Diététique & douleurs chroniques, un nouveau champ d’action pour les kinésithérapeutes


 

ruban bleu mesurant sur une balance carree en verre transparent

Le régime alimentaire occidental standard est riche en aliments transformés hyper-appétissants qui remplacent les aliments complets riches en nutriments, ce qui entraîne une inflammation et un stress oxydatif.

Dans le monde entier, la prévalence de l’obésité a augmenté de façon spectaculaire depuis les années 1980. Poussée par un accès facile à des aliments riches en énergie et un mode de vie sédentaire, l’obésité est devenue mondialement un problème majeur socio-économique comme de santé au XXIème siècle, conduisant à la résistance à l’insuline, à la création d’un milieu pro-inflammatoire et hypoxique, et au diabète de type 2. Plus récemment, on s’est également inquiété de l’augmentation de la prévalence des cancers liés à l’obésité. 

Contexte : 

Peu de recherches ont été menées sur la façon dont des facteurs métaboliques défavorables peuvent être associés à la neuro-plasticité inadaptée observée dans la douleur chronique et sur la possibilité de les atténuer par une approche nutritionnelle ciblée. L’objectif de cette étude était d’examiner les preuves des interventions diététiques à base d’aliments complets dans la gestion de la douleur chronique.

Méthode : 

Deux examinateurs indépendants ont passé en revue les études et évalué le risque de biais. Une méta-analyse a été réalisée.

Résultats : 

Quarante-trois études portant sur 48 groupes de patients souffrant de douleurs chroniques et recevant une intervention diététique à base d’aliments complets ont été identifiées. Il s’agissait notamment de protocoles d’élimination (n = 11), de régimes végétariens/végétaliens (n = 11), de modifications d’un seul aliment (n = 11), de restrictions caloriques/macro-nutriments (n = 8), d’une concentration d’oméga-3 (n = 5) et de régimes méditerranéens (n = 2). 

L’échelle visuelle analogique était la mesure de la douleur la plus fréquemment rapportée, 17 groupes ayant signalé une amélioration cliniquement objective (une réduction de deux points ou de 33 % sur l’échelle visuelle analogique). 

Vingt-sept études ont rapporté une amélioration significative sur les mesures métaboliques secondaires. 

Vingt-cinq groupes ont été inclus dans une méta-analyse qui a montré un résultat significatif pour l’effet du régime alimentaire sur la réduction de la douleur lorsqu’ils étaient regroupés par type de régime ou par type de douleur chronique.

Conclusion : 

Les régimes à base d’aliments complets ont un effet positif global sur la douleur, sans qu’aucun régime ne se distingue par son efficacité. 

Cela suggère que les points communs entre les approches (par exemple, la qualité du régime, la densité des nutriments, la perte de poids) peuvent tous être impliqués dans la modulation de la physiologie de la douleur. 

Il est nécessaire de poursuivre les recherches sur la façon dont le régime alimentaire peut moduler la physiologie liée à la douleur (comme l’inflammation, le stress oxydatif et l’excitabilité du système nerveux).

Mais la diététique, c’est un métier

Bien que les recommandations alimentaires soient fondées sur des données probantes et utiles pour le maintien de la santé de la population générale, il est devenu de plus en plus clair qu’il peut être important de personnaliser les conseils alimentaires pour obtenir une prévention et un traitement plus efficaces des maladies métaboliques chroniques. 

En effet, l’intervention sur le mode de vie, axée sur la personnalisation des lignes directrices générales pour une alimentation saine et l’activité physique au niveau individuel, peut réduire le risque de diabète et de syndrome métabolique de plus de 50 % dans différents contextes. 

Néanmoins, dans le cadre de ces interventions sur mesure, 30 % des participants ne répondent pas et/ou n’adhèrent pas à l’intervention.

Il faut mieux comprendre les facteurs déterminant l’observance d’une alimentation saine, ainsi que les mécanismes biologiques qui sous-tendent les réponses divergentes aux interventions alimentaires, en ce qui concerne les résultats métaboliques et les pathologies potentielles ultérieures, afin d’optimiser l’efficacité de l’intervention.

Le média 

La délivrance de conseils personnalisés peut se faire sur le Web ou en face à face. Les résultats d’interventions nutritionnelles personnalisées sur le Web ont montré qu’elles pourraient réussir à induire un changement alimentaire à court terme, mais il n’y a pas suffisamment de preuves pour les estimer aussi efficaces que les interventions personnalisées en face à face. 

Comment ajuster le glucose post-prandial ?

Il existe de grandes variations dans la façon dont les individus réagissent aux différents repas dans une grande cohorte bien caractérisée. Les réponses microbiennes aux aliments sont très variables selon les individus. Cependant, pour le glucose post-prandial, malgré la grande variabilité des profils après le repas, des régimes alimentaires personnalisés créés à l’aide d’un algorithme d’apprentissage automatique, y compris des données reflétant les habitudes alimentaires, l’activité physique et le microbiote intestinal, peuvent être utilisés pour résoudre avec succès les problématiques de taux élevés.

L’influence de facteurs spécifiques à la personne, tels que le microbiote intestinal et la génétique, la composition en macronutriments du repas peuvent être pris en compte, mais :

  • Une étude étudiant la réponse postprandiale au glucose 60 min après un petit déjeuner standardisé n’indique pas que le microbiome intestinal, les mesures de la fermentation du côlon et les facteurs abiotiques (caractéristiques fécales et temps de transit intestinal) soient significativement associés à la variabilité des réponses post-prandiales. Cela peut être lié au fait que les contributions peuvent être subtiles, puisque le microbiote intestinal n’expliquait que 6 % de la variabilité des réponses glycémiques. 
  • L’étude du métabolisme régime-microbiote-hôte est complexe en raison de la forte variation inter-individuelle de l’apport alimentaire et de la composition microbienne, et de la difficulté de contrôler la covariation du régime alimentaire et du microbiome dans les études observationnelles et interventionnelles. 
  • Des stratégies personnalisées peuvent également être différentes en fonction de l’âge du sujet, car les besoins de l’individu peuvent varier tout au long de la vie. 

Quel régime ?

On sait peu de choses sur les effets à long terme sur la santé cardio-métabolique de modes de vie spécifiques comme ceux des flexitaristes, des végétariens et végétaliens. 

L’impact biologique des régimes non carnés et sans apport animal est très difficile à mettre en œuvre. 

L’étude NuEva va chercher à révéler l’impact des habitudes nutritionnelles choisies (alimentation occidentale, flexitaristes, végétariens, végétaliens) sur l’état de santé et le risque de maladie en ce qui concerne les avantages physiologiques ou les conséquences physiopathologiques possibles, résultant de la mise en œuvre à long terme des régimes étudiés. 

Il s’agit d’un essai de 12 mois (avec suivi de 12 mois) avec au moins 55 participants pour chaque régime (végétarien, végétalien, flexitarien [consommation rare de viande/saucisse, une ou deux fois par semaine]) et des participants qui consomment un régime occidental traditionnel comme groupe témoin. A suivre donc.


Références bibliographiques

Rowena Field, Fereshteh Pourkazemi, Jessica Turton, Kieron Rooney. Dietary Interventions Are Beneficial for Patients with Chronic Pain: A Systematic Review with Meta-Analysis. Pain Med. 2021 Mar 18;22(3):694-714. doi: 10.1093/pm/pnaa378.

hollandeirelandeEllen E Blaak, Helen M Roche, Lydia A Afman. Editorial: Personalized Nutrition. Front Nutr. 2021 Mar 25;8:669307. doi: 10.3389/fnut.2021.669307

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