L’adduction passive de hanche est limitée


Entretenue par la marche, par le repli sur soi du sujet qui souffre, par la station assise ou couchée prolongée du sujet grabataire, l’adduction passive n’est qu’exceptionnellement limitée. Le traitement se limitera à celui du tractus ilio-tibial, dont la raideur n’est pas nécessairement à traiter lorsqu’elle représente une adaptation du corps à une pathologie donnée.

Quelques pistes

Le rallongement fonctionnel du membre inférieur

Une attitude en abduction permet un rallongement fonctionnel du membre inférieur ; elle se compense par un équin du même côté, un flessum du genou de l’autre. La limitation induite par le fascia lata ne pourra être diminuée que transitoirement puisqu’elle a une utilité.

La perte de la stabilisation latérale active

Le TFL participe à l’extension du genou et maintient le tronc en station hanchée où il tend en avant du tractus ilio-fémoral, l’empêchant de se luxer en arrière du grand trochanter. La tension passive du fascia lata permet de passer le pas sans participation active de l’éventail fessier. Il limite l’adduction passive en charge.

Sa rétraction, compensatrice d’une parésie des abducteurs, est très fréquente en pathologie neurologique infantile ou chez les enfants atteints de myopathie. Elle entraîne une bascule antérieure du bassin, une rotation latérale de jambe et un genu-valgum qui peuvent être délétères à terme sur le genou.

Le «syndrome» de l’essuie-glace 

La fatigue lors de la course en endurance se traduit par une souffrance de la partie inférieure du fascia lata, qui doit à chaque réception lutter contre l’adduction coxo-fémorale et l’effondrement médial du genou, au fur et à mesure que les stabilisations actives s’épuisent. 

Observations & signes cliniques

Mise en évidence de l’adduction totale coxo-fémorale

1

Procédure 

Sur un sujet en latérocubitus, il est possible d’observer les quelques 15° d’amplitude totale d’adduction : le kinésithérapeute se couche sur le patient, maintenant fortement de son creux axillaire le bassin du patient. Le membre inférieur supralatéral est maintenu en suspension, en fin d’adduction, par la seule tension du tractus ilio-tibial.

Test d’Ober 

Objectifs

Il a pour but d’évaluer l’extensibilité du tractus ilio-tibial. 

Procédure 

Le patient est en latérocubitus controlatéral. Il tourne le dos au kinésithérapeute, debout latéralement à lui. Le bassin du patient est maintenu perpendiculairement au plan de la table, stabilisé dans le plan sagittal par la main crâniale du kinésithérapeute (Fig 9-2.58). La main caudale, par une prise en berceau de la jambe, place le tractus en tension sur le grand trochanter, la coxo-fémorale étant placée passivement et successivement en :

  1. Flexion 
  2. Abduction
  3. Extension. 

L’abduction est maintenue lors de ce mouvement, le genou reste fléchi. Le praticien saisit ensuite le pied supralatéral et le place à la hauteur du bassin. Par le déplacement de cette prise en supra-malléolaire, le kinésithérapeute permet à la cuisse de tomber en adduction de hanche sous l’action de la pesanteur. 

Valeurs 

Les valeurs obtenues sont qualitatives :

  • Le maintien de la cuisse en abduction est interprété comme lié à la tension du tractus ilio-tibial, considéré comme hypo-extensible. 
  • La cuisse horizontale ou tombant en adduction correspond à une souplesse normale voire importante du tractus ilio-tibial. 

Mesures 

Test d’Ober 

2

Le test d’Ober décrit précédemment peut être quantitatif : Il est possible de placer un inclinomètre sur la face latérale de cuisse pour donner une valeur chiffrée à cette extensibilité [6].

Valeurs 

BoussoleSur des sujets jeunes, sportifs et sains des deux sexes, la valeur inclinométrique moyenne était de l’ordre de −25° ± 7°. 

Fiabilité 

La fiabilité inter-examinateurs est bonne [14].

Mobilisation passive en adduction de hanche

La mobilisation frontale en adduction de la hanche peut paraître a priori impossible puisque un membre inférieur gêne l’autre; en fait deux possibilités sont offertes : soit réaliser des adductions associées à de la flexion ou à de l’extension, soit dégager le membre controlatéral.

Mobilisation en adduction avec dégagement du membre controlatéral 

3

Procédure 

Le sujet est en décubitus homolatéral; le membre opposé est fléchi et repose sur un coussin pour stabiliser le latérocubitus. Le thérapeute, placé en arrière du patient, utilise une prise en berceau pour réaliser l’adduction. De l’autre main, il stabilise la partie supralatérale du bassin et évite ainsi son mouvement.

Étirements 

Étirement du fascia lata en latérocubitus 

4

Procédure 

Le patient est en latéro-cubitus, le tenseur du fascia lata à étirer en supra-latéral. Amener la hanche en extension, laisser tomber le membre inférieur en arrière. Exercer une poussée verticale sur le genou afin de tendre le fascia lata. Gagner en contracté-relâché. Pour que le bassin ne bascule pas, il est nécessaire de fermement le maintenir sur la table par un appui vertical à l’aide du creux de l’aisselle.

Étirement du tenseur du fascia lata chez l’enfant 

5

Procédure 

Le patient est en procubitus en bout de table, le kinésithérapeute du côté opposé au muscle à traiter. La contre-prise s’effectue sur la partie inférieure du sacrum, en direction antérieure, afin d’empêcher l’antéversion du bassin. Il est nécessaire dans un premier temps d’amener la hanche à étirer en flexion et abduction pour tendre le fascia lata sur le grand trochanter. La prise est antéro-latérale à la partie inférieure de cuisse. 

Comme pour la réalisation du test d’Ober, le kinésithérapeute maintient la coxo-fémorale en abduction lorsqu’il l’amène en extension, avant d’étirer le tractus en adduction. 

Le genou est fléchi, le pied du patient peut être glissé sous l’aisselle du praticien. Il n’est pas nécessaire de rajouter les rotations latérale de hanche et médiale de genou.

Étirement du tenseur du fascia lata en décubitus

6

Procédure 

Kinésithérapeute en controlatéral. Sujet en décubitus, le membre inférieur controlatéral est fléchi. Le membre inférieur à traiter est amené en adduction horizontale et rotation latérale, l’avant-bras et la main du praticien placées le long du tractus ilio-tibial. Gagner en contracté-relâché. Il peut-être possible de croiser suffisamment la table afin de placer en plus le genou en flexion [19].

Auto-étirement du tractus ilio-tibial sujet debout

7

«Placez-vous en appui de l’avant-bras contre un mur, du côté du muscle à étirer. Passez le membre inférieur du côté muscle à étirer en arrière de l’autre membre inférieur, sur lequel vous allez vous appuyer. Descendez le long du mur en fléchissant progressivement la hanche et le genou du membre inférieur porteur. Gardez le genou de l’autre membre étendu et faites glisser votre pied sur le sol jusqu’à la sensation d’une tension à la face latérale de la cuisse. Réalisez cette manoeuvre plusieurs fois lors de la journée lorsque vous y pensez et que les conditions matérielles s’y prêtent.»


Références bibliographiques sur l’abord passif de la hanche

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