L’élévation passive d’épaule est limitée : observations & mesures


Généralités 

Le mouvement d’élévation est assuré par l’abduction dans le plan de la scapula en rotation latérale. Les deux mouvements sont dissociables mais usuellement combinés, donc abordés ensembles dans ce chapitre.

cropped-boussole-6.pngGlobalement, les techniques de mobilisation segmentaires et de thérapie manuelle ont des effets bénéfiques, notamment pour les douleurs des patients souffrant de capsulite de l’épaule [14], ou de syndromes sous-acromiaux [8]. Elles s’inscrivent dans une prise en charge pouvant limiter ou éviter le recours chirurgical [10]. 

Le vissage ligamentaire en élévation 

Les rotations diminuent en amplitude au fur et à mesure que l’on élève le bras : il est nécessaire d’avoir une grande mobilité en position basse pour prendre, il est obligatoire d’avoir une grande stabilité en position haute pour soutenir ou pousser. Scapula et humérus sont désolidarisés en position basse ; ils sont solidarisés par le vissage ligamentaire en position haute. L’amplitude totale de rotation y est donc fortement limitée. 

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On peut donc concevoir qu’un patient porteur d’une capsulite rétractile ou d’une simple rétraction capsulo-ligamentaire liée à une immobilisation antalgique ou orthopédique en position basse réalise ce vissage capsulo-ligamentaire de façon plus précoce.

Observations & signes cliniques 

Voir le chapitre abord préliminaire de l’épaule.

Recherche d’un décentrage en rétroversion de la tête humérale (spin en rotation médiale) 

Objectifs 

Il a été proposé que la tête humérale puisse se décentrer de façon régulière ou répétée, ce décentrage pouvant limiter les amplitudes de l’épaule. Une rotation médiale de la tête humérale non proportionnelle au mouvement réalisé constituerait la rétroversion de la tête humérale ou spin. Dans cette position l’abduction stricte dans le plan frontal est limitée [22].

Frédéric Srour dans ses oeuvres

Procédure 

Patient assis relâché, kinésithérapeute latéral à lui, soutenant l’avant-bras. La contre-prise est réalisée par le maintien de la scapula, le pouce posé sur la clavicule, les doigts sur l’épine de la scapula. Le kinésithérapeute réalise une abduction anatomique passive en partant de la position anatomique et évalue l’amplitude du mouvement jusqu’au ressenti de la limitation liée à la perte de parallélisme entre tubercule majeur et acromion, en la comparant au côté opposé. Cette butée peut être douloureuse. Durant tout le mouvement, l’avant-bras en flexion à 90° reste horizontal. 

La rotation latérale coude au corps peut être là aussi également limitée et confirme le diagnostic [22]. Une fermeté anormalement élevée comparativement au côté opposé traduit un décentrage en rotation médiale [17]. 

cropped-boussole-6.pngFiabilité 

La fiabilité inter-examinateurs de ce test est médiocre [17].

Examen comparatif de la rotation latérale coude au corps patient assis 

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Procédure 

Patient assis sur la table en position basse, kinésithérapeute en arrière de lui. Il saisit les deux avant-bras et amène les deux bras en rotation latérale coude au corps. Patient et kinésithérapeute estiment s’il existe une différence dans la fluidité et l’amplitude du mouvement.

Variante 

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Confirmation d’une observation à l’aide d’une boussole de randonnée

Une boussole de randonnée placée sur chaque main pourrait confirmer une éventuelle différence lors du mouvement bilatéral.

Mesures 

Inclinomètres ou goniomètres ?

De façon à s’affranchir de l’estimation de la verticale, les mesures utilisent préférentiellement l’inclinomètre ou la boussole, qu’ils soient dédiés à cet usage ou présent sur un smartphone.

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Mesure de la rotation d’épaule au smartphone

cropped-boussole-6.pngLeur fiabilité est acceptable [20].

Les mesures nécessitent de différentier l’abduction du complexe de l’épaule de l’abduction isolée de la scapulo-humérale comme de la sonnette latérale isolée de la scapula.

Variations dans les amplitudes 

Elles sont liées :

À la rotation médiale du bras qui rend plus précoce la butée entre tubercule majeur et acromion, 

À l’examen en abduction anatomique ou physiologique : les ligaments scapulo-huméraux, situés en avant de l’articulation, limitent plus l’abduction anatomique que l’abduction physiologique. 

Inclinométrie de la scapulo-humérale sujet assis 

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Procédure 

Le sujet est assis en position redressée, adossé au dossier d’une chaise pour éviter tout mouvement rachidien. 

La position 0 est définie comme la position bras le long du corps. L’examinateur contacte du pouce le bord latéral de l’angle inférieur de la scapula et élève passivement le bras du sujet à l’aide d’une prise en berceau de l’avant-bras, en évitant tout mouvement de rotation du bras. Lors de la sensation d’un début de sonnette latérale, le kinésithérapeute arrête l’élévation et place l’inclinomètre (préalablement cliqué sur 0) sur le bord latéral du bras, en dessous de l’insertion distale du deltoïde, à l’aide de sa main scapulaire.

A noter qu’il doit être plus reproductible d’utiliser le plan frontal comme plan de mouvement, même s’il est moins fonctionnel (abduction anatomique). L’élévation dans le plan de la scapula (abduction physiologique) serait plus ample mais moins précise à définir. 

cropped-boussole-6.pngFiabilité 

La fiabilité inter-examinateurs apparait bonne, avec des coefficients intra-classes au delà de 0.8 pour la goniométrie comme l’inclinométrie [7], mais la mesure de la flexion ou de l’abduction totale d’épaule est plus fiable que les mesures dissociant la scapulo-humérale de la scapulo-thoracique [9]. 

Goniométrie scapulo-humérale

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Procédure 

Le patient est en procubitus, bras le long du corps. Le praticien repère l’épine de la scapula et l’angle postéro-latéral de l’acromion (axe du mouvement). L’épine et l’angle acromial doivent être matérialisés à l’aide d’un stylo dermographique.

1°- L’angle épine de la scapula / grand axe du bras est mesuré l’aide d’un goniomètre translucide. 

2°- Les bras du sujet sont placés en élévation maximale. Elle est bilatérale de façon à limiter les compensations en inclinaison rachidienne. La mesure est reprise à l’aide des mêmes structures osseuses, qui doivent être à nouveau matérialisées, la peau étant mobile sur l’épine de la scapula sous-jacente. Cette deuxième mesure, soustraite de la première, représente l’angle scapulo-huméral en abduction.

Centimétrie des mouvements scapulaires lors de l’abduction

Procédure 

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Le sujet est assis, le kinésithérapeute en arrière de lui. Après avoir repéré les angles inférieurs des scapula, mesurer à la réglette plastique les distances entre ce repère et le rachis en position anatomique et en élévation du membre supérieur.

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cropped-boussole-6.pngValeur 

Une différence de plus de 1,5 cm en abduction à 90° est en faveur d’une asymétrie scapulaire [22]. 

Variante 

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Un compas électronique (Palpation-meter ®) peut être utilisé à la place de la réglette.

cropped-boussole-6.pngFiabilité 

La fiabilité est bonne en intra-opérateur, moyenne à bonne en inter-examinateurs, avec une erreur de mesure de l’ordre du centimètre lorsque les mesures sont réalisées à l’aide du Palpation-meter ® [6]. 

Inclinométrie de la rotation latérale coude au corps 

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Procédure 

Le sujet est en décubitus, les bras le long du corps. Le bras est maintenu sur la table, coude au corps, l’autre main maintenant l’avant-bras placé à 90° et l’inclinomètre. Ce dernier est plaqué sur l’extrémité inférieure de l’avant-bras, face dorsale. L’avant-bras est en position neutre de prono-supination. Le point de départ est matérialisé par la verticale, coïncidant avec le 0 de l’inclinomètre. 

cropped-boussole-6.pngValidité 

Il existe une bonne corrélation dans l’évaluation de la douleur et du type de résistance terminale entre deux physiothérapeutes examinant le mouvement passif de rotation latérale chez des patients scapulalgiques [3].

Inclinométrie de la rotation en abduction anatomique à 90° 

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Procédure 

Le sujet est en décubitus, le bras reposant sur la table, à 90° d’abduction anatomique. L’avant-bras est en dehors de la table. L’expérimentateur maintient d’une main le bras contre la table et maintient l’inclinomètre de type Rippstein. Ce dernier est plaqué sur l’extrémité inférieure de l’avant-bras, face antérieure. L’autre main maintient l’avant-bras. Le point de départ est matérialisé par l’horizontalité de l’avant-bras, indiqué par l’inclinomètre. La technique peut évaluer rotation latérale comme médiale. Il faut veiller à ce que l’épaule ne décolle pas de la table dans cette dernière mesure.

Mesure de la souplesse capsulaire antérieure 

Le patient est en décubitus, le kinésithérapeute homolatéral à l’épaule testée. Le bras est amené à 90° dans le plan frontal. Il déborde entièrement de la table et l’avant-bras est à la verticale. Le thorax est stabilisé par un appui ventro-dorsal de la main proximale. Le patient est invité à se relâcher de façon à laisser pendre son membre supérieur, soutenu par le poignet de la main distale, en abduction horizontale. Un inclinomètre est placé sur le bras pour quantifier la rétraction antérieure de la capsule, mesurée par l’inclinaison du bras par rapport à l’horizontale.

cropped-boussole-6.pngFiabilité 

La fiabilité inter-examinateurs de cette mesure est très bonne [27]. 

Validité 

En présence d’une capsulite rétractile, la rétraction capsulaire mesurée ainsi influe fortement sur la perte de rotation latérale (le coefficient de détermination r2 est égal à 0.499) [27].


Références bibliographiques 

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