Observations & mesures d’un coude douloureux non traumatique

Généralités 

 Ce chapitre est consacré aux épicondylalgies, une fois l’intégrité articulaire du coude vérifiée et les causes médicales éliminées. 

Les souffrances du coude sont fortement ressenties par les patients et ne doivent pas se résumer à des explications anatomiques ; il existe comme dans d’autres régions des altérations de la sensibilité d’origine centrale. La recherche trop brutale d’un gain en flexion ou extension se traduit par une attitude de défense irréductible. Un abord préliminaire doux est obligatoire, en liant la communication non-verbale manuelle à un discours rassurant et positif.

boussoleValidité 

 Les avantages statistiquement significatifs des traitements physiques peuvent devenir cliniquement significatifs si le discours accompagne le geste [18]. 

L’épicondylalgie latérale 

L’épicondylalgie, autrefois étiquetée épicondylite, est la souffrance la plus commune, hors traumatisme direct. Elle se résout spontanément en 1 an. Le patient se plaint d’une douleur au coude et à l’avant-bras, survenue à la suite d’un effort répété inhabituel. La fréquence de cette affection chez le joueur de tennis lui a donné le nom de tennis-elbow puisque sa survenue est contemporaine d’une pratique assidue des revers avec une mauvaise technique et/ou une raquette aux cordes trop tendues.

boussoleValidité 

Une sensibilité exacerbée et locale au froid est retrouvée chez ces patients. Ce caractère, prédictif d’une évolution défavorable [7], éloigne l’épicondylalgie d’une conception purement mécaniste et la rapproche d’une implication neurale (nerf radial), voire d’une hypersensibilisation d’origine centrale.

La kinésithérapie de l’épicondylalgie peut être considérée sur le court voire le long-terme comme une option thérapeutique, plus avantageuse que les infiltrations qui sont susceptibles d’entraîner à terme des aggravations [6, 13, 2] mais ce n’est pas une panacée [14]. 

Comme souvent, une prise en charge multimodale alliant la thérapie manuelle aux exercices est plus efficace que de ne rien faire sur le court-terme, plus efficace que les infiltrations sur le long-terme [3].

Observations & signes cliniques

Evaluation en étirement des épicondyliens 

6

Le kinésithérapeute est latéral au patient, empaume son poignet et soutien son coude. Il réalise un enroulement des deux os de l’avant-bras en pronation avec extension du coude et varus. Le patient doit ressentir un étirement localisé aux épicondyliens, lorsque le poignet est emmené en flexion et inclinaison ulnaire. La majoration des douleurs se retrouve en demandant au patient d’élever le poignet contre résistance isométrique. Un diagnostic différentiel reste à faire avec une souffrance du nerf radial.

boussoleFiabilité 

La sensation de fin de mouvement passif en extension est d’une fiabilité inter-examinateurs modérée [5]. 

Évaluation de la tension des épitrochléens 

7

Dans la même position du patient et du kinésithérapeute, le coude et le poignet du patient sont placés en extension, l’avant-bras en supination. Les doigts sont laissés libres. La rotation latérale du membre supérieur accentue l’enroulement des palmaires, long palmaire et fléchisseur radial du carpe (FRC). 

Test neurodynamique du nerf radial (ULNT2) 

Le patient est en décubitus, sans coussins, le plus symétrique possible, sans rotation de tête, bras le long du corps, proche du bord de table. Le coude est à 90°, le poignet en position neutre. Le kinésithérapeute est homolatéral, à la tête du patient, hanche en contact avec le moignon de l’épaule du patient.

  1. La main proximale du kinésithérapeute soutient le coude du patient, la main distale du kinésithérapeute recouvre la face dorsale de la main du patient. La main gauche du kinésithérapeute saisit la main droite du patient.
  2. La hanche du kinésithérapeute déprime le moignon de l’épaule du patient
  3. Le coude est étendu
  4. Le membre supérieur est amené des deux mains en rotation médiale et pronation. 
  5. Le poignet et les doigts sont fléchis (le pouce est en avant du plan de la main)
  6. L’épaule est amenée en abduction progressive, jusqu’à 45° (au delà il y a perte de la dépression scapulaire).

En cas de symptômes distaux, jouer sur la dépression du moignon de l’épaule, en cas de symptômes proximaux, jouer sur le poignet. 

Valeur

La réaction normale correspond à une tension épicondylienne latérale progressant vers l’avant-bras et le dos de la main. Le test est positif lorsqu’il reproduit les symptômes ayant motivé la venue du patient.

Mesures d’un coude douloureux non-spécifique

Mesure de la force de serrage non douloureuse 

8
Dynamomètre de type Jamar ®

La limitation fonctionnelle la plus commune dans une épicondylalgie latérale est le serrage d’un objet dans la main. 

Procédure 

Le patient est en décubitus, le coude est étendu, l’avant-bras en pronation. Le patient est invité à serrer un dynamomètre de type Jamar ® du côté sain au maximum de ses possibilités et de reproduire la manoeuvre du côté affecté, jusqu’à la survenue de la douleur habituelle du coude. La moyenne de trois tests à une minute d’intervalle est calculée [12, 3]. 

boussoleFiabilité 

La fiabilité inter-examinateurs de ce test est forte [12].

Validité 

La mesure d’un serrage non douloureux est une indication fiable et valide dans l’épicondylalgie, préférable à la mesure de la force maximale.

Elle est corrélée aux déficits et améliorations perçues par les patients [12, 3], ce qui n’est pas le cas de l’IRM ou de l’échographie. Elle est donc préférable à la multiplication d’examens paracliniques [4]. 


Références bibliographiques

[2] Bisset L, Beller E, Jull G, et al. Mobilisation with movement and exercise, corticosteroid injection, or wait and see for tennis elbow: randomised trial. BMJ. 2006 Nov 4;333(7575):939

[3] Bisset LM, Vicenzino B (2015) Physiotherapy management of lateral epicondylalgia. Journal of Physiotherapy 61: 174–181

[4] Chourasia AO et al. Relationships Between Biomechanics, Tendon Pathology, and Function in Individuals With Lateral Epicondylosis. J Orthop Sports Phys Ther. 2013 Jun;43(6):368-78

[5] Cleland J. Examen clinique de l’appareil locomoteur: Tests, évaluation et niveaux de preuve. 2° édition. Elsevier. 2012

[6] Coombes BK et al. Effect of Corticosteroid Injection, Physiotherapy, or Both on Clinical Outcomes in Patients With Unilateral Lateral Epicondylalgia: A Randomized Controlled Trial. JAMA. 2013;309(5):461-469

[7] Coombes BK et al. Cold Hyperalgesia Associated with Poorer Prognosis in Lateral Epicondylalgia: A One Year Prognostic Study of Physical and Psychological Factors. Clin J Pain. 2015 Jan;31(1):30-5

[12] Lim EC. Pain free grip strength test. J Physiother., 59 (2013), p. 59

[13] Olaussen M et al. Treating lateral epicondylitis with corticosteroid injections or non-electrotherapeutical physiotherapy: a systematic review. BMJ Open. 2013 Oct 29;3(10)

[14] Olaussen M et al. Corticosteroid or placebo injection combined with deep transverse friction massage, Mills manipulation, stretching and eccentric exercise for acute lateral epicondylitis: a randomised, controlled trial. BMC Musculoskelet Disord. 2015 May 20;16(1):122. 

[18] Weber C et al. Efficacy of physical therapy for the treatment of lateral epicondylitis: a meta-analysis. BMC Musculoskelet Disord. 2015 Aug 25;16(1):223

 

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