology on treatment outcomes. Dev Med Child Neurol. 2008;50:498–502. 

4. Merrill LJ, Gurnett CA, Siegel M, Sonavane S, Dobbs MB. Vascular abnormalities correlate with decreased soft tissue volumes in idiopathic clubfoot. Clin Orthop Relat Res. 2011;469:1442–1449. 

5. Pavone V, Chisari E, Vescio A, Lucenti L, Sessa G, Testa G. The etiology of idiopathic congenital talipes equinovarus: a systematic review. J Orthop Surg Res. 2018;13:206.

6. Zapata KA, Karol LA, Jeans KA, Jo CH. Gross Motor Function at 10 Years of Age in Children With Clubfoot Following the French Physical Therapy Method and the Ponseti Technique. J Pediatr Orthop. 2018;38:e519–e523.

7. Jeans KA, Erdman AL, Jo CH, Karol LA. A Longitudinal Review of Gait Following Treatment for Idiopathic Clubfoot: Gait Analysis at 2 and 5 Years of Age. J Pediatr Orthop. 2016;36:565–571. 

8. El Batti S, Solla F, Clément JL, Rosello O, Oborocianu I, Chau E, Rampal V. Initial treatment of congenital idiopathic clubfoot: Prognostic factors. Orthop Traumatol Surg Res. 2016;102:1081–1085. 

9. Richards BS, Faulks S, Razi O, Moualeu A, Jo CH. Nonoperatively Corrected Clubfoot at Age 2 Years: Radiographs Are Not Helpful in Predicting Future Relapse. J Bone Joint Surg Am. 2017;99:155–160.

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