Que faire d’un shift lombaire ?


lumbago avant après

Lumbar shift, trunk list, c’est ce que nous appelions autrefois les attitudes en baïonnette ou «scoliose» antalgique. 

  • Quelle en est la cause ?
  • Quel rapport entre shift lombaire et douleur ?
  • Comment le mettre en évidence ?
  • Dans quel sens le corriger ?
  • Combien de temps dure cette déformation ?
  • Est-ce que les techniques sont efficaces dans sa réduction ?

Oldies but goldies, quelques études passent les années sans que leurs conclusions soient trop remises en cause… Ou pas. Je profite de l’été pour ce retour vers le (peut être) futur. Note rédigée originellement dans ActuKiné le 10 Octobre 2014

Quelle en est la cause ? 

Impossible comme toujours d’affirmer la responsabilité d’une structure, mais cette attitude doit, à la condition que les structures anatomiques soient proches de la normale (ce qui n’est pas toujours le cas), décomprimer les structures côté convexe et comprimer les structures côté concave (côté vers lequel le tronc se translate). 

Traditionnellement [1], cette attitude est considérée comme liée à la présence d’une hernie discale (blocage intra-discal de De Sèze) ou des articulaires postérieures (NcNab), voire des deux. 

Tenhula [2] cite l’étude de Porter & Miller [3] portant sur 100 patients dont 20 ont été opérés. Parmi ces 20 patients, il n’était pas possible de relier la direction du shift avec le côté de la protrusion discale comme de la position topographique du disque. Selon leur résumé, deux fois plus de patients présentaient des shift droits, ce qui leur fait dire qu’il y a quelques preuves en faveur de la latéralité du patient (mais avec seulement 20 patients, on peut se demander avec quel test statistique ils ont pu le déterminer…) 

Il n’y aurait donc pas de relation claire entre la situation d’une hernie discale et le sens du shift.

Quel rapport entre shift lombaire et douleur ? 

L’étude de Tenhula indique, sur 34 lombalgiques en shift, la survenue d’une douleur lors de sa réduction en inclinaison latérale du côté opposé au shift (côté convexe) dans 71% des cas, dans 21 % la survenue d’une douleur lors de sa majoration du côté concave, alors que la manœuvre était sans douleur dans 8% des cas. 

  • Les lombalgies étaient à D dans 54% des cas, à G dans 38%, sans côté distinctif dans les 8% restants. 
  • Il n’y a apparemment pas de relation significative entre le côté de la douleur habituelle et le shift.
  • Réduire passivement le shift accentuerait les douleurs dans 70% des cas.
  • La corrélation semble pauvre entre l’intensité des douleurs (mesurée à l’aide du score d’Oswestry) et l’ampleur du shift.

Comment le mettre en évidence ? 

Sa présence peut être déterminée à l’œil. Dans l’étude de Tenhula, la présence et la direction du shift était établie par un observateur. L’agrément était parfait avec un autre examinateur (kappa à 1). 

Le préciser peut se réaliser sujet debout, le kinésithérapeute évaluant sa réduction et les douleurs pouvant survenir. 

Placé latéralement au patient, il stabilise d’une main le bassin et repousse l’épaule opposée. Ce test est décrit par Maitland [5], mais ce dernier en reconnaît la paternité à McKenzie. 

Une étude plus récente [4] ne considère pas très favorablement ces estimations qualitatives, quelles que soient les qualifications des praticiens. Comment une étude peut estimer une concordance parfaite et l’autre une absence notable de concordance ??? 

Dans quel sens le corriger ? 

C’est l’interrogation principale pour le praticien : faut-il réduire ou majorer le shift ? 

Les réducteurs de shift : 

Maigne [1], en rouleau lombaire, le réduit, le patient étant couché du côté convexe quand celui-ci est douloureux (en cyphose), du côté convexe quand celui-ci n’est pas douloureux (en lordose). 

N.B : Il n’y a pas une faute de frappe, et il est même indiqué dans le texte que c’est à partir de ces constatations cliniques qu’a été élaborée la «règle de la non-douleur et du mouvement contraire». Va comprendre, Charles. 

Laslett [6], patient debout, le réduit et encourage les manœuvres réalisées par le patient et allant dans le sens de sa réduction (ne pas hésiter à cliquer dans supplementary material pour voir la vidéo et le Maître officier) 

Les ouvreurs de shift : 

Sohier se laisse guider par la douleur et fait diverger le côté douloureux dans un premier temps, la convergence du côté douloureux ne se réalisant qu’au fur et à mesure des séances et en fonction de l’antalgie. 

Schacklock procède de même en présence de souffrances estimées d’origine foraminale ; il ouvre dans un premier temps, pour refermer progressivement au fil des séances. 

Ceux qui «tapent» ailleurs : 

Les ostéopathes considèrent traditionnellement L5-S1 comme une zone de compensation ne devant pas être traitée. Ils se focalisent sur des régions proches (sacro-iliaques), dont le traitement n’est pas sans retentir sur la charnière lombo-sacré, ou à distance en fonction des défauts de mobilité retrouvés par le praticien à l’examen clinique. 

Les douleurs ne sont pas prises en compte (pain is a lyer). Comme il est dit que 95% des «lésions sacro-iliaques» sont des «blocages physiologiques en torsion G sur axe G», la charnière lombo-sacrée est traitée indirectement en divergence D, soit en ouverture du shift. 

Cela revient à tirer à pile ou face le côté à traiter, puisqu’il n’est pas possible de se fier aux tests positionnels, ni d’estimer que les «lésions ostéopathiques» retrouvées soient responsables des souffrances. 

Combien de temps dure cette déformation ? 

Une étude [7] a suivi sur 90 jours des lombalgiques aigus présentant un shift et traités aléatoirement par la méthode MDT ou par un traitement de massage «classique». Au bout d’un mois (!) ce shift n’était plus présent dans 50% des cas (64% des patients traités par MDT, non significatif), mais 32% des patients présentaient encore ce trouble à 90 jours. 

Quand votre patient se regarde dans la glace après la 1° séance, vous pourrez le faire patienter et lui indiquer que malheureusement, depuis que votre assistant Jésus est retourné à Lisbonne, les résultats… 

Est-ce que les techniques sont efficaces dans sa réduction ? 

Rien ne l’indique dans la littérature présente, puisque la seule étude mentionnée [7] ne compare pas une absence de traitement à deux prises en charge thérapeutiques. Il manque un bras à l’étude. 

L’étude de cas de Laslett [6] indique des résultats quasi-miraculeux «The deformity was abolished almost completely within an hour of the initial treatment, and the acute pain was relieved within 3 days», mais comme toujours, les études de cas ne peuvent pas avoir force de preuve, sinon nous aurions tous des preuves à opposer, alors que, bien entendu, je suis le seul à avoir raison. 

Un traitement non chirurgical de la sciatique, pour lequel un ensemble de techniques fortement inspirées de la méthode MDT apparaissait aussi sinon plus intéressant que le recours à la chirurgie [Albert 2012]. Il montrait cette réduction du shift, comme ici en position debout ou en procubitus, mais la technique n’était pas pratiquée isolément. 

Conclusion : 

Ca ferait plutôt plus souvent mal quand on le réduit que quand on le majore, mais on ne connaît pas la conduite à tenir. 

Donc, chacun peut faire comme bon lui semble, et sa méthode est aussi valable ou inutile que celle des autres. 


Références bibliographiques : 

[1] Maigne R. Douleurs d’origine vertébrale. Comprendre, diagnostiquer, traiter. Elsevier 2006. Page 242 

[2] Tenhula, J. a, Rose, S.J. & Delitto, a, 1990. Association between direction of lateral lumbar shift, movement tests, and side of symptoms in patients with low back pain syndrome. Physical therapy, 70(8), pp.480–6 

Article disponible en ligne 

[3]Porter RW, Miller CG. Back pain and Trunk list. Spine. 1986;11:596400 

Résumé disponible en ligne 

[4] Werneke MW, Deutscher D, Hart DL, Stratford P, Ladin J, Weinberg J, Herbowy S, Resnik L. McKenzie lumbar classification: inter-rater agreement by physical therapists with different levels of formal McKenzie postgraduate training. Spine (Phila Pa 1976). 2014 Feb 1;39(3):E182-90. doi: 10.1097/BRS.0000000000000117. 

[5] Maitland’s Vertebral Manipulation. 7° édition. Elsevier. Page 350 

[6] Laslett M. Manual correction of an acute lumbar lateral shift: maintenance of correction and rehabilitation: a case report with video. J Man Manip Ther. 2009;17(2):78-85. 

Article disponible en ligne 

[7] M. G. C. Gillan, J. C. Ross, I. P. McLean, R. W. Porter. The natural history of trunk list, its associated disability and the influence of McKenzie management. European Spine Journal. December 1998, Volume 7, Issue 6, pp 480-483 

Article disponible en ligne

Albert HB, Manniche C. The efficacy of systematic active conservative treatment for patients with severe sciatica: a single-blind, randomized, clinical, controlled trial. Spine (Phila Pa 1976). 2012 Apr 1;37(7):531-42

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