Pour poursuivre la séance : l’épicondylite (2)


Suite et fin de ma séance de e-kiné on line sur l’épicondylalgie.


Elle ne concerne que les patients venant me voir au cabinet. Les autres, ceux qui pourraient lire le texte ci-dessous, je ne sais pas du tout ce qu’ils ont. Ca se trouve, ils n’ont pas du tout une épicondylalgie, c’est beaucoup plus grave ou complètement autre chose, il faut qu’ils demandent à leur médecin ou à leur kiné. Moi, je n’arrive déjà pas à améliorer comme il faut tous les gens qui viennent me voir, c’es pas pour soigner les gens à distance, même s’ils m’envoient une photo de leur coude. 


Le kiné, globalement, il ne sait pas pourquoi j’ai mal au coude

D’un autre côté, pendant longtemps, on ne lui a pas demandé de penser, il y avait des médecins de rééducation pour ça. Mais vous avez remarqué comme il est évasif dans ses réponses quand on lui pose la sempiternelle question «Et pourquoi j’ai mal ?». 

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Faut le prendre comme il est, le kiné. Pas trop perroquet, plutôt hibou : il ne parle pas, mais il ouvre des grands yeux et il s’intéresse.Photo de Pixabay sur Pexels.com

Un bon kiné il masse 

Ca, c’est du classique : une séance entière passée à frotter profondément et transversalement vos muscles endoloris, après les avoir chauffés ou pas avec des ultra-sons.

L’inventeur de la méthode, James Cyriax, un médecin, ne jurait que par ça. Le frottement en rythmme soutenu était censé «décorder les fibres» «favoriser la trophicité musculaire»… On a a peine plus de vocabulaire que les rebouteux.

Tous les kinés ont appris ça à l’école. Et c’est encore enseigné dans des formations spécialisées dans la thérapie manuelle orthopédique du coude droit (voir la vidéo).

CochraneLes revues Cochrane, juge de paix de ce qui «marche» et de ce qui ne «marche pas» en médecine, ne recommandent pas ce traitement, qui n’a qu’un effet modeste que sur le court-terme. Donc, après une demi-heure de frotte, vous sentez que «ça va mieux», mais ça ne durera pas, sauf coincidence avec un autre facteur qui aura fait pencher votre cerveau du bon côté de la balance.

Du coup, on aura fait comme les ostéos mais pour moins cher ; brutaliser  la région pour rassurer votre cerveau sur l’état de santé de votre coude 🙂

Perso, je m’en sert pour que nous discutions ensemble de vos problèmes.

Les ultra-sons 

Ils précèdent souvent le massage transversal profond, sans avoir d’autre intérêt que préciser l’endroit où vos capteurs thermiques (qui vous renseignent sur la chaleur de vos tissus) sont hyper-sensibilisés. Parce que le passage des ultra-sons dans le coude augmente de quelques degrés sa température en profondeur le temps du traitement et quelques minutes après. Moi j’aime bien, c’est moins douloureux pour moi que de masser une demi-heure avec mes vielles mains percluses d’arthrose. Mais ça ne sert qu’à renforcer le discours et appuyer mes dires.

Les éponges électriques 

Rien n’indique que vous laisser seul dans une salle avec des éponges électriques qui vous secouent la couenne pendant une demi-heure soit d’un quelconque intérêt thérapeutique. Et c’est bien dommage parce que le matériel ne coûte rien et que je pourrais recycler une vieille étable pour mettre tous mes patients en batterie, comme à l’heure de la traite…

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Salle d’attente du traitement collectif de l’épicondylalgie. Photo de Pixabay sur Pexels.com

Rien de telles que des ondes de choc

Vous avez déjà survécu à ça ? C’est pas ce qu’il y a de pire et en plus, les séances ne durent pas trop longtemps. Il suffit d’avoir investi dans un marteau-percuteur pneumatique (en gros le prix d’une petite voiture neuve…).

Ca fait mal, mais comme cela vous est imposé dans un environnement thérapeutique, votre cerveau est encore une fois rassuré d’être brutalisé. Il se dit que si un kiné diplômé vous fait subir de telles souffrances, c’est que c’est sûrement bon pour votre coude et que si ce dernier était cassé, ça ferait encore beaucoup plus mal.

C’est crédule un cerveau, non ? Parce que si un inconnu vous fait subir ça dans la rue, vous partez en courant, rien qu’au bruit.

N’hésitez pas à me demander l’adresse des confrères qui ont cet appareil, pour poursuivre vos séances chez eux (en plus, vous pourrez même leur demander d’essayer les éponges électriques, ils en ont aussi).

Une attelle ?

Oui ! Excellent ! Sauf que toutes les attelles prescrites sont des attelles de coude…et que les seules attelles ayant fait la preuve de leur efficacité sont des attelles…de poignet.

Réfléchissez un peu : les muscles sensibilisés s’insérent sur le coude, mais ils font bouger…le poignet. Si vous voulez diminuer les contraintes sur ces muscles, les aider à lever une pauvre bouteille d’eau, il faut poser l’attelle au poignet. La poser au coude ne servirait qu’a augmenter les contraintes de pression sur un coude déjà trop sensible.

Nocturne ? 

C’est proposé et plutôt indiqué. Il faut porter l’attelle la nuit. Pourtant la nuit rien ne bouge. Sauf ? Sauf ? Eh oui, encore lui.

Le cerveau la nuit se lâche, sans frein.

Pas le moindre mouvement pour le rassurer sur la bonne santé de son appareil musculo-squelettique, que des idées noires, des frayeurs réveillées à la moindre pression, …C’est pour ça que vous avez tous le même discours : quand je me lève j’ai très mal, et puis après quelques mouvements, ça va mieux.

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Importance relative du cerveau et du reste du corps, la nuit. Photo de Toni Cuenca sur Pexels.com

Empêcher les mouvements intempestifs et non contrôlés par une attelle confortable, c’est pas idiot.

Sinon deux rhums bien tassés avant d’aller se coucher permettent aussi de faire disjoncter le cerveau, mais ce n’est pas recommandé par la faculté de médecine (qui préfère vous conseiller d’autres anti-dépresseurs).

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Traitement vespéral de l’épicondylalgie. Comme les autres anti-dépresseurs, il est non compatible avec la conduite automobile. Photo de Lukas sur Pexels.com

Faire travailler les muscles 

Comme pour d’autres souffrances, il a été proposé de les faire travailler en excentrique.


En excentrique, cela veut dire que le muscle travaille en s’allongeant. Prenez une haltère et travaillez votre biceps debout. Après avoir plié votre coude, vous freinez la descente de l’haltère jusqu’à étendre le bras. Le biceps travaille en éloignant ses points d’insertion, on appelle ça un travail excentrique.


Pour une épicondylalgie, on recommande plutôt de faire de l’excentrique avec le poignet. L’avant-bras posé sur la table, la main dans le vide freine la descente de l’haltère, en excentrique.

Ca va vous occuper pendant le film du soir, avant d’aller vous coucher, l’autre main étant utilisée non pas pour se reverser du rhum (ou alors uniquement du Trois-Rivières) mais pour relever la main tenant l’haltère. Regardez ça sur la vidéo.

Pourquoi de l’excentrique ?

La force d’un muscle dépend de forces actives (sa contraction) et de forces passives (qui donnent une certaine élasticité au muscle et qui expliquent que lorsqu’on coupe ses insertions d’un côté, il se replie en boule de l’autre côté. N’essayez pas sur vous).

Seul le mouvement excentrique, en éloignant les points d’insertion du muscle, permet d’utiliser l’élasticité du muscle. Le mouvement est donc moins contraignant, donc plus facilement toléré. 

Faire glisser les nerfs ?

Plutôt oui, au moins pour vous aider quotidiennement à rendre ce coude moins sensible.

Regardez cette vidéo du Maître de la désensibilisation des nerfs. Inspirez vous de ces mouvements, que nous répèterons ensemble. En gros, les muscles sensibilisés dans l’épicondylite ont le même trajet que le nerf les innervant et commandant la motricité de l’extension du coude, du poignet et des doigts.

Comme s’ils étaient là pour protéger ce nerf et éviter qu’il soit trop étiré.  Regardez la vidéo : c’est en australien, mais si vous comprenez l’anglais vous comprendrez tout.

Et sinon, ça va durer combien de temps cette histoire ?

L’ostéopathe, c’est moi, mais celui ou celle qui fait les miracles, c’est vous..

Donc, ça dépend un peu beaucoup de vous, de votre vie, du contexte, plus que de moi :

  • Toujours heureux d’aller travailler tous les matins ?
  • Vous avez sablé le champagne en apprenant que l’âge pivot pour la retraite allait passer au moins à 64 ans ?
  • Votre N+1 est un sadique et ça tombe bien parce que vous avez des penchants masochistes inavoués ?
  • Vous adorez ce temps pluvieux, gris et froid depuis des semaines ?
  • Le compte-rendu de l’IRM de votre coude comporte trois pages de mots incompréhensibles et ça vous fait même pas peur ?
  • 35 ans à jouer au tennis et ce petit jeune mal éduqué la semaine passée vous a puni à coups de 6-0s jusqu’à cette grosse sensation de déchirure en plein revers et vous l’avez applaudit ?

Pas d’inquiétude alors… Vous allez vite oublier votre coude : globalement, une épicondylalgie, ça passe…

  • Au bout d’un an au pire.
  • En quelques jours si, après avoir pesé le pour et le contre, votre cerveau finit par conclure que, tous comptes faits, votre coude n’est pas si fragile que ça.

Retrain Pain

Passez du temps à regarder les diaporamas de ce site, s’il vous plaît. C’est indispensable pour vous et c’est la meilleure façon de combler le déficit de la Sécurité Sociale.

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