L’élévation passive d’épaule est limitée : Traitements


Mobilisations passives 

Techniques rachidiennes thoraciques 

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Elles sont placées en préambule puisque souvent utilisées comme traitement inaugural dans les scapulalgies.

Validité 

cropped-boussole-6.pngLa mobilisation passive cervicale ne semble pas apporter un avantage thérapeutique supplémentaire aux traitements habituels de la scapulalgie [5], mais la manipulation vertébrale thoracique pourrait améliorer ses douleurs et déficits fonctionnels [1], sans cependant améliorer la mobilité thoracique ou les dyskinésies scapulaires [11].

Voir le chapitre consacré au rachis thoracique.

Mobilisation passive en étirement du grand pectoral 

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Procédure 

Afin d’obtenir un gain d’amplitude en abduction et rotation latérale scapulo-humérale, le patient est en décubitus, bras soutenu par le kinésithérapeute à l’aide d’une prise en berceau, avant-bras du patient stabilisé par la prise thoraco-brachiale du kinésithérapeute. 

La hanche du kinésithérapeute est en contact avec le bras du patient. La main médiale modifie la tension du muscle lors de l’abduction passive du bras par une poussée transversale. La poussée en direction caudale de la hanche homolatérale du kinésithérapeute sur la tête humérale permet de retarder le contact acromio-tubérositaire.

Variante en appui manuel

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L’appui manuel sur la tête humérale peut substituer celui de la hanche du kinésithérapeute, en fin d’amplitude.

Mobilisation en abduction de l’épaule coude en appui 

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Objectif 

Il s’agit d’obtenir un gain d’amplitude dans les premiers secteurs d’abduction. La position sécurise le patient par l’appui du coude sur la table, dont la hauteur est réglée en fonction des amplitudes possibles.

Procédure 

Le patient est assis sur un tabouret sans roulettes, adossé au kinésithérapeute debout en arrière de lui. La tête humérale est empaumée à deux mains par le kinésithérapeute. Les pouces, immédiatement en dehors de l’acromion, réalisent une abduction relative et répétée par un appui cranio-caudal.

Variante en contracté-relâché 

Dans la même position, demander un travail isométrique des adducteurs par la poussée des pouces en direction caudale, puis un relâchement.

Variante en relâchement du grand pectoral 

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Dans la même position, le corps musculaire est saisi à deux mains, sa tension est augmentée par la traction des mains, la rotation controlatérale du tronc du patient, la majoration de l’appui postérieur du kinésithérapeute.

Normalisation du décentrage de la tête humérale en rotation médiale 

Objectif 

Selon le concept de Kinésithérapie Analytique ® énoncé par Sohier [21] repris par Marc et Srour, il s’agit de corriger le décentrage en rotation médiale qui serait responsable d’une perte d’abduction [23]. 

Une rotation sur place de la tête humérale, sans roulement, appelée spin, induirait une glissade de la tête humérale sur la glène (comme la cupule radiale lorsqu’elle pivote sous le condyle huméral), ce qui limiterait l’abduction et la rotation médiale comme latérale.

Procédure 

Patient et kinésithérapeute sont assis. Le kinésithérapeute se place homolatéralement au bras à traiter et saisit le membre supérieur au niveau du coude en veillant à ce que le membre supérieur soit complètement relâché. Il réalise de cette main distale des rotations médiales répétitives dans l’axe de la diaphyse humérale, pendant que l’autre main, posée sur l’acromio-claviculaire, contacte de l’éminence thénar ou du pouce la face postérieure de la tête humérale. À chaque mouvement de rotation médiale, la main proximale repousse en antérieur la tête humérale. La manoeuvre est répétée jusqu’à l’impression d’un gain de mobilité en abduction.

Validité 

cropped-boussole-6.pngAinsi, une technique de recentrage antéro-postérieur pourrait permettre un gain significatif en rotation médiale sur une population de handballeurs féminins, comparativement à un traitement factice [18]. 

A noter que le  sens de la poussée concernant les recentrages de l’épaule reste discuté : dans une capsulite rétractile, réaliser des glissements postérieurs pour récupérer la rotation latérale pourrait être plus efficace [28] que réaliser des glissements antérieurs, pourtant recommandés classiquement depuis Kaltenborn [2].

Mobilisation passive bras en suspension

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Objectif

Elle est destinée à posturer en élévation le membre supérieur et à réaliser un étirement maintenu de la partie inférieure de la capsule pour un patient souffrant de capsulite rétractile.

Procédure 

L’avant-bras du patient est suspendu à une élingue verticale. Le patient est assis dos (pour l’abduction) ou face (pour la flexion) à une cage poulie murale avec avancée, à laquelle est suspendue une élingue fixée à l’avant-bras. Le kinésithérapeute est latéral au membre supérieur et applique des glissements crânio-caudaux à la partie proximale de l’humérus.

Posologie 

La posologie proposée est de 20 minutes de traitement par jour pendant 5 jours sur 2 semaines. 

Validité 

cropped-boussole-6.pngLes résultats possibles sont de l’ordre de 60° de gain en flexion comme abduction, de 5 points sur l’EVA. Ces amplitudes sont équivalentes avec et sans traction, mais les patients sont trois fois plus satisfaits que dans un groupe sans traction. 

Le score Oxford Shoulder Score, score en 12 points qui classe les épaules douloureuses en 4 catégories selon que le patient considère son épaule comme sévèrement touchée (1) ou lui donne entière satisfaction (4), est franchement amélioré par les tractions [15]. 

Posture en rotation latérale d’épaule en décubitus 

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Procédure 

Pour des patients présentant une limitation au-delà de 90° d’élévation, il est possible, en décubitus, de réaliser une posture vers l’élévation et la rotation latérale. 

Le patient a les mains croisées derrière la nuque, son coude repose sur la hanche du kinésithérapeute. Ce dernier amène d’une main le membre supérieur en rotation latérale et élévation dans les derniers degrés permis, le patient étant sécurisé par le contact sur la hanche. L‘autre main  reposant sur la table induit un glissement physiologique supéro-inférieur.

Étirements 

Étirement et auto-étirement du grand dorsal 

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Procédure 

En position quadrupédique, le patient amène le membre supérieur en élévation maximale et rotation latérale et cherche à s’asseoir sur les talons. 

Il doit sentir une tension latérale en regard du grand dorsal étiré, à la face latérale du tronc. Il est nécessaire de placer pralablement le bassin en inclinaison latérale.

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Placement préalable du bassin

Variante en levée de tension du grand dorsal 

Les termes de levée de tension sont empruntés à la terminologie proposée par Gilles Péninou [16]. 

Le kinésithérapeute se place du côté controlatéral à l’épaule douloureuse. Il place le membre supérieur en élévation antérieure et l’épaule en rotation latérale, en deçà de l’amplitude douloureuse. Il agit sur les composantes rachidiennes et pelviennes du muscle, en enroulant le rachis par la flexion maximale des hanches et genoux, l’inclinaison et la rotation controlatérale du bassin. Il est demandé au patient de résister à la pression [16].

Levée de tension de l’élévateur de la scapula  

Objectif

Il s’agit d’obtenir un gain d’amplitude en abduction, flexion & sonnette latérale.

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Procédure 

Le patient est en procubitus en bord de table. Le kinésithérapeute, à la tête du sujet, place une main dans le creux axillaire, ce qui dégage l’omoplate et la libère de la cage thoracique. Il réalise un appui tendu de l’autre main sur l’extrémité supéro-médiale de l’omoplate, dirigé caudalement & latéralement, dans la direction des fibres, réalisant un abaissement et une sonnette latérale en rythme. 

Le membre supérieur est ballant en débord de table, le kinésithérapeute s’assurant de son relâchement. La tête tournée du côté opposé au muscle ciblé pour éloigner les insertions sur les processus transverses cervicaux. Le patient résiste à une sollicitation de faible intensité, puis est invité à se relâcher. Le kinésithérapeute majore alors la sonnette latérale [16]. 

Variante en contracté-relâché pour un gain en divergence cervicale

22

Patient en décubitus, kinésithérapeute à la tête du patient. Soit un refus localisé de divergence des zygapophyses droites. Le kinésithérapeute part de la symétrie des facettes, donc ici de l’extension totale, puis amène en flexion inclinaison latérale et rotation gauches jusqu’à l’étage à mobiliser. La main gauche soutient la tête, la main droite contacte la zygapophyse refusant la divergence. La zygapophyse est enroulée par l’appui de la face latérale de l’index et de la métacarpo-phalangienne, accentuant la flexion, l’inclinaison latérale et la rotation gauches.

Levée de tension du rhomboïde 

23

Procédure 

La position est similaire à la position précédente, à ceci près que la tête est ici placée en rotation homolatérale, en appui sur la joue controlatérale, pour éloigner les insertions sur les processus épineux thoraciques [16]. 

L’appui de la main médiale du kinésithérapeute se fait sur le bord médial de la scapula, en dessous de l’épine. Le patient résiste à une sollicitation de faible intensité, puis est invité à se relâcher. Le kinésithérapeute majore alors la sonnette latérale.

Levée de tension du grand rond

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Procédure 

Le sujet est en décubitus. Le membre supérieur, en flexion à 90° est amené en direction de la rotation latérale. Celle-ci est fixée par la contre-prise de l’avant-bras du praticien qui croise celui du patient. Un deuxième appui par le gril thoracique du praticien résiste à l’abduction. 

Une prise est effectuée sur l’angle de la scapula en direction caudale, médiale et dorsale. Elle mobilise de façon répétitive la scapula avec un membre supérieur stabilisé.

Dans cette position, le patient résiste à une sollicitation de faible intensité, puis est invité à se relâcher. Le kinésithérapeute majore alors passivement la sonnette médiale de la scapula.

Contracté-relâché des rotateurs latéraux du bras 

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Procédure 

Pour gagner en rotation latérale en décompression d’épaule, le patient est placé en latéro-cubitus controlatéral. Le praticien face à lui, pose une main sur le moignon de l’épaule et fait reposer le poignet sur son avant-bras. Son autre main passe dans le triangle ainsi formé, le coude venant s’appliquer dans le pli du coude du patient. Le praticien effectue une traction décompression rotation latérale par l’appui sur le coude. Il peut demander un contracté-relâché au patient pour gagner en rotation latérale. Il peut balayer toute l’amplitude d’antépulsion, au fur & à mesure du gain.

Auto-postures en rotation latérale du bras

28

Procédure 

En utilisant un coin de mur ou le chambranle d’une porte, le patient laissant pendre le tronc entre ses deux membres supérieurs peut réaliser un étirement de ses pectoraux et rotateurs médiaux.

Variante en décubitus  

26

Le patient en décubitus, les mains croisées derrière la nuque en position de sieste, est invité à laisser tomber les coudes. 

Variante en latérocubitus 

27

Le patient vient se coucher sur le bras à posturer. Un traversin, en progression de moins en moins épais, peut être glissé entre cou et épaule pour le confort cervico-scapulaire : l’inclinaison latérale infralatérale de la tête entraine une compression neurale susceptible de majorer les douleurs scapulaires. 


Références bibliographiques 

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