Contre-indications à la kinésithérapie cervicale : recommandations


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La prise en charge en première intention en France est depuis peu limitée à la délivrance d’actes de kinésithérapie en urgence en l’absence d’un référent médical (article L. 4321-1 du code de la santé publique). Un compte rendu des actes accomplis dans ces conditions doit être remis au médecin dès son intervention, sauf si le kinésithérapeute possède un diplôme d’ostéopathe ou de chiropraticien. 

La manipulation vertébrale cervicale est soumise à prescription pour tous les praticiens non-médecins, chiropraticiens exceptés.

Dans le reste du monde, la prise en charge en première intention est fréquente (RU, USA, Pays-Bas, Canada) mais soumise à la connaissance des contre-indications relatives ou absolues à une prise en charge en kinésithérapie.  

Avec ou sans prescription médicale, le kinésithérapeute reste responsable de ses actes.  

Caractéristiques ou facteurs de risques de conditions pathologiques nécessitant un avis médical préalable 

Infection 

Signes infectieux (ex : fièvres, sueurs nocturnes) ou facteurs de risques d’une infection (ex :  immuno-suppression, blessures profondes, exposition à des maladies infectieuses).

Fracture 

Antécédents traumatiques cervicaux, utilisation soutenue de corticostéroïdes.

Tumeur 

Passé tumoral, âge au delà de 50 ans, absence d’amélioration lors du traitement, perte de poids inexpliquée, dysphagie, maux de tête, vomissements.

Contexte neurologique 

Symptômes neurologiques dans les membres.

Hémorragie cérébrale ou spinale 

Signes ou symptômes en rapport, prise d’anti-coagulants.

Anévrysme vertébral ou carotidien  

Facteurs de risque cardio-vasculaires, accident ischémique transitoire (Australian Acute Musculoskeletal Pain Guidelines Group. 2004). 

Orientation médicale des patients cervicalgiques 

Le Neck Pain Task Force recommande [Guzman 2009] que les patients cervicalgiques soient triés en 4 grades, la prise en charge des deux premiers grades pouvant être du ressort du kinésithérapeute, après identification de possibles contre-indications absolues ou relatives. 

Grade I  

Douleurs au cou sans aucun signe de pathologie majeure et pas ou peu d’interférence avec les activités quotidiennes. 

Grade II  

Aucun signe de pathologie majeure, mais interférant avec les activités quotidiennes.

Grade III  

Douleur au cou avec signes de compressions neurales. 

Grades IV 

Douleurs au cou avec des signes de pathologie majeure. 

Recherche d’une cervicalgie spécifique 

La fragilité du rachis cervical impose de vérifier cliniquement l’absence d’une atteinte organique, condition préliminaire à tout traitement manuel. Un test clinique positif oblige le kinésithérapeute à prendre contact avec le prescripteur, mais une absence de signe clinique positif n’est pas une garantie d’innocuité.

Suspecter une fracture ou entorse grave cervicale  

Provoquer une douleur intense et/ou bilatérale, inhabituelle, reproduisant les symptômes décrits peut être attribuée à une hypersensibilité d’origine centrale, un comportement «hystériforme», cas les plus fréquents, comme à une cervicalgie spécifique.

La précision de la réponse lors des tests, sa reproduction systématique est en faveur de cette dernière.

De façon anecdotique, il était proposé de percuter avec tact et mesure du poing fermé le vertex du patient assis à la recherche d’une douleur massive et bilatérale, d’utiliser un diapason dont la vibration lorsqu’il est posé sur une épineuse proéminente pourrait révéler une fracture vertébrale proche.

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La Chartered Society Of Physiotherapy s’est prononcée sur la décision à prendre en présence d’une cervicalgie attribuée à un fléau cervical venant en première intention [Moore 2005].

Elle estime que beaucoup de complications ou d’incidents post-traitement sont le fait d’un jugement inapproprié du praticien, d’un examen inadéquat, plus que d’une technique hasardeuse, mais il reste à éliminer une cause rare mais potentiellement grave :

Quels symptômes contre-indiquent la pratique (red-flags) ?

Une paresthésie bilatérale, des perturbations de la marche, une parésie spastique, un signe de Lhermitte positif, une exacerbation des réflexes ostéo-tendineux, des signes neurologiques radiculaires à plus de deux niveaux métamériques adjacents, une aggravation progressive des signes neurologiques, des symptômes d’instabilité cervicale supérieure doivent être considérées comme des contre-indications absolues.

Une douleur d’horaire non-mécanique, sévère et sans rémission doit être adressée immédiatement au plus proche service d’urgence.

Présence de symptômes requièrant de la prudence dans le traitement (yellow-flags)

Des tests positifs au niveau de la charnière crânio-cervicale, une infection rachidienne, un processus rachidien malin, des antécédents de cancer, de polyarthrite rhumatoïde, une corticothérapie sur le long terme, une ostéoporose, une atteinte systémique, une déformation structurale, d’autres conditions et syndromes associés avec une instabilité ou une hypermobilité doivent inciter à la prudence.

 


Références bibliographiques

Australian Acute Musculoskeletal Pain Guidelines Group. Evidence-based Management of Acute Musculoskeletal Pain. A Guide for Clinicians.  Australian Academic Press. PTY LTD. 2004 

Moore A et al. Clinical guidelines for the physiotherapy management of Whiplash Associated Disorder. Quick reference guide (2005). Chartered Society Of Physiotherapy 

 

4 commentaires

  1. Merci pour tout ce travail!
    Les drapeaux jaunes et rouges sont-ils actuellement enseignés en IFMK?
    Coquille dans le paragraphe sur la dissection de l artère vertébrale ( aortique)?

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  2. Bonjour, avez vous une référence qui appuie vos propos : »Un compte rendu des actes accomplis dans ces conditions doit être remis au médecin dès son intervention, sauf si le kinésithérapeute possède un diplôme d’ostéopathe ou de chiropraticien » en quoi un de ces deux diplômes dispense un diplômé d’État, professionnel de santé, de réponse au code de la santé publique ? (osteo et chiro ne sont que des diplômes de thérapies alternatives).
    Je n’ai en aucun cas vu de référence qui dispense un professionnel de santé de répondre à son obligation professionnelle grâce à un diplôme de ce qui est souvent considéré comme une fakemed.

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    • Un MK peut prendre en charge un patient sans prescription en ostéopathie ou chiropraxie dès lors qu’il est en possession du diplôme lui en donnant le titre. Il peut prendre en charge en kinésithérapie un patient sans ce titre, mais il est limité à une séance, à la condition que le patient n’ait pas pu trouver de médecin en urgence. Un bilan doit être fourni au patient à la fin de la séance. C’est la possibilité offerte par la loi Touraine de 2016, qu’à rappelé Agnès Buzyn ces derniers jours lors qu’un parlementaire demandait un accès direct des MK pour de petits traumatismes (voir la note Journal Officiel des Kinésithérapeutes).

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