Chirurgie des tendinopathies : pas avant un an de kinésithérapie active


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«Constant attention by a good nurse may be just as important as a major operation by a surgeon» est une citation célèbre du début du XXe siècle mais rarement utilisée de nos jours. 

Elle peut s’appliquer à la gestion des tendinopathies. Les chirurgiens ont tendance à ignorer la réadaptation, les physiothérapeutes peuvent ignorer la chirurgie même lorsque le patient ne fait pas de progrès et de nombreux médecins du sport utilisent des modalités de traitement «nouvelles» qui reposent sur peu de preuves (sic transit).

Dans l’esprit de nombreux praticiens, la chirurgie a toujours été le dernier recours des patients ayant échoué à diverses prises en charge non médicales, mais il existe peu de preuves la comparant aux traitements non chirurgicaux.

Que dit la littérature ?

Un groupe de chirurgiens et de kinésithérapeutes ont décidé d’examiner systématiquement sur des bases factuelles récentes les avantages de la chirurgie par rapport à la physiothérapie, dans le traitement des patients dont les souffrances sont attribuées à des tendinopathies. 

A partir de 12 études contrôlées randomisées ayant passé les critères d’inclusion, aucune preuve de la supériorité de la chirurgie sur les thérapies basées sur l’exercice chez les patients présentant une tendinopathie n’a été retrouvée, y compris sur un suivi de 12 mois. 

Sur la base de ces données, ils recommandent de n’envisager une éventuelle chirurgie pour ces tendinopathies courantes uniquement après une prise en charge suffisamment longue d’exercices (12 mois) ou lorsque le patient n’a pas toléré la mise en charge progressive et/ou a échoué à plusieurs reprises dans ses objectifs fonctionnels ou sportifs.

La nécessité d’une chirurgie factice

Cette revue souligne l’importance d’une chirurgie factice dans les essais chirurgicaux contrôlés randomisés, y compris ceux dans la tendinopathie. Comparée à l’utilisation d’un groupe témoin non chirurgical, la chirurgie factice égalise l’effet placebo de la chirurgie et donne des indications plus réalistes sur l’efficacité de la procédure chirurgicale en question. 

Un des auteurs a récemment terminé une étude sur un simulacre de chirurgie dans le traitement  d’une épicondylalgie latérale qui ne montre aucune différence statistiquement significative avec le geste chirurgical 6 et 12 mois après intervention. Les mécanismes exacts de la manière dont la chirurgie factice conduit à une amélioration des résultats de la tendinopathie restent flous et mettent en évidence la possibilité que la rééducation post-opératoire puisse jouer un rôle et que le «temps qui passe» soit important.

Les essais cliniques évaluant des interventions chirurgicales dans les tendinopathies devraient idéalement inclure un groupe de chirurgie factice afin que le véritable effet chirurgical puisse être quantifié de manière appropriée.


Références bibliographiques 

Millar NL, Murrell GAC, Kirwan P. Time to put down the scalpel? The role of surgery in tendinopathy. Br J Sports Med. 2019 Oct 25. pii: bjsports-2019-101084. doi: 10.1136/bjsports-2019-101084. Article sous presse

(article en accès libre) 

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