L’EVA n’est pas une mesure quantitative


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L’EVA est une mesure a la validité interne confirmée et est un outil valide pour mesurer la douleur en un temps donné. Cependant, il existe un manque de sensibilité pour distinguer entre groupes de patients présentant différents niveaux de douleurs et cela conduit souvent à une sur- ou sous-estimation des réels changements. 

Cela pose le problème de la comparaison entre l’efficacité de différents traitements par exemple. 

Universellement employée dans les études cliniques, elle est souvent considérée comme une échelle mesurant des intervalles sans que l’on sache si cela est approprié. 


Oldies but goldies, quelques études passent les années sans que leurs conclusions soient trop remises en cause… Ou pas. Je profite de l’été pour ce retour vers le (peut être) futur. Note rédigée originellement dans ActuKiné le Mardi 22 Juillet 2014


Cette étude a recherché s’il y avait une validité de construction et une validité interne à cet outil, en utilisant une analyse de Rasch. 

Selon Wikipedia, «le modèle de Rasch est une méthode d’analyse de données statistiques, particulièrement employée en psychométrie pour mesurer des éléments tels que les capacités, les attitudes ou des traits de personnalité de personnes répondant à des questionnaires». 

Selon moi, il y a une heure, je ne savais même pas que ça existait, et depuis, je n’en sais guère plus, ce qui vous oblige à : 

  • Vérifier par vous même en lisant l’article. 
  • Ne pas hésitez à m’interpeller si vous estimez que j’ai un peu forcé sur le Reuilly ou compris de travers. 
  • Faire profiter la communauté des lecteurs de votre expertise sur le sujet 
  • Considérer a priori que tout ceci est peut être vrai. 
  • Ou pas. 

L’étude-exemple

221 patients de 67 ans de moyenne d’âge, dont 58 % de femmes, présentant une douleur chronique et stable de la hanche (40%) ou du genou (60%) et candidats à la prothèse ont servi de sujets. L’EVA a été recueillie tous les jours pendant 7 jours et passée à la moulinette de Rasch. 

Trois points émergent de cette étude : 

1°- la cotation de la douleur s’avère stable sur une semaine, ce qui suggère qu’elle est interprétée de la même façon, quel qu’en soit le moment et indépendamment de la connaissance des cotations précédentes. Cela est en faveur d’une bonne validité interne. Vous pouvez donc continuer à l’utiliser chez les patients compliants. 

2°- les données sont conforment au modèle de Rasch, ce qui confirme cette validité interne (et  vous avez saisi que je ne vous en dirais pas plus…) 

3°- l’étude montre clairement que la douleur mesurée sur l’EVA suit une échelle ordinale avec un certain nombre de problèmes qui rendent son interprétation moins simple : 

– S’en servir comme d’une mesure quantitative continue pour comparer deux populations est hasardeux 

– Les changements mesurables à l’aide de cette échelle sont différents selon que les individus souffrent de très fortes, très faibles douleurs ou de douleurs moyennes. 

Il est en conséquence évident que vouloir comparer des EVA à l’aide de tests statistiques paramétriques est une erreur méthodologique : ces tests ne s’adressent qu’à des variables quantititatives continues. 

Si l’EVA était une variable quantitative continue, l’intervalle entre 8 et 10 serait de même dimension que l’intervalle entre 1 et 3, ce qui n’est pas le cas. Il apparait qu’elle n’est qu’une variable qualitative ordinale à l’image d’une cotation comme le testing, pour lequel la cotation 5 n’est pas 5 fois plus importante que la cotation 1. Elle ne se comporte pas de façon linéaire. 

Les auteurs donnent en exemple une étude pilote comparant l’acupuncture à un placebo dans la lombalgie chronique, pour laquelle les patients devaient donner une cotation de leur douleur moyenne et de la pire de leur douleur. La douleur moyenne s’avérait identique entre acupuncture et placebo, la douleur maximale s’avérait différente. 

Ils concluent que l’EVA ne devrait pas être utilisée comme un critère d’évaluation principal dans les études contrôlées randomisées sans que les données soient converties préalablement à l’aide d’une analyse de Rasch. 

Si vous ne maîtrisez pas ce type d’analyse, vous pouvez laisser en plan l’étude que vous préparez depuis des années et partir profiter du soleil et des vins de soif. 


Référence bibliographique : 

Kersten P, White PJ, Tennant A. Is the pain visual analogue scale linear and responsive to change? An exploration using rasch analysis. PLoS One. 2014 Jun 12;9(6):e99485. doi: 10.1371/journal.pone.0099485. 

Article disponible en ligne

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