Les chiropracteurs débattent de l’usage routinier de la radiographie


 

A la demande de certaines de leurs organisations professionnelles, des chiropraticiens n’ont trouvé aucune preuve que l’utilisation de radiographies de routine ou répétées, en l’absence de signaux d’alarme, puisse améliorer les résultats cliniques et profiter aux patients. 

Compte tenu des risques inhérents aux rayonnements ionisants, ils recommandent aux chiropraticiens de ne pas utiliser de radiographies pour l’évaluation de routine et répétée de la structure et de la fonction rachidienne [Corso 2020].

Pourquoi ce débat ?

Aux États-Unis, en 2010, le taux de radiographies du rachis dans les 5 jours suivant la consultation d’un chiropraticien était de 204 pour 1000 nouveaux patients. Une analyse des tendances nationales aux États-Unis suggère que le taux de radiographies du rachis par les chiropraticiens et les podologues a augmenté de 14,4 % entre 2003 et 2015. 

Cette augmentation s’est produite malgré la publication de plusieurs guides  de pratique clinique fondées sur des données probantes et de règles de prédiction clinique pour aider les chiropraticiens à déterminer l’indication des radiographies du rachis afin d’aider au diagnostic d’une pathologie. Dans l’ensemble, les lignes directrices suggèrent que les radiographies sont indiquées lorsque des signes et des symptômes d’une pathologie sous-jacente potentiellement grave (red-flags) sont identifiés par l’histoire clinique et l’examen physique. 

Cependant, en soi, un signal d’alarme isolé peut avoir un taux élevé de faux positifs pour le diagnostic d’une pathologie sous-jacente de la colonne vertébrale, comme un cancer. 

Par exemple, la présence d’un « drapeau rouge » solitaire, comme un âge supérieur à 50 ans, peut ne pas être suffisante pour justifier la réalisation de radiographies de la colonne vertébrale. 

Par conséquent, les cliniciens sont encouragés à combiner un jugement clinique solide et l’évaluation des signaux d’alarme lorsqu’ils prescrivent des radiographies.

Pourquoi des radios, sinon ? 

En l’absence de « signaux d’alarme », l’utilisation de radiographies du rachis n’est pas recommandée. Néanmoins, certaines factions de chiropraticiens, dont l’Association chiropratique internationale, encouragent l’utilisation de radiographies de routine ou répétées pour évaluer la structure et la fonction de la colonne vertébrale. 

Cette pratique, qui remonte à 1910, a été initiée alors qu’aucune preuve n’était disponible pour guider l’utilisation judicieuse des radiographies de la colonne vertébrale. Historiquement, ces groupes de chiropraticiens ont fait valoir que les radiographies étaient utiles pour mesurer les anomalies posturales, identifier les défauts d’alignements ou subluxations vertébrales et guider le traitement par manipulation vertébrale. 

La conviction que les radiographies soient utiles pour détecter et corriger la structure et la fonction de la colonne vertébrale est à la base de nombreux systèmes de techniques chiropratiques qui sont encore utilisés aujourd’hui. Les partisans de ces techniques affirment que l’utilisation de radiographies de routine et répétées est soutenue par des preuves scientifiques et ont publié une directive pour aider les cliniciens à évaluer la biomécanique de la subluxation vertébrale dans la pratique clinique chiropratique en utilisant la radiographie. Cependant, ces affirmations n’ont pas encore été évaluées quant à leur utilité clinique, c’est-à-dire le bénéfice qu’un patient retire d’un test ou d’un traitement.

Les traditionalistes ne sont pas d’accord

D’autres chiropracteurs [Oakley 2021] contestent le fait de n’avoir examiné que 9 articles, le plus récent datant de 15 ans. Ils avancent que des dizaines d’études chiropratiques n’ont pas été retenues selon leurs propres critères d’inclusion/exclusion très stricts, que plus de 100 autres montrent définitivement l’utilité clinique de l’utilisation des radiographies dans le dépistage, l’évaluation, le diagnostic et le suivi des patients vus dans la pratique chiropratique de routine. 

Ils considèrent que les preuves actuelles confirment que les rayons X sont un outil de diagnostic inoffensif.


Références bibliographiques 

Corso M, Cancelliere C, Mior S, Kumar V, Smith A, Côté P. The clinical utility of routine spinal radiographs by chiropractors: A rapid review of the literature. Chiropr Man Ther. 2020;28(1):33.

Article en accès libre en cliquant sur le lien du titre 

Paul A Oakley, Joseph W Betz, Deed E Harrison, Leonard A Siskin, Donald W Hirsh International Chiropractors Association Rapid Response Research Review Subcommittee. Smoke Screen to Distract From Flawed Science: A Response to Côté et al. Over Criticisms to Their Deficient ‘Rapid Review’ on Chiropractic X-Ray Utility . Dose Response. 2021 Nov 20,19(4):15593258211058341. doi: 10.1177/15593258211058341.

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