Le fléau cervical


Biomécanique de l’impact et morphologie du cou

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Paysannes se servant d’un fléau pour battre le blé et en extraire les grains

Malgré des recherches nombreuses et des progrès réalisés dans la conception automobile, les conséquences des traumatismes attribuées au mécanisme du fléau cervical n’ont cessé d’augmenter. 

Ceci est lié à la relative méconnaissance du mécanisme lésionnel et aux facteurs pouvant influencer la survenue de conséquences pathologiques. 

La plus grande souplesse cervicale féminine, la place occupée dans l’auto, le caractère longiligne du cou, la morphologie musculaire sont des facteurs analysés dans cette revue, à partir de concepts biomécaniques, d’études cadavériques, de simulation sur modèle, d’imagerie obtenue sur des sujets volontaires. 


Référence bibliographique : 

Brian D. Stemper, Brian D. Corner. Whiplash-Associated Disorders: Occupant Kinematics and Neck Morphology. J Orthop Sports Phys Ther 2016;46(10):834-844. doi:10.2519/jospt.2016.6846 

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Oldies but goldies, quelques études passent les années sans que leurs conclusions soient trop remises en cause… Ou pas. Je profite des vacances pour ce retour vers le (peut être) futur (pas vu d’autre dossier aussi exhaustif que ce numéro spécial du JOSPT depuis). Notes rédigées originellement dans ActuKiné entre le Samedi 26 Novembre et le Vendredi 9 Décembre 2016


Médicaments et interventions thérapeutiques après cervicalgie attribuée à un fléau cervical

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Photo de Pixabay sur Pexels.com

Malgré leur usage massif, la littérature, basée sur de fortes preuves, ne recommande pas l’emploi de médicaments dans les conséquences d’un fléau cervical. La traduction sous-jacente du résumé de cet article illustre la différence qu’il peut y avoir entre les abords européens et nord-américain de cette affection. 

La prescription d’AINS est concevable en phase aigue post-traumatique. Lors du passage à la chronicité, l’utilisation de médicaments anti-inflammatoires non stéroïdiens est plus préoccupante en raison des complications gastro-intestinales et rénales potentielles liées à une utilisation prolongée, comme au manque de preuves à long terme sur leurs avantages thérapeutiques. 

  • Les anti-dépresseurs peut être utilisés chez les patients souffrant d’hyperalgie, de souffrances nocturnes insomniantes, de dépression. 
  • Les anti-convulsifs ne peuvent pas être des traitements de première intention, mais doivent être envisagés si les autres traitements échouent (???!!!). 
  • L’utilisation d’opioïdes chez les patients souffrant de douleur chronique est devenue l’objet de graves préoccupations, en raison de l’absence de preuves sur leur intérêt à long terme et des risques associés. Une extrême prudence dans la prescription et la surveillance de ces opiacés est obligatoire. 
  • Les blocs des articulations zygapophysaires sont valides pour le diagnostic de la douleur articulaire facettaire, qui est l’une des manifestations possibles de la cervicalgie attribuée à un fléau cervical. Un essai randomisé contrôlé et plusieurs études prospectives de grande qualité confirment l’efficacité de la neurotomie par radiofréquence pour le traitement de cette douleur articulaire facettaire. 
  • L’efficacité du traitements des point-gâchettes est incertaine. Ils peuvent être proposés en raison d’une efficacité possible et des risques limités d’effets secondaires (dans d’autres pays que le nôtre, leur traitement se fait aussi par effraction cutanée, avec ou sans injection d’anesthésiques). 
  • Tout médicament ou procédure doit être considéré dans le cadre d’une évaluation globale du patient. Comme pour toute condition de douleur chronique, la considération parallèle de la réadaptation et des interventions psychosociales est obligatoire. 

Référence bibliographique : 

Michele Curatolo. Pharmacological and Interventional Management of Pain After Whiplash Injury. J Orthop Sports Phys Ther 2016;46(10):845-850. Epub September 3, 2016. doi:10.2519/jospt.2016.6906 

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Voies de guérison et pronostic des cervicalgies attribuée à un fléau cervical

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Photo de James Wheeler sur Pexels.com

Toujours la même histoire quelles que soient les pathologies……

L’évolution est variée et complexe. Certaines personnes récupèrent rapidement et pleinement, tandis que d’autres souffrent de douleur et d’incapacité. 

Trois modèles distincts de récupération ont été identifiés à l’aide de mesures d’incapacité et de résultats psychologiques. 

Ces trajectoires ne sont pas linéaires et montrent que la récupération, si elle se produit, a tendance à le faire dans les 3 premiers mois après traumatisme, avec peu d’amélioration après cette période. 

L’identification des facteurs associés à une mauvaise récupération s’accumule et, depuis 2000, il y a eu au moins 10 revues systématiques publiées sur le sujet. 

Une mauvaise récupération a été systématiquement associée à une intensité initiale élevée de la douleur cervicale et à une incapacité liée au cou, à des symptômes de stress post-traumatique, à un catastrophisme et, dans une moindre mesure, à une faible capacité à faire face au problème comme à une hyperalgésie à froid. 

Les données probantes concernant d’autres facteurs, y compris la notion de prise en charge financière du traumatisme, les facteurs psychologiques, l’atteinte structurale et l’état de santé avant le traumatisme demeurent équivoques. 

Étant donné le nombre énorme de facteurs prédictifs et les diverses interprétations de ce que peut être une récupération, il est difficile d’adapter ces données pour une utilisation pratique clinique. 

Des outils tels que les règles de prédiction clinique (RPC), qui quantifient statistiquement les données pertinentes, peuvent aider à prédire la probabilité de diagnostic, de pronostic ou de réponse au traitement. De nombreuses RPC ont été proposées pour les personnes souffrant de coup de fouet cervical ; Toutefois, à ce jour, seules 3 d’entre elles ont fait l’objet d’une validation externe et aucune n’a encore fait l’objet d’une analyse d’impact, étape nécessaire pour fournir des informations sur la capacité de ces règles à améliorer les résultats cliniquement pertinents. 


Référence bibliographique : 

Carrie Ritchie, Michele Sterling Recovery Pathways and Prognosis After Whiplash Injury. J Orthop Sports Phys Ther 2016;46(10):851-861 

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Quelle place pour l’imagerie médicale dans la cervicalgie attribuée à un fléau cervical ?

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Il est généralement admis que jusqu’à 50% de ceux qui ont subi un fléau cervical à la suite d’une collision automobile ne parviendront pas à se rétablir complètement. 

Vingt-cinq pour cent de ces patients démontreront un tableau clinique nettement complexe qui inclut l’incapacité liée à la douleur, les troubles sensoriels et moteurs et la détresse psychologique. 

Un certain nombre de facteurs psychosociaux ont montré une valeur pronostique pour la guérison après le coup de fouet cervical d’une collision de véhicule automobile. À ce jour, aucune prise en charge en aigu (thérapies physiques, éducation, interventions psychologiques ou stratégies interdisciplinaires) n’a influencé positivement les taux de récupération. 

Peu ou pas de tests cliniques sont susceptibles d’identifier la présence d’un grand nombre de lésions patho-anatomiques probables (fracture, rupture ligamentaire, lésion discale). 

Les fractures, en particulier aux jonctions crânio-vertébrale et cervico-thoracique, peuvent ne pas être décelées à la radiographie. 

La tomodensitométrie à haute résolution peut détecter de telles fractures, mais il subsiste un manque de données sur la prévalence des fractures dans cette population. 

L’IRM conventionnelle n’a pas systématiquement révélé de lésions chez ces patients en post-traumatique immédiat comme en chronique, une «défaillance» qui peut être due à des limitations dans la résolution des dispositifs disponibles et à l’utilisation de séquences standard. 

L’évolution technologique des techniques d’imagerie et des séquences pourrait éventuellement fournir une plus grande résolution pour révéler les lésions anatomiques actuellement insaisissables chez les patients à risque de récupération médiocre. 

Les résultats préliminaires de 2 études de cohorte prospectives dans 2 pays différents suggèrent qu’il en est ainsi, comme en témoignent les modifications apportées à la structure des muscles squelettiques chez ceux qui ne se rétablissent pas complètement. 

Dans ce commentaire clinique, les auteurs présentent brièvement : 

  • Les règles de décision d’imagerie disponibles et les connaissances actuelles sous-tendant la pathomécanique et la physiopathologie du whiplash, 
  • Les facteurs pronostiques connus qui sous-tendent la récupération fonctionnelle, 
  • Les faits nouveaux concernant la pathologie de la dégénérescence et régénération musculaire, 
  • Les progrès de la neuroimagerie et des techniques d’imagerie musculo-squelettique. 

Référence bibliographique : 

James M. Elliott, Sudarshan Dayanidhi, Charles Hazle, Mark A. Hoggarth, Jacob McPherson, Cheryl L. Sparks, Kenneth A. Weber II. Advancements in Imaging Technology: Do They (or Will They) Equate to Advancements in Our Knowledge of Recovery in Whiplash? J Orthop Sports Phys Ther 2016;46(10):862-873, A1-A2 

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Commotion cérébrale ou fléau cervical ?

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Les manifestations cliniques du fléau cervical et de la commotion cérébrale se recoupent considérablement. Les deux diagnostics sont généralement basés sur la présentation de signes et de symptômes liés à un traumatisme cervical ou cérébral. Ainsi, avec une connaissance incomplète du traumatisme, différencier traumatisme cervical et commotion cérébrale peut être cliniquement difficile. 

Cette étude s’est consacrée à estimer les contraintes cérébrales qui se développent lors d’accidents de voiture par choc arrière, évaluer comment ces contraintes varient avec les différents paramètres cinématiques de la tête et comparer ces contraintes à celles générées lors d’impacts avec casque (football américain), ces derniers pouvant potentiellement engendrer une commotion cérébrale. 

Méthodes : 

Les données cinématiques de la tête ont été analysées à partir de deux études antérieures, l’une portant sur les impacts des appuis-tête dans les collisions arrières et une autre portant sur les impacts lors de la pratique sportive du football américain. Ces données ont été appliquées à la modélisation d’un cerveau humain. Les contraintes subies par le cerveau ont été calculées et comparées à différents paramètres cinématiques entre les deux conditions d’impact. 

Résultats : 

Les contraintes cérébrales sont corrélées avec le changement de vitesse angulaire de la tête lors des deux conditions d’impact. Les 4 accidents présentant des changements de vitesse angulaire supérieurs à 30 rad/s (supérieurs à 1719 °/s !!) ont généré les plus importantes empreintes cérébrales. Un accident dans lequel la tête s’enroulait sur le dessus de l’appui-tête a généré des contraintes cérébrales semblables à un impact de casque de football arrière de 9,3 m/s, un niveau retrouvé précédemment associé à une commotion cérébrale. 


Référence bibliographique : 

Benjamin S. Elkin, James M. Elliott, Gunter P. Siegmund Whiplash Injury or Concussion? A Possible Biomechanical Explanation for Concussion Symptoms in Some Individuals Following a Rear-End Collision. J Orthop Sports Phys Ther 2016;46(10):874-885. doi:10.2519/jospt.2016.7049 

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Le fléau cervical, une cervicalgie comme les autres ?

L’analyse secondaire d’une étude de cohorte prospective, couplée avec des analyses transversales et longitudinales, s’est prononcée sur l’importance clinique des antécédents traumatiques de la cervicalgie attribuée à un fléau cervical. 

Il s’agissait de comparer les patients souffrant de cervicalgie attribuée à un fléau cervical aux patients souffrant de cervicalgie non spécifique à propos de leur douleurs et d’incapacités sur une période d’un an. 

Un auto-questionnaire complet et un examen physique ont permis de classer les patients ont été classés dans un groupe ou l’autre. 

Résultats : 

Un total de 2578 participants a été inclus dans l’étude. Parmi ceux-ci, 488 (19%) ont été classés comme ayant une cervicalgie attribuée à un fléau cervical. Ils étaient au début de la prise en charge différents des autres. Ces différences étaient faibles sur la douleur et le handicap, plus marquées sur la présence de vertiges et de troubles de la mémoire. 

Lors du suivi, les différences entre les groupes en termes de douleur et d’incapacité ont augmenté de façon significative (p <0,001) sur 12 mois. 

À 12 mois de suivi, les patients atteints de cervicalgie attribuée à un fléau cervical avaient en moyenne environ 2 points de plus de douleur et 17 points de pourcentage de plus d’incapacité que ceux avec une douleur cervicale non spécifique. 


Référence bibliographique : 

Ricci Anstey, Alice Kongsted, Steven Kamper, Mark J. Hancock. Are People With Whiplash-Associated Neck Pain Different From People With Nonspecific Neck Pain? J Orthop Sports Phys Ther 2016;46(10):894-901. Epub September 3, 2016. doi:10.2519/jospt.2016.6588 

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La dégénérescence graisseuse des spinaux cervicaux

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Une dégénérescence graisseuse au sein des multifides cervicaux a été observée dans les segments entre C4 et C7 de patients souffrant de cervicalgie attribuée à un fléau cervical, comparativement à des sujets contrôles. 

Les patients souffrant de forts déficits (Neck Disability Index égal ou supérieur à 40%) présentaient 38% de dégénérescence graisseuse en plus comparativement aux sujets contrôles (p=0.03) et 45% de dégénérescence graisseuse en plus comparativement aux patients présentant des déficits faibles à modérés (Neck Disability Index inférieur à 40%) en rapport avec leur cervicalgie attribuée à un fléau cervical (=0,02). 

Il n’y avait pas de différences significatives entre les patients présentant des déficits faibles à modérés et les sujets contrôles. 

Il n’a pas été retrouvé de différences dans les sections des multifides entre les différents groupes. 

Il semble nécessaire de moyenner les pourcentages d’infiltration graisseuse sur plusieurs étages pour pouvoir observer ces différences. 

Le traumatisme datait en moyenne de l’ordre de 14 ± 7 mois chez les patients souffrant de forts déficits, de 20 ± 10 mois chez ceux souffrant de déficits plus modérés. Le temps qui améliore les troubles ? 

Référence bibliographique : 

Karlsson A, Leinhard OD, Åslund U, West J, Romu T, Smedby Ö, Zsigmond P, Peolsson A. An Investigation of Fat Infiltration of the Multifidus Muscle in Patients With Severe Neck Symptoms Associated With Chronic Whiplash Associated Disorder. J Orthop Sports Phys Ther. 2016 Sep 2:1-23. Article en pré-publication. 

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Articles en rapport avec le sujet 

Fibrose et rétraction des franges méniscales

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Photo provenant du site spine universe

Il est écrit que les franges méniscales cervicales contribuent à la douleur cervicale et à l’hypomobilité chez les individus souffrant d’une cervicalgie chronique attribuée à un fléau cervical (WAD). Cette étude compare leur morphologie avec celle retrouvée chez des sujets sains similaires. 

Méthodes : 

Vingt volontaires souffrant d’une cervicalgie chronique attribuée à un fléau cervical (de moyenne d’âge à 39,3 ± 11,0 ans, dont 10 femmes) et 20 contrôles appariés selon l’âge et le sexe (âge, 39,1 ± 10,6 ans) ont bénéficié d’une imagerie par résonance magnétique cervicale. Des lésions latérales atlanto-axiales et zygapophysaires (C2-3 à C6-7) ont été retrouvées. La longueur des franges et leur composition (adipeuse / fibreuse / fibro-adipeuse) ont été évaluées. 

Résultats : 

Les franges méniscales ont été retrouvées dans le groupe de cervicalgies chroniques attribuées à un fléau cervical (n = 317) et dans le groupe témoins (n = 296). 

Elles pouvaient apparaitre plutôt moins longues et plus fréquemment fibreuses dans le groupe WAD chronique. 

Conclusion : 

La chronicité peut altérer la forme et la qualité des franges méniscales cervicales dans une cervicalgie attribuée à un fléau cervical. 


Référence bibliographique : 

Scott F. Farrell, Peter G. Osmotherly, Jon Cornwall, Peter Lau, Darren A. Rivett Morphology of Cervical Spine Meniscoids in Individuals With Chronic Whiplash-Associated Disorder: A Case-Control Study. J Orthop. Sports Phys Ther 2016;46(10):902-910. Epub September 3, 2016 

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