Bronchiolite : juste le sentiment d’être un praticien de seconde zone


Sans titreComme lors du précédent avis HAS sur les lombalgies, cette recommandation [1] semble vouloir le plus possible éloigner les kinésithérapeutes de la prise en charge en aiguë, en première intention, en triage, comme si nous n’étions pas réellement une profession de santé. Plutôt maladroit, désobligeant, et surtout contre-productif à l’entrée de l’hiver, en pleine crise des urgences. 

Nous ne sommes pas nommément concernés 

«Professionnels concernés :

Tout professionnel de santé concerné par la prise en charge de nouveaux nés et des nourrissons âgés de moins de 12 mois présentant un premier épisode aigu de gêne respiratoire : les médecins généralistes, les pédiatres, les médecins de PMI, les urgentistes, les sages-femmes, et tout autre professionnel suceptible (sic) de prendre en charge ces enfants».

C’est toujours le même vieux clivage entre personnels «médicaux» et ancillaires médicaux : 

Les kinésithérapeutes n’y figurent pas nommément, les infirmières non plus, mais les sages-femmes y sont, parce qu’elles font -stricto sensu- partie du sérail médical. Il faut donc que les parents aient le bon réflexe : quand mon enfant à une bronchiolite, je vais voir une sage-femme. Croisons les doigts pour que les vétérinaires ne se sentent pas exclus. 

Trop de rigueur ?

Je comprends bien la problématique de la HAS : «la loi, rien que la loi, toute la loi». Le kinésithérapeute n’est pas un praticien de première intention. Mais à ce jour, depuis la loi Touraine et comme le rappelle régulièrement Me Buzyn, en l’absence d’un médecin, le kinésithérapeute peut en urgence pratiquer un acte de kinésithérapie et en référer au médecin traitant. Pile poil dans les clous…

Elle aurait dû travailler à la HAS cette dame, on en serait pas là aujourd’hui.

Mais puisque la kiné ne sert à rien ?

Je n’arrive pas à imaginer que pour un médecin, un kinésithérapeute ne serve qu’à vider des bébés, comme un volailler a pour rôle social de vider des poulets.

Ils nous imaginent muets ou tout juste capables de parler du match de la veille ? Ils n’ont pas compris que le rôle majeur du kinésithérapeute est de rassurer les patients, de favoriser les comportements positifs, d’expliquer, traduire, de ressasser le même message de séance en séance pour éviter des traitements lourds, inutiles, dix fois plus chers, avec de possibles effets secondaires ?

Les kinésithérapeutes impliqués dans ces traitements viennent de faire paraître une étude contrôlée randomisée [2] sur le sujet. Peut être est-elle arrivée trop tard ? Peut être qu’elle est mal réalisée ? Peut être qu’elle ne démontre rien ? Peut être que réalisée par des kinésithérapeutes, c’est donc encore une fois pas sérieux ? C’est vrai qu’ils sont juges et parties, mais on va attendre que les études pédiatriques payées par des laboratoires pharmaceutiques nous jettent la première pierre. 

Les parents, auxiliaires médicaux

Une check-list est proposée aux soignants (le médecin de soins primaires) pour évaluer la gravité de l’épisode de bronchiolite aiguë. 

Une fiche est donnée aux parents, véritables auxiliaires médicaux, pour juger de l’évolution immédiate selon les signes d’alerte, sous 24 à 48 heures. 

Et après ? Après, on demandera aux «professionnels de premier recours et (aux) réseaux bronchiolite». On ne fait pas partie des premiers et les seconds, majoritairement composés de kinésithérapeutes, font fondre comme neige au soleil avec une telle recommandation.

Ayons le réflexe kiné ? Ben non

Pourtant, tous les ingrédients sont présents dans ce papier pour aller de l’avant. Elle est très bien, cette fiche de « conseils de surveillance pour les parents au décours d’une consultation ou d’une hospitalisation » pour un 1er épisode de bronchiolite aiguë du nourrisson. Le groupe de travail a bien travaillé.

Il y a juste un maillon manquant entre les parents inquiets et le médecin indisponible ou les urgences débordées. Ils n’ont pas osé proposer que la fiche soit disponible chez tous les buralistes lorsque papa ira chercher ses clopes ? Les pédiatres ont eu peur d’être évincés ?

La promotion d’un «kit bronchiolite» à l’usage de tous les kinésithérapeutes maillant le territoire aurait permis d’éviter d’engorger les urgences et de libérer l’emploi du temps des généralistes. Nous nous serions tous dotés du matériel nécessaire (un oxymètre de pouls et un crayon bien affuté pour cocher les cases de la fiche). Mais cela ne doit pas être une priorité nationale de résoudre le problème de l’immense majorité des bronchiolites pour une ou deux séances de kinésithérapie à 17,85 € pièce.

Tout ceci manque singulièrement de compétences logistiques et de psychologie. Mais déjà que les pédiatres ont dû se coltiner des kinés dans le groupe de travail, si en plus ils avaient dû discuter avec des psychologues…


Références bibliographiques 

[1] HAS. Prise en charge du 1er épisode de bronchiolite aiguë chez le nourrisson de moins de 12 mois. Recommandation de bonnes pratiques – Mis en ligne le 14 nov. 2019

[2] S. Sebban, D. Evenou, C. Jung, C. Fausser, S. JC. Jeulin, S. Durand, M. Bibal, V. Geninasca, M. Saux, M. Leclerc. Symptomatic Effects of Chest Physiotherapy with Increased Exhalation Technique in Outpatient Care for Infant Bronchiolitis: A Multicentre, Randomised, Controlled Study. Bronkilib 2. J Clin Res Med, Volume 2(4): 1 2019 

(Article en accès libre) 

 

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