Des ultra-sons sur les articulations de douloureux chroniques ? Pourquoi pas, mais pourquoi ?


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– Oh le gros blaireau ! Tu fais encore des ultra-sons ? 

– Ben euh… Ouais ! J’aime bien. Y’a des patients qui me disent que ça leur a fait du bien à la dernière séance quand je leur ai passé sur leur épaule / genou / hanche douloureuse. 

– Il est temps que tu te formes, c’est pas du tout EBP les ultra-sons. Leur inefficacité est prouvée depuis longtemps ! Tiens, lis ça :

L’objectif de cette revue systématique était d’évaluer l’efficacité des ultrasons thérapeutiques dans la prise en charge des patients souffrant de douleurs au genou, aux épaules et aux hanches.

Méthodes 

À l’aide des recommandations de PRISMA, une recherche dans les bases de données PubMed, CENTRAL (The Cochrane Library), Web of Science et Scopus a été réalisée pour extraire des essais contrôlés randomisés (ECR) évaluant les ultra-sons (en continu et à impulsions) chez des patients souffrant d’une hanche, d’une genou, d’une épaule trop sensible.

Résultats 

La stratégie de recherche a identifié 8 études sur le genou, 7 études sur l’épaule et aucun sur la hanche répondant aux critères d’inclusion. 

Les 8 essais ont tous montré une amélioration de la douleur au genou et, parmi ces études, 3 ont montré une amélioration statistiquement significative des ultra-sons comparativement à un traitement factice. 

Pour la douleur à l’épaule, les 7 essais cliniques ont montré une réduction de la douleur, mais il convient de noter que 4 études ont montré un effet thérapeutique inférieur au traitement factice (!).

Conclusion 

Les ultrasons thérapeutiques sont fréquemment utilisés dans le traitement des douleurs au genou, aux épaules et aux hanches et sont souvent associés à d’autres modalités physiothérapeutiques. 

La littérature sur les gonalgies est la plus solide, avec certaines preuves à l’appui de l‘utilisation des ultra-sons, bien que la méthode d’administration (pulsée ou continue) soit controversée. 

En thérapie isolée, le traitement par ultrasons peut ne pas avoir d’impact significatif sur l’amélioration fonctionnelle, mais peut constituer un complément raisonnable à envisager avec d’autres modalités courantes. 

Dans les trois syndromes douloureux, en particulier pour les douleurs à la hanche, des essais supplémentaires sont nécessaires pour définir le véritable effet de la thérapie par ultrasons de faible intensité aux genoux, aux épaules et aux hanches. 

Aucune recommandation concluante ne peut être faite pour des réglages optimaux ou une posologie.

– Tu vois ! Je te l’avais bien dit : des fois, c’est même moins efficace qu’une absence de traitement !

– Oui, oui, mais des fois non. Et en gros, ça correspond bien à mes impressions de traitement : j’en ferais pas de façon isolée, mais en complément dans la séance, why not ?

– Ouais, enfin, c’est un peu toujours les mêmes auteurs qui disent que ça peu servir à quelque chose…


Références bibliographiques 

m_painmedicine_20_6coverAiyer R, Noori SA, Chang KV, Jung B, Rasheed A, Bansal N, Ottestad E, Gulati A. Therapeutic Ultrasound for Chronic Pain Management in Joints: A Systematic Review. Pain Med. 2019 May 16. pii: pnz102. doi: 10.1093/pm/pnz102. Article en pré-publication.

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Ultra-sons & rachialgies 

L’objectif de cette revue systématique était d’évaluer l’efficacité des ultrasons dans la lombalgie chronique et la cervicalgie.

Résultats

10 études contrôlées randomisées répondaient aux critères d’inclusion. 

Trois études sur la lombalgie ont montré que les ultrasons permettaient une amélioration significative de l’intensité de la douleur, qu’ils soient utilisés avec l’intensité requise ou comme placebo. On ne rigole pas.

Dans chacune de ces études, les ultra-sons thérapeutiques sont plus efficaces que les ultra-sons placebo, mais ils consomment plus d’électricité. 

Trois des quatre études portant sur leur emploi dans la cervicalgie ont démontré un soulagement significatif de la douleur lorsqu’ils étaient associés à d’autres modalités de traitement. Cependant, une seule de ces études a démontré que l’utilisation des ultrasons  était à l’origine de l’amélioration statistiquement significative de l’intensité de la douleur.

Conclusions

Les auteurs ne recommandent pas l’emploi isolé des ultra-sons dans le traitement de la lombalgie chronique ou de la cervicalgie. Ils pourraient être utilisés conjointement à d’autres modalités thérapeutiques pour le soulagement de la douleur à court terme. Aucune recommandation concluante ne peut être faite quant à l’intensité et la posologie optimales.

Commentaire 

Note établie à partir du seul résumé. Si vous avez accès au texte intégral, merci de me faire part de toute inexactitude ou renseignement complémentaire. 

Références bibliographiques 

m_painmedicine_20_3coverNoori SA, Rasheed A, Aiyer R, Jung B, Bansal N, Chang KV, Ottestad E, Gulati A. Therapeutic Ultrasound for Pain Management in Chronic Low Back Pain and Chronic Neck Pain: A Systematic Review. Pain Med. 2019 Jan 12. doi: 10.1093/pm/pny287. Article en pré-publication.

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Ultra-sons et lombalgie, une revue Cochrane

Rédigée le Vendredi 26 Décembre 2014

Les ultra-sons sont l’une des thérapies les plus usuelles ; cette revue [1] s’est intéressée à son efficacité dans le cadre des lombalgies. 7 études contrôlées randomisées portant sur 362 patients lombalgiques chroniques ont été incluses dans la revue systématique. 

Deux présentaient de faibles risques de biais. La plupart des études portaient sur l’usage des ultra-sons comme adjuvants de thérapie par exercices, avec des intensités diverses, pour des posologies de 6 à 18 séances. 

Efficacité des ultra-sons : 

Il y a des preuves de qualités modérées que cette forme de thérapie améliore les déficits comparativement avec un placebo sur le court-teme. 

Il y a des preuves de faibles qualités que : 

– Les ultra-sons ne soient pas plus efficaces qu’un placebo sur les douleurs, à court-terme. 

– L’ajout d’ultra-sons à la séance d’exercices ne soit pas plus efficace que les exercices, à court-terme, sur les douleurs comme sur les déficits 

– Les manipulations vertébrales soient plus efficaces que les ultra-sons sur le court comme le moyen-terme concernant les douleurs comme les déficits 

Il y a des preuves de très faibles qualités sur le fait qu’il n’y ait pas plus de bénéfice thérapeutique dans l’emploi des ultra-sons que de dans celui de l’électrothérapie; les ionisations pouvant montrer une amélioration sur un score généraliste (SF-36) comparativement à la thérapie par ultra-sons 

Dangerosité des ultra-sons : 

Aucune étude ne mentionne d’effets indésirables secondaires à l’application d’ultra-sons. 

A noter que, dans le dernier numéro de Kinésithérapie la Revue, Bernard Joly [2] vient contester ce qui est en France recommandé, depuis la Conférence de Consensus sur les lombalgies (1998) ; pas d’emploi des ultra-sons sur le rachis. 

L’argumentaire de Françis Crépon, invité comme expert à cette conférence et repris dans son ouvrage Electrothérapie & Physiothérapie portait essentiellement sur des faits retrouvés par ailleurs dans la littérature : 

1°- Le rachis est le siège de la majorité des tumeurs malignes, 

2°- Une étude in vitro a montré le pouvoir cytolytique des ultra-sons pour de très faibles temps d’insonisation (30 secondes) [4]. 

3°- Il n’y a pas d’évidence épidémiologique reliant le cancer à cette thérapie, mais l’application d’ultra-sons permet de faire grossir de façon significative les tumeurs sous-cutanées chez la souris par rapport à une population témoin, sans qu’il y ait de différence, à dose égale, entre le mode pulsé ou le mode continu [5]. 

Le principe de précaution vaut en conséquence, selon Crépon, pour cette pratique : comme un kinésithérapeute ne peut pas savoir a priori s’il existe un processus tumoral sous-jacent, il doit s’abstenir d’administrer des ultra-sons sur les dos. 

Une surprenante étude [6] citée par Bernard Joly fait état d’un échauffement des articulaires postérieures lombaires mesuré par sonde hypodermique sur des sujets sains (et volontaires ?). 10 minutes suffisent à des intensités usuelles (1.5 W/cm2 à 2.0 W/cm2), l’élévation étant majeure après 6 minutes, avec une température moyenne in situ de l’ordre de 38.1° pour 1.5 W/cm2 et 39.3° pour 2 W/cm2, à 10 mn. 

La revue Cochrane ne retrouve pas d’effets secondaires et pourrait permettre à un kinésithérapeute de s’appuyer sur ses conclusions comme sur celle de Bernard Joly en cas de contestation médico-légale de la part d’un patient ou d’un prescripteur. Il faut noter qu’elle se contente simplement de constater qu’aucun des 362 patients analysés n’a eu de complications. 

Conclusion de la revue Cochrane : 

Aucune étude de bonne qualité permet de recommander l’emploi des ultra-sons pour améliorer la douleur ou la qualité de vie des lombalgiques chroniques. Il y a quelques preuves indiquant une amélioration des déficits sur le court-terme, sans que cette amélioration soit considérée comme cliniquement importante. 

Références bibliographiques : 

[1] Ebadi S, Henschke N, Nakhostin Ansari N, Fallah E, van Tulder MW. Therapeutic ultrasound for chronic low-back pain. Cochrane Database Syst Rev. 2014 Mar 14;3:CD009169. doi: 10.1002/14651858.CD009169. 

[2] Bernard Joly. Ultrasons, anges ou démons pour le traitement des lombalgies ? Kinésithérapie, la revue – 2014. Vol. 14 – N° 156 – p. 28-31 

Résumé de l’article disponible en ligne 

[3] Francis Crépon. Électrothérapie et physiothérapie. Applications en rééducation et réadaptation. Elsevier Masson. 2012. 

[4] De Deyne P. : In vitro effects of therapeutic ultrasound on the nucleus of human fibroblasts. Physical Therapy vol 75 n° 7. 1995 

[5] Sicard-Rosenbaum L, Danoff JV, Guthrie JA, Eckhaus MA. Effects of energy-matched pulsed and continuous ultrasound on tumor growth in mice. Phys Ther. 1998;78:271–277 

[6] Morrisette DC, Brown D, Saladin ME. Temperature change in lumbar periarticular tissue with continuous ultrasound. J Orthop Sports Phys Ther. 2004 Dec;34(12):754-60. 

Article disponible en ligne


Ultrasons pulsés et genoux

Note publiée le 2/11/2017
Ultra-sons pulsés et genoux

Je ne voulais pas évoquer cette étude [1] apparemment non contrôlée, qui m’assure qu’en 5 séances d’ultra-sons les gonarthrosiques vont mieux. Pas de groupe témoin et en plus, ils n’ont même pas sacrifié les patients pour faire parler l’histologie. Ils jouent petit bras et en plus ils n’en ont qu’un seul.

Heureusement qu’on a de bonnes études bien solides [2], avec des sujets bien similaires, voire quasi-identiques, volontaires et grassement payés, pour contre-carrer ces fakes-studies.

J’ai quand même toujours une pensée pour le chercheur lorsqu’il rentre le soir fourbu de sa journée passée à insoniser des rats. C’est beau la Science, toutes ces heures trépidantes et aventureuses au bout de 25 ans de poursuite de thèse…

Mais au moins, lui, quand le patient lui empêche d’entendre Guillaume Meurice lorsqu’il passe les ultra-sons, il peut le zigouiller en toute légalité après.

But de l’étude :

Analyse histo-pathologique des effets des ultra-sons pulsés de faible intensité (US) sur les composants articulaires en utilisant un modèle de contracture de l’articulation du genou de rat (immobilisation par plâtre).

Sujets et méthodes :

Dix-neuf rats mâles Wistar âgés de 9 semaines répartis en un groupe témoin (n = 6) et un groupe expérimental.

Les rats du groupe expérimental ont subi une immobilisation du membre postérieur droit pendant 8 semaines. Ils ont ensuite été divisés au hasard en un groupe non traité (n = 6), qui a été élevé dans des conditions normales pendant 4 semaines, et un groupe traité (n = 7), qui a bénéficié d’US pendant 4 semaines.

Les US étaient effectués à une fréquence de 3 MHz, une intensité de 30 mW / cm2 et pulsés à raison de 20% du cycle de travail. L’irradiation a été effectuée une fois par jour pendant 10 minutes, 5 jours par semaine.

A la fin de cette période, des échantillons de tissus dans lesquels le plan sagittal du genou a pu être observé ont été préparés et observés à l’aide d’un microscope optique.

Résultats :

La limitation de l’extension de l’articulation du genou était significativement moins importante dans le groupe US par rapport au groupe non-traité.

La capsule articulaire postérieure était significativement plus épaisse dans le groupe non traité, avec une densité (a cross-sectional area of the collagen fiber bundles measured as an index of the density of the posterior joint capsule) de 53,5 ± 7,5% pour le groupe témoin, 77,2 ± 5,7% pour le groupe non-traité, et 69,2 ± 2,9% pour le groupe traité, avec des différences significatives entre tous les groupes.

Pour les auteurs, les US diminuent l’épaisseur de la capsule articulaire et c’est pour ça qu’ils ont des vertus assouplissantes.

Commentaire :

Je n’ai pas vu si l’examinateur était en aveugle de la répartition des rats pour mesurer la densité et goniométrer les pattes de rat. Ca serait ballot s’il ne l’était pas…

Références bibliographiques :

[1] Rodríguez-Grande EI. Osma-Rueda JL, Serrano-Villar Y, Ramírez C. Effects of pulsed therapeutic ultrasound on the treatment of people with knee osteoarthritis. J Phys Ther Sci. 2017 Sep;29(9):1637-1643. doi: 10.1589/jpts.29.1637.

Accès à l’article

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[2] Watanabe M, Kojima S, Hoso M. Effect of low-intensity pulsed ultrasound therapy on a rat knee joint contracture model. J Phys Ther Sci. 2017 Sep;29(9):1567-1572. doi: 10.1589/jpts.29.1567.

Accès à l’article

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Ultra-sons et talalgie plantaire

Note publiée le 21/8/2018
Ultra-sons et talalgie plantaire

Un essai clinique prospectif, randomisé, en double aveugle et contrôlé par placebo ne recommande pas l’emploi des ultra-sons dans les douleurs podales lors de la mise en charge.

54 patients «atteints de fasciite plantaire», entre 24 et 80 ans, ont été randomisés en deux groupes. Ils faisaient tous des auto-étirements du fascia plantaire et des triceps, mais le groupe contrôle bénéficiait en plus d’une séance d’US sans intensité, le groupe expérimental bénéficiait d’US à pleine puissance.

Posologie

Huit séances ont été réalisées, à raison de deux fois par semaine.

Indicateurs

EVA, un score consacré à la cheville et au pied, un test algométrique (seuil de douleur à la pression ?).

Résultats

Les deux groupes ont montré une amélioration statistiquement significative de toutes les mesures de résultats (p <0,001, les deux groupes), ce qui, en l’absence d’un troisième groupe sur lequel on ne fait strictement rien, ne permet pas de dire que cette prise en charge a un intérêt thérapeutique (les «miens» s’améliorent aussi parfois lorsque je rentre de vacances…).

Les auteurs, dans le résumé, considèrent cependant que des études préalables ont démontré l’avantage des auto-étirements de la chaîne postérieure.

En tout cas, vous pouvez faire l’économie des US, même si le patient vous dit malgré tout «ça me fait du bien votre machine, c’est quoi déjà ?» : les auteurs recommandent d’exclure les ultrasons du traitement de la fasciite plantaire.

Commentaire 

Note établie à partir du seul résumé. Si vous avez accès au texte intégral, merci de me faire part de toute inexactitude ou renseignement complémentaire.

Référence bibliographique

Katzap Y, Haidukov M, Berland OM, Ben Itzhak R, Kalichman L. Additive Effect of Therapeutic Ultrasound in the Treatment of Plantar Fasciitis: A Randomized Controlled Trial. J Orthop Sports Phys Ther. 2018 Jul 11:1-29. doi: 10.2519/jospt.2018.8110. Article en pré-publication.

Résumé disponible en ligne

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