Manipulation costale et thoracique supérieure en traitement des scapulalgies


Une étude ancienne, réalisée par des kinésithérapeutes italiens & espagnols, s’est intéressée à une région peu abordée dans les évaluations en thérapie manuelle. Elle est intéressante par les prises de mains. Mais une étude venant de paraître dans le JOSPT ne semble pas recommander ces traitements manuels costauds et costaux dans les scapulalgies… Sommes nous encore victimes de nos croyances d’os déplacés ?

Population-cible : 

Patients souffrant de scapulalgie avec un signe de Neer négatif, avec ou sans douleurs brachiales.

Posologie : 

2 séances de manipulation de la 2° et 3° côte du côté douloureux et de T2-T3 en bilatéral, à deux jours d’intervalle. 


Oldies but goldies, quelques études passent les années sans que leurs conclusions soient trop remises en cause… Ou pas. Retour vers le (peut être) futur. Note rédigée originellement dans ActuKiné le 27/9/15 et mise à jour…


Procédure : 

Sans titre

L’articulation costo-transversaire de la 2° comme de la 3° côte du côté douloureux est abordée patient en décubitus dans une position de dog-technic, à ceci près que : 

  • Les bras sont croisés horizontalement sur la poitrine. 
  • L’éminence thénar de la main inférieure du kinésithérapeute tracte en direction caudale les deux côtes en veillant à être en dedans de l’angle postérieur de ces côtes. Cette traction est initiée avant que le patient ne soit recouché sur le dos. 
  • Un appui ventro-dorsal est réalisé par la main supérieure du kinésithérapeute sur la région infra-claviculaire et supéro-latérale de la région pectorale. 

Le patient est invité à décoller activement sa tête et, à ce moment, un thrust est réalisé avec comme composantes simultanées : 

  • Un thrust en direction ventro-crânial habituel à l’aide de l’épigastre du praticien 
  • Un thrust en compression antéro-postérieure sur la région infra-claviculaire 
  • Une traction caudale en pronation par la main inférieure. 
  • Une blagounette racontée au patient pour qu’il pense à autre chose. 

48 heures après la séance, un thrust bilatéral en dog-technic a été réalisé, centré sur T2-T3. La tête du patient était là tenue en inclinaison latérale du côté du kinésithérapeute et en rotation controlatérale. 

Variante en mobilisation passive de la 2° côte, sujet assis

Variante en thrust vertical sujet assis

Validité 

BoussoleElle est impossible à démontrer dans une étude de ce type, ni randomisée, ni contrôlée. Les graphiques illustrant le SPADI et l’EVA évoquent un effet immédiat postérieur à la manipulation vertébrale se maintenant de 48 heures à 3 mois après traitement. Réalisée dans un cadre universitaire, cette étude est destinée à être le préliminaire d’une étude contrôlée randomisée.

Il a pu être avancé que ces techniques avaient un effet transitoire sur les scapulalgies [Muth 2012], mais globalement, manipuler ou faire semblant…

  • Cette étude [Kardouni 2015] a assigné au hasard 52 patients à recevoir une seule séance de manipulation vertébrale thoracique ou une manipulation vertébrale thoracique simulée. La cinématique thoracique et scapulaire lors de l’élévation active du bras et l’excursion thoracique globale ont été mesurés avant et après l’intervention. L’EVA, un score portant sur la fonction (Pennsylvania Shoulder Score) et un Global Rating of Change (GRoC) ont servi d’évaluateurs. La douleur et la fonction des patients étaient améliorées dans les deux groupes, sans différences significatives entre la manipulation vertébrale et son placebo.
  • Une étude venant de paraître (et dont je n’ai lu que le résumé) [Grimes 2019] comparant la manipulation vertébrale thoracique en décubitus, en position assise et une manipulation vertébrale factice sur des patients souffrant de scapulagie attribuée à un conflit sous-acromial n’a pas permis non plus de trouver de différence entre les trois abords quant à la douleur, la satisfaction du patient, et la fonction. Les auteurs concluent qu’il n’y a pas d’effet sur le court-terme de la manipulation vertébrale thoracique supérieure sur la scapulalgie.

Références bibliographiques : 

Dunning J et al. Changes in Shoulder Pain and Disability After Thrust Manipulation in Subjects Presenting With Second and Third Rib Syndrome. J Manipulative Physiol Ther. 2015 Jul-Aug;38(6):382-94. doi: 10.1016/j.jmpt.2015.06.008. 

Article disponible en ligne 

Articles en rapport avec le sujet

Grimes JK, Puentedura EJ, Cheng MS, Seitz AL. The Comparative Effects of Upper Thoracic Spine Thrust Manipulation Techniques in Individuals With Subacromial Pain Syndrome: A Randomized Clinical Trial. J Orthop Sports Phys Ther. 2019 Oct;49(10):716-724. doi: 10.2519/jospt.2019.8484.

Articles en rapport avec le sujet

Kardouni JR. Thoracic Spine Manipulation in Individuals With Subacromial Impingement Syndrome Does Not Immediately Alter Thoracic Spine Kinematics, Thoracic Excursion, or Scapular Kinematics: A Randomized Controlled Trial. J Orthop Sports Phys Ther. 2015 May 21:1-34. Article sous presse.

Article disponible en ligne

Articles en rapport avec le sujet

Muth S et al.The Effects of Thoracic Spine Manipulation in Subjects With Signs of Rotator Cuff Tendinopathy. J Orthop Sports Phys Ther 2012;42(12):1005-1016.