Plus longtemps j’ai mal aux lombaires, moins j’ai de neurones


Les échecs de la chirurgie rachidienne, la cervicalgie attribuée à un fléau cervical, les rachialgies chroniques d’une manière générale bénéficient d’un traitement qui se concentre sur les mécanismes d’entrée (traitement des éléments périphériques tels que les muscles et les articulations) et les mécanismes de sortie (rééducation du contrôle moteur), alors que moins d’attention est porté à la transformation des mécanismes centraux.

Sans titreGraphes issus de l’étude de Seminowicz

Conjointement à l’affaiblissement et à la moindre qualité des muscles spinaux chez ces patients, il existe des preuves croissantes que des mécanismes centraux (hyperexcitabilité du système nerveux central, anomalies cérébrales) puissent jouer un rôle. 

Par conséquent, les traitements rachidiens devraient traiter non seulement les dysfonctionnements périphériques mais aussi le cerveau. Une mise au point (Nijs 2014) prône une approche moderne des neurosciences, couplant l’information du patient sur les mécanismes de sa douleur à la rééducation du contrôle moteur. 

La perte de substance grise : 

Cet article fait état d’une perte de la substance grise corticale contemporaine de la douleur chronique telle qu’elle est vécue par le lombalgique et des quelques preuves en faveur de la réversibilité de ce déficit lors du traitement. 

Il est vraisemblable que cette diminution ne soit pas le fait de la lombalgie chronique mais de la douleur chronique en général. 

Les références bibliographiques citées par cet article font état de plusieurs études allant dans le même sens : 

Apkarian et al. ont comparé la morphologie du cerveau de 26 patients lombalgiques chroniques à des sujets témoins appariés, en utilisant des IRM avec techniques d’analyse automatisées. 

Les lombalgiques ont été divisés en patients neuropathiques (lombo-sciatalgiques) ou non-neuropathiques. Les caractéristiques liées à la douleur ont été corrélés à des mesures morphométriques. Le volume de matière grise du néo-cortex a été comparé après normalisation des dimensions des crânes. 

Les patients lombalgiques ont montré de 5 à 11% de volume de matière grise du néocortex en moins comparativement aux sujets témoins. 

L’ampleur de cette baisse est équivalent à la perte de volume de matière grise en 10 à 20 ans de vieillissement normal. 

La baisse de volume est liée à la durée de la douleur, ce qui indique une perte de 1,3 cm3 de matière grise contemporaine de chaque année de douleur chronique. 

La densité de la matière grise est réduite dans le cortex préfrontal dorsolatéral, en bilatéral ainsi qu’au niveau du thalamus et fortement liée aux caractéristiques de la douleur qu’elle soit ou non neuropathique. 

Cela implique que la physiopathologie de la douleur chronique comprenne des processus thalamocorticaux (Apkarian 2004). 

D’autres études (Buckalew 2008, Wood 2010, Ung 2012) sont citées dans la mise au point de Nijs. 


Oldies but goldies, quelques études passent les années sans que leurs conclusions soient trop remises en cause… Ou pas. Retour vers le (peut être) futur. Note rédigée originellement dans ActuKiné le Mercredi 27 Mai 2015


Une réversibilité possible par le traitement : 

Seminowicz et al. ont effectué des examens IRM structurels et fonctionnels sur 18 lombalgiques avant et 6 mois après un traitement à base de chirurgie ou injections facettaires, 16 sujets similaires ayant servi de contrôles. 

La zone du cortex préfrontal dorso-latéral gauche, plus fine chez les lombalgiques, apparaissait épaissie au 2° examen, réalisé après traitement. 

Elle était corrélée avec une amélioration des douleurs et déficits et apparaissait s’améliorer à l’IRM fonctionnelle lors d’une tâche demandée au sujet (Seminowicz 2011). Cette diminution pourrait être liée à des perturbations émotionnelles susceptibles d’être réversibles par la réduction des afférences nociceptives par voie biomécanique comme comportementale. 


Références bibliographiques : 

 Jo Nijs , Mira Meeus, Barbara Cagnie, Nathalie A. Roussel, Mieke Dolphens, Jessica Van Oosterwijck, Lieven Danneels. A Modern Neuroscience Approach to Chronic Spinal Pain: Combining Pain Neuroscience Education With Cognition-Targeted Motor Control Training. PHYS THER May 2014 94:730-738.  doi:10.2522/ptj.20130258 

Article disponible en ligne 

Seminowicz DA, Wideman TH, Naso L, et al. Effective treatment of chronic low back pain in humans reverses abnormal brain anatomy and function. J Neurosci. 2011;31:7540 –7550. 

Article disponible en ligne 

Apkarian AV, Sosa Y, Sonty S, et al. Chronic back pain is associated with decreased prefrontal and thalamic gray matter density. J Neurosci. 2004;24: 10410 –10415. 

Article disponible en ligne 

Buckalew N, Haut MW, Morrow L, Weiner D. Chronic pain is associated with brain volume loss in older adults: preliminary evidence. Pain Med. 2008;9:240–248. 

Wood PB. Variations in brain gray matter associated with chronic pain. Curr Rheu-matol Rep. 2010;12:462–469. 

Ung H, Brown JE, Johnson KA, et al. Multivariate classification of structural MRI data detects chronic low back pain. Cereb Cortex. 2012 Dec 17 [Epub ahead of print]. doi: 10.1093/cercor/bhs378. 

Article disponible en ligne

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