4- Posture, mobilité globale & douleurs cervicales

La posture 

Vouloir changer la posture pour diminuer les douleurs sous-entend que la première est responsable des secondes, ce qui est loin d’être certain, mais communément admis [51]. 

Une mauvaise posture ? 

«Mal se tenir» est fréquemment invoqué par les accompagnants (parent, conjoint) ou le médecin, rarement par le patient lui-même, comme cause estimée de la cervicalgie. 

La réalité est contrastée : 

Un cou trop lordosé 

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Photo de Pixabay sur Pexels.com

L’hyperlordose cervicale n’est pas responsable de cervicalgie. Il existe une exagération liée à l’âge ou au genre féminin, qui agissent comme facteurs de confusion. 

Il semble que l’anté-projection de la tête soit la conséquence de la fatigue des muscles remparts convexitaires antérieurs, lors du travail sur écran par exemple, ce qui peut expliquer une imbrication facettaire majorée, le rachis s’effondrant sous le poids de la tête. 

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Photo de Davi Santos sur Pexels.com

A cette position de travail longtemps maintenue s’ajoute la généralisation des grands écrans et des verres progressifs étroits qui entrainent des postures quotidiennes hyperlordosantes, la vision de près n’étant permise que par la partie inférieure du verre qui doit être relevée pour coincider avec le haut de l’écran.

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Verres progressifs et grand écran

Un cou trop raide 

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Photo de Pixabay sur Pexels.com

Contrastant avec ces augmentations de courbure, des attitudes guindées, menton en retrait, nuque droite, inversion de courbure sur une radiographie de profil évoquent plus volontiers un contrôle moteur exagéré, rigidifiant un cou sensible.

La mobilité globale 

L’appareil d’orientation et de préhension cervico-thoracique est posé sur l’appareil locomoteur. Il débute à la région thoracique inférieure et non en C7. 

Facteurs influençant la mobilité cervicale 

Les femmes sont plus souples que les hommes, les sujets âgés moins souples que les sujets jeunes. 

Amplitudes cervicales

Mouvement cervical De l’ordre de
Flexion  45°
Extension  90°
Inclinaison unilatérale 45°
Rotation unilatérale 90°

Par rapport à un sujet sain 

La limitation des mouvements du cou est fortement liée à la cervicalgie : l’augmentation des amplitudes du rachis cervical en flexion / extension est la variable principale accompagnant à la fois l’amélioration des douleurs et des déficits [37]. La lenteur des mouvements est significativement associée à la kinésiophobie [36]. 

Mesures 

La perte d’amplitudes qui différentie un sujet sain d’un cervicalgique est réelle, mais peut être difficilement mise en évidence par les instruments usuels. Aux mètre-ruban, goniomètre, ont succédé l’inclinomètre et le CROM device, plus cher et fiable [16, 58]

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CROM device

La prochaine génération fait appel aux capteurs tri-dimensionnels appliqués sur le front, C7, le sternum, qui pourront mettre en évidence de faibles limitations si le temps de mise en oeuvre n’est pas rédhibitoire. 

La douleur

La douleur cervicale est la plainte la plus commune. Elle survient au mouvement d’où la difficulté de dissocier la raideur et la douleur des cervicalgiques. Elle est volontiers unilatérale, le patient ne pouvant tourner la tête d’un côté, l’autre étant libre. Il s’agit d’un facteur intrinsèque au patient : les seuils douloureux des cervicalgiques sont plus bas même à distance de la région cervicale (par exemple, leur pincer la peau de la jambe sera plus mal ressenti que chez des sujets non rachialgiques). Les patients souffrant de cervicalgie attribuée à un fléau cervical ont des plaintes douloureuses plus fréquentes. Il n’y a pas de relation entre la sévérité du traumatisme et l’intensité de la douleur. 

N.B. : Ce chapitre se situe dans le contexte d’une cervicalgie non-spécifique, toute contre-indication absolue ou relative ayant été écartée.

Examen 

Noter le ou les secteurs de mobilité active douloureuse, l’étage, pour un suivi au cours des séances. Exemple : DDDG C2 pour douleur à droite lors de la divergence gauche de C2 sur C3.

Recherche d’un secteur de mobilité active douloureux 

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Photo de Enoch Patro sur Pexels.com

En position assise ou en décubitus, le patient est invité à réaliser des mouvements de façon répétitive ou des postures en fin d’amplitude dans les différents secteurs et en translation antérieure et postérieure de tête. L’extension s’avère être la direction la plus douloureuse, diminuant avec la répétition des mouvements (préférence directionnelle), les douleurs se centralisant au fur et à mesure des séances dans trois-quart des cas [44]. 

Examen manuel articulaire et péri-articulaire 

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Patient en procubitus, rachis cervical en position neutre, une force postéro-antérieure appliquée sur les massifs articulaires de C2-C3 à C6-C7, en bilatéral permet de déterminer avec une fiabilité bonne à excellente le lieu de la douleur, comme la présence de douleurs musculaires péri-articulaires [53]. 

Recherche d’allodynies segmentaires 

2Des zones sensibles retrouvées par palpé-roulé sont présentées dans divers ouvrages [34, 13, 41]. Elles réalisent une cartographie métamérique, radiculaire ou musculaire.

Leurs variations individuelles sont nombreuses ce qui rend hasardeux l’estimation de l’étage touché à partir de l’examen cutané.

Des allodynies segmentaires de part et d’autre du rachis thoracique ont été retrouvée avec une excellente fiabilité [6] chez plus de 70% de patients souffrant de cervicalgie attribuée à un fléau cervical, sans qu’un dermatome douloureux soit retrouvé dans une région particulière. 

Mesure 

Cliniquement, le dessin de la douleur permet de prendre date et de mettre en évidence d’autres zones douloureuses rachidiennes ou appendiculaires.

Sans titre


Références bibliographiques 

[6] Bock SL et al. The presence and interrater reliability of thoracic allodynia in a whiplash cohort. Pain Physician. 2005 Jul;8(3):267-70

[13] Cleland JA et al. Examen clinique de l’appareil locomoteur: Tests, évaluations et niveaux de preuve. Elsevier Ed. 2012

[16] De Koning CHP et al. Clinimetric evaluation of active range of motion measures in patients with non-specific neck pain: a systematic review. Eur Spine J. 2008 Jul; 17(7): 905–921 

[34] Maigne R. Douleurs d’origine vertébrale. Comprendre, diagnostiquer et traiter. Elsevier 2006 

[36] Meisingset I et al. Evidence for a general stiffening motor control pattern in neck pain: a cross sectional study. BMC Musculoskelet Disord 2015;16(1):56

[37] Meisingset I, et al. Neck motion, motor control, pain and disability: A longitudinal study of associations in neck pain patients in physiotherapy treatment. Man Ther. 2016 Apr;22:94-100

[41] Muscolino JE. Manuel de palpation osseuse et musculaire: Points gâchettes, zones de projection et étirements. Elsevier Paris. 2010 

[44] Otéro J, Bonnet F. Cervicalgie : prévalence des syndromes McKenzie et des Préférences Directionnelles. Kinésithérapie, la Revue. Volume 16, Issue 169, Pages 2-10 (January 2016)

[51] Sahrmann S. Movement System Impairment Syndromes of the Extremities, Cervical and Thoracic Spines. Elsevier 2011

[53] Schneider GM et al. Intrarater and interrater reliability of select clinical tests in patients referred for diagnostic facet joint blocks in the cervical spine. Arch Phys Med Rehabil. 2013 Aug;94(8):1628-34 

[58] Williams MA et al. Reproducibility of the cervical range of motion (CROM) device for individuals with sub-acute whiplash associated disorders. Eur Spine J. 2012 May; 21(5): 872–878

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