Lombalgie : l’évidence est peut être sous notre nez


Sans titre

Le but de cette étude suisse était d’étudier s’il existe une corrélation entre la sévérité du dysfonctionnement lombaire et la sévérité de l’infiltration de graisse du multifide. 

Méthodes : 

Dans cette étude transversale, 42 patients souffrant de lombalgie aiguë ou chronique ont été recrutés. L’infiltration graisseuse de leurs multifides, évaluée à l’IRM, a été classée en trois grades, en fonction du pourcentage d’accumulation de graisse dans le muscle : Grade 0 (0-10%), Grade 1 (10-50%) et Grade 2 (> 50%). 

Ce classement a été rapproché de diverses mesures cliniques. 

Les mesures : 

Réalisées par le même évaluateur (20 ans d’expérience en thérapie manuelle), en aveugle du résultat de l’IRM,  elles étaient standardisées. 

La flexion lombaire : 

Elle a été mesurée au Spinal Mouse®, un instrument présentant doté de propriétés métrologiques acceptables, sauf lors de la mesure isolée de L5-S1 et de la mesure sur personnes obèses. 

Le contrôle postural : 

L’examen est basé sur le fait qu’un manque de contrôle postural modifie les courbures rachidiennes lors du port de charges antérieures. Demander à une patiente debout de porter à bout de bras à l’horizontale deux haltères correspondant à 5% du poids du corps (6,5% chez les hommes). Répéter une fois le mouvement. Mesurer au Spinal Mouse® la posture rachidienne à deux reprises et 30 secondes d’intervalle. 

Le contrôle moteur : 

Il est analysé à partir de la réalisation de quatre tests développés et validés par Hannu Luomajoki (waiters bow, pelvic tilt, seated knee extension, prone active knee flexion) [2]. 

La réalisation correcte d’un test vaut un point. 

La sensibilité cutanée discriminative lombaire : 

Réputée altérée chez le lombalgique, notamment lors d’une altération du contrôle postural [3], il s’agit de la mesure de la distance minimale discriminant deux points touchés en lombaire. 

L’Oswestry Disability Index (ODI) 

Résultat : 

Le principal résultat de cette étude est que la sévérité de l’infiltration graisseuse dans les multifides lombaires soit corrélée de façon significative avec une diminution de la flexion lombaire (p = 0,032). 

Aucune autre corrélation significative n’a été trouvée avec les contrôles posturaux, moteurs, l’ODI, la sensibilité discriminative. 

Discussion : 

La notion qu’une perte de flexion lombaire ou coxale soit liée aux déficits retrouvés dans la lombalgie n’est pas nettement retrouvée dans toutes les études, comme dans celle-ci [4]. Ce peut être lié à la qualité de l’instrument de mesure. Ici, la flexion coxo-fémorale est plutôt augmentée, comme une compensation à la perte de flexion. 

De fait, plus les amplitudes de flexion sont importantes, plus le multifide est actif. Il stabilise la colonne lombaire aussi dans les flexions extrêmes. A contrario, son inhibition centrale peut le conduire à augmenter son rapport graisse / muscle si elle se pérénise, voire persiste après la lombalgie. 

Les spinaux superficiels et autres muscles du tronc peuvent compenser l’altération du multifide, mais au prix d’une plus grande raideur lors des gestes de la vie courante, ce qui est illustré par les attitudes de protection en extension lombaire lors de la flexion rachidienne du sujet debout, pour laquelle une activité musculaire persiste. 

Les auteurs ne peuvent pas établir si la réduction de flexion est une cause ou une conséquence de l’infiltrat graisseux du multifide, mais ils émettent l’hypothèse que ce dernier soit  la conséquence de la modification d’activité du muscle. Les autres tissus, ligaments, s’enraidissent pour compenser la perte de stabilisation active et réduisent la souplesse globale du patient. 

Les syndromes douloureux en flexion pourraient être ceux dans lesquels on retrouverait ces altérations du multifide. 

La perte de flexion et l’infiltrat graisseux pourraient être des facteurs de récurrence de la lombalgie. 

Les altérations du contrôle moteur ne semblent pas être liées à ces facteurs. 

Commentaires : 

Noter que les auteurs revendiquent le concept d’altération du contrôle moteur et/ou postural. C’est suffisamment rare de lire des études où les tenants d’une méthode émettent des jugements contraires à celle-ci pour que leur honnêteté soit soulignée… 

Je ne sais pas en combien de temps le multifide s’engraisse après un épisode lombalgique. Il me semble avoir lu que des altérations sont observées au bout de 6 semaines ce qui me semble bien peu ?? 

Je ne sais pas si ces infiltrations graisseuses sont réversibles. J’en doute, mais ? 

Est-ce que nous faisons bien notre travail, lorsque nous délaissons l’athlétisation ou au moins la meilleure façon d’améliorer la trophicité des multifides, pour nous polariser sur des articulations, disques inter-vertébraux, vécu psycho-social, …? 

L’ulcère gastro-duodénal a longtemps été l’exemple même de la maladie psycho-somatique jusqu’à ce que l’on démontre l’intérêt d’un traitement par antibiotiques. Dans une pathologie musculaire, quelle est le meilleur médicament ? 


Références bibliographiques : 

[1] Hildebrandt M, Fankhauser G, Meichtry A, Luomajoki H. Correlation between lumbar dysfunction and fat infiltration in lumbar multifidus muscles in patients with low back pain. BMC Musculoskelet Disord. 2017 Jan 10;18(1):12. doi: 10.1186/s12891-016-1376-1. 

[2] Luomajoki H, Kool J, de Bruin ED, Airaksinen O. Movement control tests of the low back; evaluation of the difference between patients with low back pain and healthy controls. BMC Musculoskelet Disord. 2008;9(1):170. 

[3] Luomajoki H, Moseley GL. Tactile acuity and lumbopelvic motor control in patients with back pain and healthy controls. Br J Sports Med. 2011;45(5):437–40 

Article disponible en ligne 

[4] Sullivan MS, Shoaf LD, Riddle DL. The relationship of lumbar flexion to disability in patients with low back pain. Phys Ther. 2000;80(3):240–50

Un commentaire

  1. Merci pour ce partage !! Comme toujours de bonne qualité
    Il me semble qu’hodges dans son dernier article de juin 2019 parle de 6 mois pour infiltration graisseuse (stade sub aigue-debut chronique)
    Les effets immédiats sont plus une inhibition reflexe

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