La douleur des cervicalgiques chroniques s’étale


Sans titre

Les cervicalgiques présentent une variété de symptômes. Le dessin de la douleur permet  une évaluation clinique de l’étendue de ces symptômes. L’ampleur de cette douleur basée sur ces dessins de la douleur peut être associée à différents facteurs. 

Le but de cette étude transversale était d’explorer les associations entre l’étendue de la douleur différents paramètres physiques et psychologiques, chez des cervicalgiques chroniques. 

200 cervicalgiques chroniques, dont 120 souffrant de cervicalgie attribuée à un traumatisme. 

Indicateurs 

Des liaisons ont été recherchées entre l’étendue de la douleur et la version courte du SF-36, le TAMPA Scale of Kinesiophobia (TSK), le Beck Depression Inventory-II (BDI-II), le Neck Disability Index (NDI), le test de flexion crânio-cervicale (CCFT), le test d’extension cervicale (Sorensen cervical), les amplitudes actives. 

Les corrélations ont été calculées à l’aide des coefficients de corrélation de Spearman ou de Pearson. La corrélation entre l’étendue de la douleur et les résultats a été calculée pour tous les participants collectivement, puis séparément pour ceux ayant une douleur cervicale traumatique par rapport à une douleur non traumatique.

Les patients étaient invités à noircir une silhouette de face et de dos au niveau des lieux les ayant fait souffrir les deux dernières semaines. Le dessin, scanné et digitalisé, était passé à la moulinette d’un logiciel apte à mesurer le pourcentage de surface noircie comparativement à la surface totale, ce qui donne un résultat chiffré au pain drawing.

Résultats 

Dans l’ensemble, des corrélations positives significatives ont été observées entre l’ampleur de la douleur et le NDI (r = 0,33; P <0,001), le BDI-II (r = 0,29; P <0,001), le CCFT (r = -0,24; P = 0,001) et le CE (r = -0,19; p = 0,006). 

Aucune différence n’a été observée dans l’ampleur de la douleur entre les patients traumatiques (moyenne: 7,6 ± 6,7%) et non traumatiques (7,4 ± 6,8%). 

L’étendue de la douleur était modérément corrélée avec le NDI, le BDI-II, le TSK, le CCFT et le CE chez les patients présentant un début non traumatique, mais faiblement avec le NDI, le BDI-II, le CCFT et le Sorensen chez ceux souffrant de cervicalgie chronique attribuée à un traumatisme.

Conclusion des auteurs 

L’étendue de la douleur est corrélée à la fonction du cou, à la dépression et aux résultats des tests musculaires déclarés par les patients chez les personnes souffrant de cervicalgie chronique. Ces corrélations sont les plus fortes chez les personnes souffrant de douleurs au cou non traumatiques.

Commentaire 

Les coefficients de corrélation ne sont pas extraordinaires et ce test paramétrique est toujours sujet à caution. Néanmoins, on veut bien croire les auteurs.

Après tout, il est vraisemblable que des douleurs chroniques s’étendent, un peu comme si le cerveau allait chercher ailleurs que dans la région cervicale la compréhension des messages de danger envoyés par les capteurs périphériques.

Il rend les capteurs plus sensibles, interroge une topographie plus grande en quête de sens.

On a eu une belle illustration de ça il y a quelques années dans un super article [Schmid 2013] portant sur le dessin de la douleur dans le canal carpien, avec des patients qui décrivaient des zones éloignées de la zone conflictuelle (autre poignet, cou, épaule homo voire controlatérale). Très parlant !

De mémoire, les 3/4 des patients souffrant de troubles musculo-squelettiques se plaignent de plusieurs régions, ce qui nous laisse encore de belles marges de progression pour la généralisation des AMS 9,5 en remplacement des 7,5 usuels..


Références bibliographiques 

33Ris I, Barbero M, Falla D, Larsen MH, Kraft MN, Søgaard K, Juul-Kristensen B. Pain extent is more strongly associated with disability, psychological factors, and neck muscle function in people with non-traumatic versus traumatic chronic neck pain: a cross sectional study. Eur J Phys Rehabil Med. 2019 Feb;55(1):71-78. doi: 10.23736/S1973-9087.18.04977-8.

Article disponible en ligne

Schmid AB, Nee RJ, Coppieters MW. Reappraising entrapment neuropathies–mechanisms, diagnosis and management. Man Ther. 2013 Dec;18(6):449-57. doi: 10.1016/j.math.2013.07.006. Epub 2013 Sep 2. 

Résumé de l’article disponible en ligne

Articles en rapport avec le sujet


Sur le sujet, précédemment rédigé le Samedi 16 Juillet 2016

Le dessin de la douleur dans une cervicalgie attribuée à un fléau cervical

Deux cents seize patients souffrant de cervicalgie attribuée à un fléau cervical depuis au moins 6 mois de grade 2 ou 3 ont été analysés. Les auteurs voulaient connaître la fiabilité et la validité de cet examen pour mettre en évidence des atteintes métamériques. 

Les grades des cervicalgies attribuées à un fléau cervical : 

Le grade 2 correspond à une cervicalgie avec perte de mobilité et points douloureux, le grade 3 comporte en plus des irradiations brachiales et deux ou plus de deux atteintes métamériques ; la brachialgie doit pouvoir être modifiée par traction ou compression cervicale, mise en tension neurale. 

Chaque dessin de la douleur a été classé comme illustrant une atteinte neurale ou pas. Ils ont été évalués par deux kinésithérapeutes et un médecin expérimentés, qui ne connaissaient pas les patients. 

Un calque transparent permettait de déterminer si la souffrance notée par le patient correspondait à un dermatome. Elle devait recouvrir au moins le tiers de la zone antérieure comme postérieure. 

Résultats : 

La fiabilité inter-opérateurs était bonne (kappa =0.64, IC95% [0.53 à 0.76]. La concordance entre le dessin par le patient et l’examen clinique était faible (kappa =0.1 IC95% [−0.03 à 0.20]. La sensibilité était haute (93%), la spécificité faible (19%). 

Conclusions : 

Il n’y a pas de concordance entre les troubles associés à ce type de cervicalgie et une atteinte métamérique. 

Pour quelle(s) raison(s) ? 

1°- Ce test n’est peut être pas la meilleure façon de mettre en évidence des souffrances métamériques. 43% des patients indiquaient des douleurs référées sans être nécessairement de grade 3. 

2°- le dessin était peut être mal réalisé, une simple croix ne pouvant être considérée comme l’atteinte métamérique d’un territoire. 

3°- la projection douloureuse de la cervicalgie attribuée à un fléau cervical n’est pas métamérique, comme ne l’est pas la projection douloureuse d’une stimulation articulaire cervicale expérimentale. 

4°- l’hyper-sensibilisation d’origine centrale peut être à l’origine des douleurs. 


Référence bibliographique : 

Gabriella Bernhoff, Maria Landén Ludvigsson, Gunnel Peterson, Bo Christer Bertilson, Madeleine Elf, Anneli Peolsson. The pain drawing as an instrument for identifying cervical spine nerve involvement in chronic whiplash-associated disorders. J Pain Res. 2016; 9: 397–404. 

Article disponible en ligne

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